L1VÏIE III, CHAP. 2, DU CORAN
moyen-âge chrétien a donc pu y voir jusqu'au culte de l'ignorance, de l'abrutissement et de la servitude humaine ; au même titre .que M. de Lamartine y a vu la théocratie et le fanatisme, comme résultat fatal.
Le Coran se prononce si catégoriquement, contre tout ce qui sépare les hommes sur la terre ; il poursuit avec tant de persistance, un principe qui les puisse réunir, que M. Michelet aura trouvé là, sa religion de l'unité. D'un autre côté, le livre est si loin de tout principe unitaire, si opposé à toute autorité religieuse, que M. Michelet ne se sera pas cru empêché d'accepter les influences territoriales et toutes les évolutions- historiques, après avoir invoqué le Dieu jaloux et implacable de la Judée. Enfin le Coran est si profondément empreint de judaïsme et de christianisme; Mahomet se proclame si expressément le continuateur de Moïse et de Jésus, le Sceau définitif de tous les proe phèles de Dieu, que MM. Barrault et d'Eichtal n'ont que trop subi la prétention du livre et de l'auteur, en faisant de la Mecque le point de contact de Jérusalem et du Sinaï, comme en parlant de christianisme oriental.
Et tout ceci pourrait bien prouver une chose ; c'est que le Coran n'est pas même une religion,
dans l'acception véritable du mot. Voyez en effet les premiers temps de l'hégire , avant le dogme, avant la loi. Quand chaque homme d'armes, un peu puissant , interprète le Coran à sa façon ; quand le texte même du livre est accusé comme apocryphe, en de certaines parties; quand de nouveaux prophètes se lèvent au nom du dieu Mahomet, quand le caliphat universel se déchire en lambeaux ; il est impossible de dire où se trouve la religion de l'Islam. Aussi notre mot d'hérésie, et le mot et la chose sont-ils inconnus parmi les musulmans. C'est une division de l'Islam, lequel ne doit pas se diviser; et rien de plus.
Les récits arabes sont d'une naïveté curieuse et caractéristique sur ce point. Pour inaugurer une nouvelle interprétation xlu livre, ou faire prévaloir une version différente du premier manuscrit; pour établir son titre prophétique ou son pouvoir d'Imam des croyans ; Tunique et invariable moyen consiste à réunir quelques mille hommes de cavalerie, sans compter les gens de pied. La force décide , et tout est dit. Jamais les premiers caliphes , après Mahomet lui-même, n'ont employé un aulre argument, contre les schismes ou plutôt les révoltes de leur temps. Le livre ne dit qu anathème à cet