LIVRE HI, CHAP. 2, DU CORAN
du Coran. Le Coran tout seul n'eût pas donné six mois de vie aux peuples de l'Islam. Ce qui nem* pèche pas, on le voit bien, que le livre de Ma* homet ne soit un éclectisme religieux, fort innocent jen soi. Car Ton doit cette justice au prophète, de reconnaître que son livre, à l'heure qu'il est, semble un code de tolérance, auprès des lois proprement dites qui régnent dans l'Islam. Mahomet avait fait sa loi à l'image de sa religion , presque éclectique et impuissante. Son culte borné à la profession de foi et à la prière, ne présentait rien d'exclusif (i)« Sa morale, prise un peu partout, ne touchait à la vie légale que par des points généraux. Elle était d'ailleurs à l'égal du culte , dépourvue de toute autre sanction que \efeu du ciel et la géhenne; si ce n'est en ce qui concerne le vol, l'adultère et le meurtre. Les points les plus iraportans, le service militaire, l'impôt, le partage du butin, n'étaient assurés que par la bonne volonté des croyans. L'Islam donc était bien loin encore, d'une légalité générale. L'auréole du prophète de Dieu pouvait suffire à tout. Seulement il faut convenir, que l'éclectisme du Coran venait dé*
(i) « Si tu récites la prière à haute voix ; tu fais ce m qui est inutile. Car Dieu connaît le secret, et même « ce qui est encore plus caché. » ( Vers. 6, ch* aa)
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faillir en ce caractère de légalité, quelque faible
qu'il fût. Mahomet avait beau ne commander qu'au nom de Dieu, il fallait après tout que l'homme y mît la main; ne fût-ce que pour le jugement des voleurs, des adultères et des meurtriers (i). Or l'intervention humaine gâtait essentiellement l'éclectisme divin. L'éclectisme fait homme n'est plus l'éclectisme ; c'est un système. Toute légalité affirme de sa nature, comme toute religion. Une négation de l'autorité spirituelle, qui affecte à un degré quelconque l'autorité même temporelle, est inconséquente. Le livre devenait systématique et atfiruiatif, comme loi; d'éclectif et négatif qu'il était, comme religion.
Aussi Mahomet s' efforce- t-il d'échapper à cette inconséquence, qu'il amoindrit tant qu'il peut. L'autorité islamique; il la mentionne comme une chose établie , il ne l'institue nulle part , il ne la définit jamais. Après l'avoir reconnue , il la répudie en quelque sorte , et la laisse enfin dans un vague qui fait tout d'abord l'anarchie du kaliphat* « O croyans ! obéissez à Dieu, obéissez à l'apôtre et à ceux d'entre vous
(i) Coran ^ ch. S, vers. 4a«— Ch. a4, vers. 2. — Ck *y vers. i53%