‹ De l'empire Ottoman, de ses nations et sa dynastie, 1841-1845Chapitre 227 sur 245 · LIVRE III, CHAP. 2, DTJ CORAN · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. 2, DTJ CORAN

sont un peuple caduc, épuise', incapable du moindre effort désormais. Qui pourrait l'affirmer? N'est-ce point au contraire le Coran qui est épuisé , l'Islam qui est caduc , la violence légale qui est a bout? Les Turcs vieillis et condamnés à mourir! Us n'ont pas vécu seulement, ce que vivent tous les peuples, de la vie de la religion et de la vie de la loi. Si la violence pouvait épuiser l'humanité; il y a long -temps que l'humanité aurait disparu de la terre. Que les juges inexorables de la Turquie , daignent au moins s'entendre eux - mêmes ! Ils lui trouvent en même temps les symptômes de la caducité, et tous les signes de Y âge héroïque. C'est trop. Mais ce qui explique la contradiction; c'est que l'âge héroïque a touché sa fin, qu'il a porté les fruits qu'il pouvait porter. C'est que l'humanité semble rétrograder, si elle ne nftrche pas en avant. C'est que rien ne ressemble à une vieille civilisation , comme l'enfance hébétée, de la barbarie. Ressuscitez, par la pensée, la France du moyen-âge et des croisades ; placez-la au milieu de l'Europe civilisée d'aujourd'hui! Paraîtra-t-elle s'avancer vers sou avenir* ou reculer vers son passé ?

Il faut dire aussi que l'on meurt à tout âge \ hommes et nations^ La Pologne est bien morte! I. 26

4oa DE MAHOMET ET DE SON LIVRE.

Mais elle n'est pas morte de vieillesse, comme l'on prétend que la Turquie doit mourir. L'empire ottoman sans doute n'aurait plus qu'à cesser de vivre 9 lé jour où l'Europe le voudrait ainsi. C'est d'ailleurs un autre problème, qui se lie aux moyens de la réforme, à ses chances de bonne et de mauvaise fortune , et que le moment n'est pas venu d'aborder. Dans cette partie de notre travail , nous n'avons pas entendu déterminer comment l'empire ottoman se dégagera des étreintes de son Coran. Nous nous sommes demandé uniquement>s'il peut s'en dé* gager. La Turquie avec ses provinces qui sont des royaumes, avec son territoire de soixante mille lieues carrées, avec ses populations diverses de cinquante millions d'âmes, avec son ciel plus beau , sa terre plus fertile , ses ports plus vastes et plus sûrs f . ses productions plus précieuses et plus variées que le ciel, la terre, les ports et les productions de VJLurope entière; la Turquie est-elle condamnée à mourir, sans avoir vécu, et parce qu'elle ne saurait vivre davantage? Les langes religieux de l'Orient musulman, cette moitié du monde, doivent-ils, en uu mot, lui servir de linceul?

Là est la question. Eh! bien nous osons dire que réduite à ces termes, cçtte question n'en

LtVBE III, CHAP. 2, DU CORAN; 4°^

est pas'une. Il est vrai qu'une certaine formule philosophique a pris cours de très - haut (i), dans le monde politique ; à savoir, que chaque peuple vit d'un principe, avec lequel il est condamné à mourir» De quel principe entend -on parler? Le principe qui a fait vivre la France sous Louis XIV ou saint Louis , pour ne pas remonter plus haut, est-il le principe qui la fait vivre aujourd'hui? Pendant la révolution française, Ton a dit aussi à peu près cela : Vous ne faites ni des Spartiates ni des Romains; vous défaites des Français ; vous ne faites pas une république, vous défaites une monarchie. L'illustre adversaire de la réforme ottomane, est-il d'avis que la révolution de 1789 ait simplement défait les Français et la monarchie ? Bien entendu qu'il ne s'agit pas plus, pour l'empire ottoman, de ressusciter le peuple de Mahomet II et de Soliman ; qu'il ne s'agissait , pour la France, de ressusciter le peuple d'Henri IV. Dans ce sens-là, le peuple turc est déjà mort, comme le peuple français était mort aussi. Mais apparemment il n'avait pas péri tout entier, le peuple glorieux qui devait bientôt signer de son sang, l'impériale épopée de Napoléon. Que si

(1) M. de Lamartine.

4o4 DK MAHOMET KT 1)E SON LIVRE.

Ton parle des principes absolus, qui constituent l'humanité même; l'humanité vit, parce qu'elle est viable de la double vie de la Religion et de la Loi; au-delà de quoi l'on va se jeter dans les problèmes d'une métaphysique insoluble. Dire qu'un principe inhérent à l'humanité doit lui manquer, à jour fixe ; c'est annoncer la fin du monde. Tout au plus peut-on dire qu'une religion ou une loi donnée, venant à ne plus satisfaire au principe de la souveraineté spirituelle, ou au principe de la souveraineté temporelle, chez un peuple ; ce peuple est condamné à changer sa religion ou sa loi, à changer sa vie par - là. C'a été l'œuvre universelle des sociétés humaines sur la terre, œuvre plus ou moins laborieuse qui s'est accomplie partout, qui ne s'est montrée impossible nulle part. C'est que, en d'autres termes, le sentiment religieux est impérissable chez l'homme, le besoin légal y est indestructible! C'est que sentiment religieux et besoin légal ont , en tout temps et par tout pays, trouvé la double forme où ils pouvaient

vivre !

En veut-on la preuve au surplus, pour les peuples même de l'Islam? Elle est, sans réplique, dans le double et incontestable fait d'un dogme après le dogme du Coran, d'une loi après la loi

Page 1