N° VIII
LETTRE DE SÉL1M Ier AU SCHAH ISMÀÏL.
L'Ëtre-Suprême , qui est l'arbitre souverain de la destinée des hommes, et la source de toute doctrine et de toute science, dit, dans la sainte écriture , que le vrai culte divin est dans la seule religion Musulmane, et que celui qui se soumet à toute autre croyance, loin
un texte qui n'y est pas. La loi parle de tous les Imams, publics ou privés. La fonction imaméienne d'ailleurs n'est-elle pas identique, dans la prière publique et dans la prière privée?
d'être exaucé et sauvé, sera, au contraire, du nombre des réprouvés au grand jour des jugemens. Il dit encore, ce Dieu de vérité, que ses conseils et ses décrets sont immuables , que toutes les actions des hommes doivent se rapportera lui, et que celui qui se détourne de la vraie voie, sera condamné au feu de l'enfer et aux tourmens éternels. Meltez-nous, Seigneur, au nombre des vrais eroyans qui marchent dans la voie du salut, et qui s'écartent soigneusement de celle de l'infidélité et de lit perdition ; que les bénédictions les plus pures et les plus saintes soient sur Mohammed-ul-MousCapha, le prince des deux mondes, le coryphée des prophètes, ainsi que sur toute sa postérité et sur tous ses disciples*
Le monarque des Ottomatfs, le maître des héros et des valeureux du siècle, qui égale Féridoun en force et en puissance, Alexandre -le -Grand en majesté et en gloire, et Key-Khoussrew en équité et en clémence , l'exterminateur des infidèles et des idolâtres, * le destructeur des ennemis de la foi orthodoxe, la terreur des tyrans et des Pharaons du siècle, qui humilie les princes injustes et orgueilleux, qui brise les sceptres et les couronnes des plus grands potentats de la terre; le glorieux sultan Selim-Khan fils du sultan Bayezid- Khan, fils du sultan Mohammed -Kan, fils du sultan Mourad-Khan , adresse gracieusement la parole à toi, émir Ismaïl (qui es le dominateur de la Perse, le Sipehsatar ou le commandant en chef des forces de ce royaume, le Dahhak de l'Orient, VEfrasswab du siècle, le Dura de nos jours) pour le faire savoir que les ouvrages sortis de la main du Très-Haut ne sont
pas de frêles productions du caprice ni de la déraison, mais qu'ils renferment une infinité de mystères impénétrables à l'esprit humain» Dieu lui-même le dit dans son livre saint, par ces paroles sacrées : Nous n'avons pas créé la terre et les cieux pour en faire un jeu. L'homme , qui est la plus noble et la plus excellente des créatures, ei l'abrégé des merveilles de Dieu, est, par conséquent sur la terre, l'image et le représeniant de cet adorable créateur, comme on le voit par ce sacré passage : Il nous a constitués ses lieutenans sur la terre, el cela parce que , joignant les facultés de l'âme a la matière du corps, l'homme est le seul des êtres créés en état de connaître les attributs de la Divinité, et d'en adorer les immuables perfections. Cependant l'excellence de celte qualité de l'homme, et l'acquisition des connaissances sublimes * ne se trouvent que dans la doctrine musulmane et dans la soumission a la loi sainte du prince des prophètes , qui est le vrai kaliphe, le lieutenant par excellence du Dieu des miséricordes. Ce n'est donc que dans la pureté de cette sainte religion que l'homme peut prospérer dans ce monde et acquérir, dans l'autre, la gloire éternelle. Mais, Emir Iswaïl, une pareille félicité ne sera jamais ton partage, parce que tu as détourné ta face de la sainteté des lois divines, parce que tu es sorti de la voie du salut et dea saints commande mens, parce que tu as altéré la parefé des dogmes musulmans, déshonoré, avili, détroit le vrai culte de Dieu , et usurpé \t$ domaines de l'Orient par des voie» injustes et tyraoniques; parce que, sorti de la poussière, tu t'es élevé par des moyens odieux à un siège de grandeur et de
magnificence; parce que tu as ouvert aux musulman* les portes de la tyrannie et de l'oppression , parce que tu as joint l'iniquité, l'infidélité, le blasphème à l'exercice d'une secte impie ; parce que, couvert du manteau de la fausseté et de l'hypocrisie , tu as semé de tous côtés le trouble et la sédition; parce que tu as levé l'étendard de l'irréligion et de l'hétérodoxie ; parce qu'en te livrant enfin à tes caprices, à tes passions, à tes infâmes dérèglemens, tu as eu l'impiété de délier le nœud sacré des lois musulmanes, en permettant le libertinage et la profanation des vierges, le massacre de nombre de personnages vertueux et respectables, la destruction des temples et des chaires sacrées, la démolition des sépulcres de tant d'âmes fidèles et saintes, le mépris des Oulémas, des docteurs et des Emirs issus du sang du prophète, l'avilissement des livres sacrés du Cour'ann , et les ana thèmes prononcés contre les kaliphes légitimes et vénérables (Ebu-Bekir, Orner et Osman). Ainsi , comme il est du devoir, et de tout prince zélé et pieux en particulier, et de tout peuple musulman en général d'observer ces paroles sacrées : O vous fidèles! â cous croyans! soyez les exécuteurs des volontés du Très- Haut! 'Nos oulémas, nos honorés docteurs ont conséquemment , tous d'une voix unanime, prononcé sentence de mort contre un impie et un blasphémateur comme toi, en imposant à tout vrai musulman l'obligation de s'armer de zèle et d'ardeur pour la défense de la religion, et pour détruire l'hérésie et l'impiété dans ta personne et dans celle de tes fauteurs et de tes partisans.
Animés de l'esprit de ce Fethwa, conforme au livre,
sacré qui est le code des préceptes divins , et enflammés du saint désir (tel que nous l'inspire noire zèle à remplir avec dignité tous les devoirs du trône) d'affermir, d'un côté, le Musulmanisme, et de l'autre, de délivrer de ton joug les peuples, les nations, les faibles créatures qui gémissent sous le poids de ton impiété et de ton oppression tyran ni que, nous avons résolu de quitter nos ornemens impériaux, pour nous revêtir de la cuirasse et de la cotte de mailles, de déployer nos drapeaux toujours heureux et triomphans, de mettre sur pied nos années invincibles, de tirer nos armes glorieuses du fourreau de notre colère et de notre indignation, et de faire marcher nos troupes , dont le sabre ne fait grâce à personne, dont la lance porte des coups mortels, et dont la flèche atteint l'ennemi jusque dans la constellation du Sagittaire. En conséquence de cette résolution noble et ferme, nous sommes entrés en campagne ; nous avons déjà traversé le canal de Gonstantinople, et marchant sous les ailes de la protection et de l'assistance du Très-Haut, nous espérons aller bientôt t'abattre le bras de méchanceté et de tyrannie, t'ôter de la tête ces fumées de grandeur et d'héroïsme qui te~ causent d'affreux étourdissemens, délivrer les faibles et les opprimés du joug cruel de ta domination ; t'étouffer enfin dans ces mêmes tourbillons de flammes et de fumée que vomissent de toutes parts les incendies de tes projets pervers et séditieux, vérifiant par- là sur ta personne le proverbe qui dit : Celui qui sème des épines ne peut moissonner que des afflictions et des amertumes. Cependant, pour nous conformer à l'esprit de la loi de notre saint prophète, nous
voulons, avant que d'en venir aux armes, le présenter, au lieu du sabre, le sacré Cour'ann, et t' exhorter ainsi il embrasser la foi orthodoxe; c'est pourquoi nous t'écrivons la présente Lettre Impériale*
Tout homme a un naturel différent, et l'espèce humaine est comme les mines d'or et d'argent. 11 est des hommes dont le caractère pervers forme eu eux une seconde nature, et les rend incorrigibles. Ce sont des nègres qu'on s'efforcerait en vain de blanchir. Il en est d'autres qui se corrigent , qui reviennent de leurs erreurs et de .leurs égaremens ; mais chez eux le mal n'est pas invétéré, parce qu'attentifs sur eux-mêmes ils mortifient les 'sens et répriment les inclinations vicieuses de la nature. Le moyen pourtant le plus efficace de se guérir des maux de cette espèce et de faire un heureux retour sur soi , est d'ouvrir les yeux sur sqb propres iniquités, et d'en demander pardon au Dieu des miséricordes , dans les sentimens profonds d'un vrai repentir et d'une douleur amère. Mous t'exhortons, en conséquence, à rentrer en toi-même, à renoncer à tes erreurs , et à marcher d'un pas ferme vers la voie du salut. Mous te mandons, en même temps, de te désister de la possession des terres qui étaient ci- devant annexées aux domaines de la monarchie ottomane, de renoncer sur elles à toutes les prétentions injustes, et de les faire rentrer en notre pouvoir par la main de nos lieutenans et de nos officiers : résolution que m dois prendre sans délai, pour concourir toi-même à ta conservation et à ta félicité. Mais si, pour ton malheur, tu persistes dans ton égarement, et qu'enivré de l'idée de ta grandeur, de ta puissance, de ta folle bravoure,
tu l' obstines dans ta conduite aveugle v inique et perverse, tu verras bientôt ces vastes plaines qui sont dans ta main de tyrannie et d'usurpation, toutes garnies de nos tentes et de nos brillantes enseignes, et toutes couvertes de nos armées victorieuses. Ce sera là que s'exerceront la valeur et l'intrépidité, et que s'accompliront les décrets arrêtés dans le conseil du Très-Haut, qui est le dieu des armées, et le souverain juge des actions humaines. Au reste , salut à qui suit la voix du salut. ( Ahmet-Effendi. )