‹ De l'empire Ottoman, de ses nations et sa dynastie, 1841-1845Chapitre 245 sur 245 · W IX · texte numérisé non relu

W IX

EXTBA1T

De la première section de l'histoire chronologique des dynasties de Fakhr-Eddin-Razi, dans laquelle il traité du gouvernement et de l'administration des empires, des qualités qui doivent distinguer les rois et les élever audessus du commun des hommes, des vertus dont ils doi* vent être ornés, et des vices dont ils doivent être exempts / aussi que des droits respectifs des souverains sur leurs sujets, et des sujets sur les souverains*

Les rois ont des droits à exercer sur leurs sujets, et les sujets pareillement ont certains droits à exercer sur ceux qui les gouvernent. Entre les devoirs que les sou* verains peuvent exiger de leurs sujets, on doit compter l'obéissance. C'est même là l'obligation fondamentale, de laquelle dépend le bonheur de la société, et qui seule met le souverain en état de rendre justice a»

faible contre les entreprises du puissant, et d'exercer une exacte justice distributive. On connaît ce verset célèbre de VAlcoran où ce devoir est recommandé d'une manière si formelle : « O vous qui avez cru, obéissez « à Dieu, à son apôtre, et à ceux d'entre vous qui sont « revêtus de l'autorité. » Les Arabes disent en proverbe : il n'y a point d'autorité , quand il n'y a point d'obéissance (1). Que l'on consulte les historiens, que l'on parcoure l'histoire de toutes les dynasties, on n'en trouvera aucune à qui Dieu ait accordé l'avantage d'être obéie de ses sujets et de ses troupes, aussi parfaitement que la dynastie actuelle des.Mogols. Sous ce point de vue, il n'est aucune autre dynastie qui puisse entrer en comparaison avec celle-ci. C'est ce que l'on peut faire voir, en entrant dans quelques détails.

La maison desCosroës, malgré l'étendue et la grandeur de sa puissance, n'a jamais joui de cette soumission sans borne. Noman, fils de Mondar, roideHira, était, comme l'on sait, lieutenant de Cosroës, et gouvernait les Arabes sous l'autorité de ce prince. Entre Hira et Madaïn, capitale de l'empire des Cosroës, il n'y avait qu'une distance de quelques pârasanges, et cependant Noman était sans cesse dans une rébellion ouverte contre Cosroës. Quand il paraissait à sa cour, il s'y conduisait avec une familiarité excessive, et lui répondait souvent sur un ton impertinent. Voulait-il se soustraire à l'obéissance, il s'enfonçait dans le désert, et était à l'abri de la vengeance de son souverain.

(1) L'autorité, en elle-même, n'était donc rien pour les Arabes. L'autorité était un fait qui dépendait de l'obéissance.

Les dynasties de l'empire musulman ne sauraient non pins entrer en comparaison, avec celle qui gouverne aujourd'hui. Si l'on considère d'abord ce qu'était le gouvernement sous les quatre premiers kaliphes Abou-Ben-Siddik, Omar-Ben- Kuttab, Osman -Ben- Affan, et Ali-Ben-Abi-Taleb, on verra que leur autorité était, à tous égards, plutôt spirituelle que temporelle. L'un d'eux ne portait que des habits d'une toile de coton blanche et grossière ; ses souliers et son baudrier étaient d'écorce de palmier; il marchait à pied dans les rues, comme les gens du peuple. S'il parlait au dernier de ses sujets, il en recevait une réponse grossière et dans des termes moins mesurés que ceux dont il s'était servi. Ces princes regardaient même cette conduite comme un des devoirs que leur imposait la religion du prophète.

On raconte d'Omar qu'ayant reçu des toiles rayées du Temen, il les distribua entre les musulmans; chacun en eut pour sa part une pièce, et Omar fut partagé comme les autres. Il s'en fit faire un habit, et, revêtu de cet habit, il monta en chaire et harangua les musulmans, pour les exhorter à faire la guerre aux infidèles^ Un homme de l'assemblée se levant, l'interrompit et , lui dit : — Nous ne t' obéirons point. — Pourquoi cela? lui demanda Omar. — Parce que, répondit cet homme, tu t'es distingué des autres musulmans par une préférence particulière. •- Et en quoi donc? lui demanda Omar. Cet homme lui répondit : — Lorsque tu as partagé entre les musulmans ces toiles du Yemen, chacun en a eu une pièce, et tu en as eu de même pour ta part une seule pièce. Cela ne peut suffire pour te faire un

^;b APPENDICE.

habit, et cependant nou3 voyons que lu as aujourd'hui un habit complet. Tu es d'une grande taille, et si tu n'avais pas pris pour toi une part plus considérable que celle que tu nous a donnée, tu n'aurais pas pu en avoir une robe. Omar se retourna vers son fils Abd— Allah et lui dit: —Abd -Allah, réponds à cet homme. Abd-Allah se levant, dit alors : — Lorsque le prince des croyans, Omar, a voulu se faire faire un habit de sa pièce de toile, elle s'est trouvée Insuffisante. En conséquence, je lui ai donné une partie de la mienne pour compléter son habit. — A la bonne heure, dit alors cet homme; à présent nous t'obéirons. Une pareille manière d'agir n'est pas assurément dans la catégorie de l'autorité royale; c'est plutôt une vertu religieuse et une conduite digne des prophètes.

(Chrestomatie arabe de M. Sihestre de SacyJ)

Des opinions et de la croyance primitive des Juifs, et de quelle manière il est survenu parmi eux des chançemens. Par Taky-Eddin-Makrisé,

Lorsque Dieu donna le Pentateuque à Moïse, son prophète , Il y renferma toutes les lois qui composent la religion Mosaïque, et commanda dans ce même livre que l'on écriraif, pour chacun de ceux qui seraient chargés du gouvernement des enfants d'Israël, un livre où seraient comprises toutes les ordonnances de la

loi, afin qu'il s'appliquât à l'étudier, et qu'il y conformât sa conduite. Ce livre se nommait en hébreu Mischna, ce qui signifie ordonnances extraites du texte /AWn. Moïse écrivit de sa main une Mischna : c'était comme une explication des paroles divines contenues dans la loi. Moïse étant mort, et ayant eu pour successeur immédiat Josué, fils de Noun, et après lui tous ceux qui furent revêtus de l'autorité jusqu'au temps de Joachim, roi de Jérusalem; Nabuchodonosor vint, pour la première fois, porter la guerre dans le pays des Juifs. Jusque-là ils transcrivaient, pour chacun de leurs rois, une Mischna copiée sur l'exemplaire écrit par Moïse lui-même ; et ils mettaient cette copie sous le nom du roi pour lequel elle était faite. Quand donc Nabuchodonosor emmena en captivité le roi Joachim, et avec lui les principaux des Israélites, et ceux qui tenaient le premier rang à Jérusalem, au nombre de plus de dix mille ; ils emportèrent avec eux dans les régions de l'Orient tous les exemplaires de la Mischna qui avaient été écrits pour leurs rois. Nabuchodonosor étant ensuite sorti une seconde fois de Babylone pour marcher contre Jérusalem, ayant détruit celte ville et en ayant transporté à Babylone tous les habitans, ainsi que tous les Israélites des douze tribus ; les Juifs s'établirent à Babylone, et Jérusalem demeura ruinée et sans habitans, l'espace de soixante-dix ans. Ce temps expiré, les Juifs retournèrent de Babylone à Jérusalem ; ils rebâtirent la ville et relevèrent le temple. Ils avaient alors avec eux tous les exemplaires de la MiscJma qu'ils avaient emportés lors de leur première émigration. Environ trois cents ans ou un peu plus

48o APPENDICE.

après le rétablissement an temple ou le retour de la captivité, il survint une grande division entre les enfans d'Israël, par rapport à leur religion. Cela fut cause qu'un parti qui était de la maison de David, sortit de Jérusalem : ils se retirèrent dans les régions de l'Orient, comme avaient fait leurs pères la première fois, et emportèrent les exemplaires de la Mischna qui avaient été transcrits pour l'usage des rois sur l'exem* plaire écrit de la main même de Moïse. Etablis dans les contrées de l'Orient, ils se conformèrent exactement à ce que contenaient ces livres, depuis l'époque de leur émigration de Jérusalem jusqu'au temps où Dieu ayant donné aux bommes la religion islamique, Ànan, chef de la captivité, vint des contrées orientales dans VIrak; ce qui arriva sous le kaliphat du prince des fidèles Aboudjafar-Mansour, en l'année 3o6 de l'hégire. Quant à ceux qui étaient demeurés à Jérusalem après l'émigration des personnes de la famille de David dont on vient de parler, ils ne cessèrent d'être divisés relativement à la religion, et partagés en plusieurs sectes, jusqu'au temps où Titus marcha contre eux, détruisit Jérusalem pour la seconde fois, après que Jean, fils de Zacharie eut été tué, et que Jésus, fils de Marie, eut été enlevé, et emmena prisonniers tous les habitans de Jérusalem et de tout le pays des enfans d'Israël. Alors disparurent tous les exemplaires de la Mischna que ceux-ci possédaient, et il ne se conserva plus parmi eux d'autres livres de la loi que le Vntateuque et les livres des prophètes. Après la ruine de Jérusalem par Titus, les Juifs se dispersèrent par toute la terre, et devinrent sujets des autres peuples,

ébinme ils lé sont encore aujourd'hui. Deux hommes, cependant, du nombre de ceux qui étaient restés à Jérusalem presque jusqu'à la destruction de cette ville par Titus, et qui Se nommaient Schammdi et Hillel, vinrent à Tibériade, et composèrent un livre qu'ils appelèrent Mischna, du nom de la Mischna de Moïse. Ils insérèrent dans ce livre les ordonnances de la loi, et furent suivis en cela par un grand nombre de Juifs i Schammaï et Hillel étaient contemporains et vivaient sur la fin de la durée du second temple. Hillel avait quatre-vingts disciples, parmi lesquels le plus petit était Jocanan, fils de Jocdi; et Ce Jocanan vit la ruine du se cond temple par Titus. Les paroles de Schammdi et dî! Hillel sont rapportées dans la Mischna. Cet ouvrage qui est divisé en six livres, comprend tout le droit religieux et civil du Pentateuque ; il a été mis en ordre par Annasi, de la race de David, cent cinquante ans après la destruction de Jérusalem par Titus. Schammaï et Hillel étaient morts sans avoir complété la Misclma ; mais elle fut achevée par un Juif nommé Juda, de la famille de Hillel, et il engagea les Juifs à se conformer à là doctrine contenue dans cette Mischna. Dans le vrai, cette Mischna contient beaucoup de choses qui se trouvaient dans la Mischna de Moïse ; mais il y en a aussi beaucoup qui ne sont que des opinions de leurs docteurs.

Environ cinquante ans après la rédaction de cette Mischna, il s'éleva une certaine classe d'hommes d'entre les Juifs qui fut nommée le Sanhédrin, ce qui signifie les principaux : ceux-ci s'occupèrent à composer une interprétation de la Mischna, conformément à leurs 1. 3i

opinions particulières* et ils formèrent sur ce sujet un livre que l'on nomme le Talmud. Dans ce livre, ils rejetèrent beaucoup de choses que contenait la Mischna antérieure, et ils ajoutèrent de leur chef de nouvelles ordonnances. Depuis la composition de ce Talmud qu'ils avaient écrit de leurs propres mains, et dans le* quel ils avaient renfermé leurs propres opinions, Us se permettaient d'attribuer à Dieu même les décisions du Talmud. C'est ce qui a donné lieu à ce reproche que Dieu leur fait dans YAlcoran : m Malheur à ceux « qui après avoir écrit le livre de leurs propres mains * disent ensuite* ceci vient de Dieu, et qfci agissent « ainsi dans la vue d'un- modique profit! Malheur à « eux, à cause des choses que leurs mains «Mit écrites! « Malheur à eux, à cause du gain qu'ils font! » 11 y a deux exemplaires de ce Talmud, qui diffèrent dans les ordonnances qu'ils contiennent* La secte des Rahbanites se conforme encore aujourd'hui aux décisions du Talmud, en quoi elle diffère de celle des Karaftes, qui ne se Croient point obligés à suivre la doctrnei de ce livre.

Lorsque Anaft, chef de 4a captivité, vint dans l'Inak, il trouva mauvais que les Juifs prissent le TatonudpGuic règle de leur conduite; il soutînt que \ts livres qui tétaient entre ses niants contenaient la vérité, parce qu'ils avaient été copiés sur les exemplaires qui *«*> fntmes avaient été transcrits sur la Mischna autographe de Moïse.

Les Rabbànttfcft tA deux qw suivent (leurs opinions, n'ont d'égard à -ce -qui est écrit dans le fbm\Omaw qui est entre leurs main*, qu'autant que cui* «le trouve

signé dans le Talmud : pour tout ce qui ne se trouve pas dans ce livre, Hs n'y ont aucun égard et ne s'en mettent point en peine. Cela est conforme à ces paroles que Dieu, dans YAlcoran, leur met dans la bouche : « Nous avons trouvé nos pères dans l'usage de suivre « une certaine règle, et nous marchons sur leurs trait ces. » Quiconque prendra la peine de comparer les livres qu'ils ont entre les mains avec les ordonnances contenues dans le Pentateuque, demeurera convaincu qu'ils ne suivent point une autorité divine, mais seulement leurs propres opinions et leurs caprices. C'est pour cela que quand Moïse, fils de Maïmoun, de Cordoue, parut parmi eux, ils s'attachèrent à ses opinions, et prirent pour règle de leur conduite son livre intitulé le Guide, et ses autres ouvrages. Ils suivent encore aujourd'hui sa doctrine et ses opinions.

{Chrestomatie arabe de M. Silvestre de Sacy.)

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