‹ De l'empirisme en médecineChapitre 10 sur 12 · INDUCTION · texte numérisé non relu

INDUCTION

Nous venons d’examiner avec {quelques détails les conditions de l’observation et de l’expérinienlation. Sans doute, elles sont les bases de la médecine, mais elles sont loin de la constituer tout entière. Il ne faut pas s’imaginer, en effet , que l’empirisme rationnel consiste simplement dans la constatation des faits , il faut que le raisonnement intervienne pour mettre à profit les notions acquises par l’observation et l’expérience : « Si l’homme, dit Laplace, s’était borné à recueillir des faits,

« la science ne serait qu’une nomenclature stérile, et jamais il « n’eût connu les grandes lois de la nature; c’est en comparant « les faits entre eux et en remontant ainsi à des phénomènes de « plus en plus étendus , qu’il est enfin parvenu à découvrir « ces lois toujours empreintes dans leurs effets les plus variés.»

« L’expérience et l’observation, dit M. Gavarret, sont les pre- « miers matériaux des sciences ^ l’intelligence les coordonne , « saisit leurs rapports , remonte à la nature des causes gé- « nérales, et les phénomènes particuliers, en tant qu’effets im- « médiats de ces causes, fournissent le moyen de contrôler la « valeur des lois proposées. Si telle est réellement la série « d opérations qui mérite le nom de méthode expérimentale;

«< comment la généralisation pourrait-elle cesser d’être le but « et le complément indispensable de tout travail scientifique ? « car, selon la belle expression de M. le professeur Andral :

« Ce sera toujours un besoin pour notre intelligence de ra- « mener les faits , à mesure qu’on les découvre , au point de « vue le plus général possible ; ainsi se formule le présent et <> se prépare l’avenir (1).»

Le raisonnement doit donc intervenir pour tirer parti de l’observation et de l’expérience , et la méthode que l’esprit doit suivre pour y arriver n’est autre que la méthode d’induction.

Celte méthode n’a certainement pas été imaginée par les philosophes et en particulier par Bacon. Elle est tellement dans la nature de l’esprit humain , qu’il est probable qu’ils n’ont fait que la formuler.

Etablir une induction , c’est ériger en fait général un fait particulier qui s’est constamment représenté dans une série donnée d’observations et d’expériences. Transformer les faits particuliers en faits généraux, c’est faire de l'induction; et une fois ces faits généraux établis, ils constituent ce qu’on est convenu d’appeler les principes généraux ouïes lois de la science. Les caractères de l’induction sont donc de conclure du particulier au général , et de pénétrer dans la connaissance de ce qui arrivera par la connaissance de ce qui est arrivé.

Pour que l’induction puisse être légitime , il faut que les trois conditions suivantes soient exactement remplies :

l6 Les observations et les expériences dont on veut la tirer doivent avoir été bien faites.

2° Toutes les circonstances des faits ou des expériences doivent avoir été appréciées avec le plus grand soin.

3° On doit opérer sur un nombre assez grand de faits semblables.

(1) Principes 'généraux de la statistique médicale.

La méthode d’induction consiste dans l’emploi de plusieurs opérations quiont pour but de séparer, dans les faits qu’on rapproche, cequi est commun de ce qui est particulier, et, pour me servir d’une expression de Cœlius Aurelianus, communitates mprborum. Ces opérations sont les suivantes :

1 Rassembler les faits.

2° Analyser chaque fait en appréciant et notant les circonstances principales de ce fait , ou celles sur lesquelles on veut porter spécialement son attention.

3° Réunir ce qui est commun, isoler et noter ce qui est particulier dans chaque fait.

4° Faire ensuite la synthèse, c’est-à-dire grouper en un seul fait général ce qui est commun , tout en constatant ce qui est particulier , ou bien ce qui est une exception.

On peut voir, par ce que je viens de dire , que l’analyse et la synthèse sont les deux méthodes ou plutôt les deux opérations que l’induction met eu œuvre pour arriver à établir un principe général.

Je ne saurais mieux faire , pour confirmer tout ce que je viens de dire, que de retranscrire ici le résumé des principes exposés par M. Lamé dans son Cours de physique , résumé donné par M. Gavarret dans ses Principes généraux de statistique médicale :

« Les faits ainsi colligés , l’expérience les rapproche et les « éloigne suivant leurs analogies ou leurs ressemblances , les « dispose dans l’ordre le plus convenable pour mettre en « évidence les rapports constants qui existent entre deux phé- « nomènes successifs. L’énoncé de ces rapports ou lois de suc- « cession des phcnomè?ies est déjà un premier essai de généra- « lisation scientifique. Tel fut «le travail qui conduisit Kepler « à la découverte des trois belles lois auxquelles son nom est « resté attaché, et Galilée à la solution du problème de la « chute des graves à la surface de la terre.

« Pour donner la solution la plus complète possible de ces « lois empiriques, il faut , par l’expérience et par l’observation , « vérifier, avec le plus grand soin , toutes les circonstances qui « en découlent. Chacune d’elles constitue alors V explication « des phénomènes qui s’y rapportent ; et cette explication « prend le nom de théorie partielle ou du second ordre ; mais « là ne s’arrête pas la puissance investigatrice de l’homme « L’histoire des sciences les plus perfectionnées nous démontre i qu’il est encore quelque chose à désirer, quelque chose à « découvrir, une loi générale, dont les lois précédemment était blies sc déduisent comme de simples corollaires. Cette con- « ception n’a rien qui répugne à l’esprit ; c’est une consé- « quence nécessaire des besoins qu’on éprouve d’élargir le « cadre de ses recherches , à mesure que les connaissances se « multiplient. L’étude comparative des lois empiriques desuc- « cession phénoménale peut seule fournir la notion des rap~ « ports qui les enchaînent , et [conduire à la découverte de la « loi générale qui les résume toutes dans leur ensemble.

n Mais avant d’accepter définitivement une pareille loi « pour l’expression de la cause réelle des phénomènes qu’on « a en vue, chacune de ses indications doit être longtemps et « rigoureusement soumise au creuset expérimental. Tant que >> cette épreuve décisive n’aura pas été faite, la loi proposée « ne pourra être considérée que comme un moyen plus ou « moins ingénieux de se rendre compte des faits acquis.»

Le passage que je viens de retranscrire eu entier, m’a semblé résumer parfaitement les résultats auxquels conduit l’application de l’induction, et ne pouvant espérer faire mieux ou même aussi bien, j’en adopte tout-à fait les conclusions.

Pour arriver à une induction certaine, au lieu de procéder par une simple analyse, et d’exprimer ensuite le résultat obtenu synthétiquement, par une loi seulement , en constatant les exceptions s’il y en a, on a proposé d’exprimer par des chiffres les résultats soit de l’analyse, soit de la synthèse, et de

soumettre ces mêmes chiffres à de véritables calculs. Celte méthode qui, dans ces derniers temps surtout, adoptée par un certain nombre de médecins, a reçu assez improprement le nom de statistique appliquée à la médecine, fait en quelque sorte partie de l'induction , elle n’est qu’une de ses manières de procéder; nous sommes conduits par conséquent à nous en occuper, et à présenter notre opinion à cet égard.

Le but qu’on s’est proposé en introduisant le calcul dans la méthode d’induction est multiple.

On a voulu substituer une logique rigoureuse et irrécusable, celle des chiffres, à des approximations.

On a voulu établir les lois ou les principes généraux sur les résultats fournis par le calcul.

On a voulu enfin obtenir des moyennes, qui permissent d’établir avec une certitude mathématique l’importance des causes, des symptômes et des lésions anatomiques , ainsi que la valeur des agents thérapeutiques.

Cette méthode adoptée par des hommes distingués, avait déjà produit quelques travaux remarquables , lorsqu’il s’éleva à ce sujet, au sein de l’académie royale de médecine, une discussion vive et orageuse à laquelle prirent part les hommes les plus éminents de cette assemblée. Sans entrer ici dans un examen bien circonstancié des objections qui ont été adressées à l’application du calcul à la médecine, et des réponses qu’on leura faites, nous allons essayer d’exposer rapidement les principaux arguments donnés pour ou contre la question.

1° La statistique a-t-on dit, a la prétention de substituer le calcul à l’induction, et d’arriver de cette manière à des résultats plus rigoureux. — La statistique, a-t-on répondu, ne proscrit en aucune manière le raisonnement et l’analyse logique , elle considère simplement le calcul comme un des instruments de l’induction, ou, si l’on veut, de la méthode expérimentale.

2° Malgré la prétention de cette méthode de conduire à des résultats certains, elle n’est arrivée souvent qu’à des résultats

négatifs, et qu’à des moyennes fictives sans utilité , et ne représentant nullement les faits généraux de la science.

On a répondu à cela que le calcul donnait des probabilités d’autant plus fortes, que le nombre de faits sur lesquels on opérait était plus grand et les faits plus semblables, c’est-àdire plus comparables entre eux. Si donc, on est arrivé à des moyennes erronées, à des résultats opposés ou même faux , c’est qu’une de ces conditions n’était pas remplie, c’est-à-dire que le nombre de faits sur lequel on opérait n’était pas assez considérable, ou bien que les faits n’étaient pas comparables entre eux. Dans ces deux circonstances, c’était donc la faute du calculateur et non point de la méthode.

3° Les partisans de cette doctrine, a-t-on dit, considèrent la maladie comme un phénomène unique,comme un fait simple, tandis qu’elle est, au contraire, un fait essentiellement composer ’ en résulte que l’addition de ces faits composés ne présente aucun caractère d’exactitude, et ne mérite aucune confiance. — Adresser une telle objection, a-t-on répondu, c’est montrer qu’on ne connaît pas la méthode et la manière dont elle est employée. Qu’on ouvre les ouvrages des statisticiens les plus distingués, ceux de MM. Bouillaud et Louis par exemple, on pourra facilement s’assurer que le9 choses ne se sont jamais passées de cette façon. Ces auteurs ont rassemblé les faits, les ont analysés avec soin , et n’ont compté que ce qu’ils avaient de commun ou de semblable.

Ils ont donc procédé d’après une induction sévère ,et n’ont fait qu’exprimer par des chiffres ce qu’ils auraient expliqué par des mots. — On voit par là, ont ajouté lesnuméristes, que ce reproche n’est pas fondé, que la composition ou la complexité des phénomènes n’est point un obstacle au calcul, qui permet au contraire de la simplifier en n’additionnant que des unités semblables ; enfin que, par l’emploi du calcul, on arrive aussi bien à établir une loi générale , que par la simple étude des faits, et que cette loi, formulée en quelque sorte en chiffres,

ou bien appuyée sur îles chiffres , se présente avec une espèce d’authenticité et de sévérité plus grandes.

4e Objection. L’application du calcul à la thérapeutique faite dans le but 'd’apprécier la valeur des agents qu’elle emploie , exige qu’on arrive à formuler une méthode de traitement fixe, invariable, universelle. — Ceci, a-t-on répondu'encore, n’est nullement exact; on arrive à des formules, qu’on généralise il est vi ai; mais l’on admet qu’un certain nombre de circonstances peuvent les modifier; ainsi l’àge , le sexe, la constitution, etc ; on ne déduit aucune méthode fixe et invariable des chiffres, on modifie le mode de traitement suivant un certain nombre d’éléments, et dans certains cas , l’analyse [des faits par le calcul montre qu’il faut même s’en abstenir.

Cette dernière objection et la réponse qui lui a été adressée, résument à peu près la question des majorités et des ,'minorités obtenues par l’addition d’un certain nombre de faits. Mais ce terrain est peut-être celui où la discussion a été le plus vive , et il faut avouer que l’objection était pressante. Vous voulez, disent les adversaires de la statistique, expérimenter une méthode thérapeutique quelconque? vous l’essayez sur cent malades, et vous constatez, par exemple, 85 guérisons et 1 5 morts. Vous en essayez une autre , et vous obtenez 75 guérisons et 25 morts. Que concluez-vous de là ? Que la première jméthode est meilleure que la deuxième est qu’ell doit être préférée. C’est bien. Mais à côté de votre majorité de 85 vous avez une minorité de 15. Or, qu’en ferez-vous? Qui vous dit que, traités par la deuxième méthode, ces 15 cas ne se seraient pas trouvés dans les 75 qui ont guéri?

Les numéristes répondent alors qu’ils tiennent compte de cette minorité ; que c’est elle surtout qui commande les modifications de la thérapeutique et les restrictions qu’ils adoptent, eu égard à l’influence et à la valeur absolue de leur méthode.

L objection suivante, qui a surtout trait à la thérapeutique, a encore été adressée aux partisans de la statistique :

La série de malades sur laquelle vous expérimentez un agent thérapeutique, leur a-t-on dit, la contrée dans laquelle se fait l’expérience, la saison , la constitution épidémique régnante, sont autant de circonstances qui ne sont jamais semblables à elles-mêmes, et qui cependant exercent une grande influence sur le succès du traitement. Comment voulez-vous donc additionner, par exemple , deux séries d’expériences faites dans des conditions différentes de temps, de lieux et d’époque.

Ils répondent en disant qu’ils cherchent à éviter toutes ces causes d’erreurs, et qu’elles entrent, d’ailleurs, pour quelque chose dans la statistique, soit pour en modifier les résultats , soit pour en atténuer la valeur.

La discussion en était restée à ce point, et la question n’était pas encore résolue, lorsque parut l’ouvrage de M. Gavarret {Principes généraux de statistique). Il vint, en quelque sorte, combattre les deux partis , en disant aux anti-numèrisles : oui , l’application de la statistique à la médecine est utile; et aux numéristes : elle est utile, mais non pas comme vous l’employez. On doit entendre tout autrement que vous cette application. Désirant élucider autant que possible cette question si délicate, nous ne pouvons mieux faire que d’exposer les principes que M. Gavarret a formulés en propositions à la fin de son ouvrage précité.

« Prop. De Les règles de la logique sont insuffisantes pour « juger l’influence d’une médication donnée dans une maladie « également donnée , et classer les médications conseillées « contre la même maladie, par ordre d’influence.

« Prop. 2l Les principes de la loi des grands nombres sont « rigoureusement applicables aux recherches de thérapeutique « et peuvent seuls donner la solution de ces deux problèmes <• importants.

« Piop. 3' La mortalité moyenne, fournie par une statis-

« tique, n’est jamais la traduction exacte et rigoureuse de l’in- « fluence de la médication essayée ; mais elle s’en rapproche « d’autant plus que les observations recueillies sont plus inul- « tipliées.

« Prop.4e Une loi thérapeutique, fournie par la comparaison « d’un petit nombre de faits, peut être tellement éloignée de « la vérité que, dans aucun cas, elle ne mérite aucune espèce « de confiance.

« Prop. 5e. Une loi thérapeutique ne saurait jamais 'être « absolue; ses indications peuvent toujours osciller entre cer- « taines limites, d’autant plus rapprochées que les faits re- « cueillis sont plus multipliés, et qu’on peut déterminer à « l’aide des nombres dont se compose la statistique qui l’a « fournie.

« Prop. 6e. Pour qu’il y ait lieu de préférer une méthode « thérapeutique à une autre, il faut non-seulement que les « résultats soient plus avantageux, mais encore que la diffé- « rence constatée surpasse une certaine limite dont la valeur « dépend des nombres de cas recueillis.

« Prop. 7e. Toute différence entre les résultats obtenus qui « serait inférieure à cette limite, d’autant plus petite elle-même « que les observations sont plus nombreuses, doit être négli- « gée, et considérée comme non avenue.

« Prop. 8’. Les mêmes principes elles mêmes conséquences » sont rigoureusement applicables à la solution des difficultés « premières que soulève la doctrine des constitutions médi- « cales.

« Prop. 9e. C’est par les mêmes règles que l’on doit cher- « cher à savoir si la mortalité d’une maladie change suivant « les âges, les sexes, les localités , etc.

« Prop. 10* Toutes les fois qu’il s’agit d’étiologie, les prin- « cipes de la loi des grands nombres ne peuvent servir qu’à « prouver l’existence ou la non-existence d’une cause spéciale «< soupçonnée indépendamment de toute hypothèse faite sur

« la nature. C’est à l’aide de considérations d’un autre ordre •< qu’on doit chercher à déterminer la cause elle-même. Cette « dernière question est hors de la sphère d’activité de la « statistique. >*

Personne, certes, ne voudra contester en principe les résultats auxquels est arrivé M. Gavarret ; ils sont appuyés sur des données trop positives pour qu’on en ait la pensée. Je crois même que, si l’on pouvait les adopter et les suivre, on arriverait à des conclusions plus voisines de la vérité. Malheureusement, considérés au point de vue pratique, c’est-à-dire de l’application, il en est tout autrement, et ils conduisent à la proscription de la statistique. En effet, il faut opérer sur des faits le plus semblables possibles , et sur un nombre considérable de ces faits pour arriver à une conclusion certaine. Or , je ne pense pas que le même observateur puisse y arriver, même en y consacrant la plus grande partie de sa carrière médicale. II en résultera qu’il sera obligé de rassembler les faits recueillis par d’autres, pour les soumettre à l’analyse. Mais alors que de causes d’erreurs! Pourra-t-il être certain de la similitude des faits? Ils auront été recueillis dans des lieux , dans des temps divers , sous des influences qui très-souvent n’auront pas été les mêmes, et l’esprit différent des collecteurs eux-mêmes se fera sentir dans l’exposition de ces faits. Il résulte de tout ceci qu’en adoptant la loi des grands nombres telle que l’entend M. Gavarret, c’est-à-dire l’application du calcul des probabilités à la médecine, il sera très-difficile d’opérer sur des faits semblables, ou qu’en voulant opérer sur ces seuls faits, l’on n’en possédera pas, laplupart du temps, une quantité suffisante pour leur appliquer cette loi.

Telles sont les opinions qui ont été émises pour ou contre les applications de la statistique à la médecine. Je me suis efforcé , autant que possible , d’être historien fidèle , et de n’exposer que les objections et les réponses qui leur ont été faites. Il resterait maintenant une tâche plus difficile, celle de

se prononcer. Pour ne pas sortir du plan que je me suis tracé, je devrais dire dans quelles limites les applications statistiques doivent être acceptées , et quelles sont leurs règles ; mais en présence des noms imposants qui se sont prononcés pour ou contre, et surtout de la troisième opinion qui est venue en quelque sorte se jeter entre les deux camps ; en considérant d’ailleurs les développements trop longs dans lesquels je serais probablement entraîné , je m’abstiendrai de formuler mon jugement définitif. Je dirai seulement que quant à être logique , l’application de la statistique à la médecine l’est très-certainement, et qu’on peut la considérer comme un des procédés de la méthode d’induction.

Après avoir terminé ce qui se rapporte à cette question si grave et si délicate , examinons un autre procédé de la méthode d’induction; je veux parler de l’analogie : « La de'mon- « stration par analogie, ditM. Bouillaud, rentre évidemment « dans celle par induction dont elle n’est qu’une forme.»» L’a- « nalogie, dit Laplace , est fondée sur lu probabilité que des « causes semblables ont des causes du même genre , et produisent « les mêmes effets. Plus la similitude est parfaite , plus celte « probabilité augmente.» En physique, en chimie, en médecine « rien n’est plus commun que les conclusions par analogie.

Ainsi il est bien établi que l’on ne doit s’attacher qu’à rapprocher des faits tout semblables. Malgré cette précaution , nous devons cependant avouer que l’analogie offre aussi sa part de dangers.

« En général , dit M. Andral , les rapports des phénomènes « nous frappent beaucoup plus que leurs^différences ; nous nous « attachons alors à leurs rapports, et nous proclamons sem- « blables des phénomènes qui ne le sont que d’un côté. C’est « ainsi que l’analogie peut mener à l’erreur. »

L’analogie peut donc tantôt conduire à la vérité, tantôt mettre seulement sur le chemin et fournir la présomption ; quelquefois enfin aboutir à l’erreur. Le médecin qui raisonne

doit donc se mettre eu garde contre cette arme dangereuse

Nous avons traité avec soin tout ce qui se rapporte à l’induction -, terminons par l’examen de cette dernière question.

I/induction appliquée à l’observation et à l’expérience, peut* elle conduire à l’erreur , à l’hypothèse? Non certainement , mon avis au moins, si toutes les conditions dont j’ai parlé ont été remplies exactement , si toutes les règles ont été fidèlement observées et si l’on a logiquement procédé. Dans le cas contraire on peut arriver à l’erreur ; c’est ce qui aura lieu si les observations ou les expériences ont été mal faites; si elles sont inexactes ou fausses, si l’on a rassemblé des faits hétérogènes, si l’on a opéré sur des éléments qui ne peuvent être rapprochés, et qu’on aura forcément réunis, ou enfin sur d’autres qui doivent être réunis et que l’on aura séparés, si d’ailleurs on a invoqué de fausses analogies. Dans tous ces cas la faute ne sera pas certes imputable à la méthode, mais seulement à l’expérimentateur, au collecteur d’observations. Je ne saurais du reste mieux faire, pour justifier mon opinion à cet égard, que de citer ce passage bien important de M.Bouillaud sur ce sujet :

« Sans doute on peut arriver à l’erreur par la voie de l’in- « duction, et cela ne saurait manquer si les données sur lesquel- « les cette méthode s’exerce manquent d’exactitude. Mais alors « l’erreur n’est pas le fait de l’induction. Or, quelle est la mé- « thode qu’il ne faudrait pas abandonnerai pour en agir ainsi >< il suffisait d’avoir à lui reprocher de pareilles erreurs ? »

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