OBSERVATION IV
(Personnelle)
Louis J., mulâtre de 4% ans, né à la Désirade, a été dirigé sur l'asile du Camp-Jacob, à la suite de voies de fait très graves commises sur plusieurs personnes à la Pointe-à- Pître. Depuis plusieurs années, il est à l'asile, où il est considéré comme un épileptique ; il a en effet fréquemment des attaques convulsives dont l’origine est inconnue.
Après une série d'attaques, mon malade me paraît un jour plus concentré que d'habitude, faisant à la visite moins de gestes expansifs que n’en font d'ordinaire les épileptiques. Aussitôt, j'institue un traitement par le bromure, craignant, avec raison,ledéveloppement d’un accès de fureur épileptique, et je commence par :
Bromure de potassium ...... 4 gr.
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Dans la journée, tout d’un coup, le malade se lève de son banc, marche droit devant lui et assène un violent coup de poing sur la tête d’un idiot qui passait. Aussitôt mis en cellule et aux fers, il ne se calma pas pour cela ; bien au contraire, je dus augmenter et doubler la dose de bromure que je lui destinaiï.
Le lendemain, l'agitation était très grande encore, l’injection de la face considérable, la colère à ma vue indescriptible. Sur les instances du gardien préposé à sa garde, j'éle-
AOUES vai à 12 gr. la dose de bromure, mais l'accès ne devait pas cesser de sitôt.
Deux jours après, malgré les 12 gr. quotidiens pris en quatre fois, j'étais forcé de lui maintenir la camisole. Je n’essayai pas d'augmenter la dose, je n’essayai pas non plus de prolonger bien longtemps cette médication.
Déjà j'avais remarqué que ce malade cessait de se masturber comme il en avait la triste habitude.
Le 15 décembre 1889, il fut pris d’une diarrhée intense ; sa maigreur habituelle avait encore augmenté par le refus d'alimentation. En deux jours, ce malade mourut présentant des phénomènes typhiques très caractérisés : vomissements, diarrhée continuelle, ulcérations cutanées, émaciation très rapide, coma.