CHAPITRE PREMIER
HISTORIQUE DES DIFFÉRENTES MÉDICATIONS EMPLOYÉES JUSQU'A NOS JOURS CHEZ LES ÉPILEPTIQUES ET LES MANIAQUES.
Ce chapitre ne saurait prêter à de longs développements.
En effet, l'objectif des praticiens a été de tout temps plus élevé que le nôtre ; sans s’arrêter au traitement des manifestations symptomatiques de l’épilepsie, ils ont cherché à guérir la maladie elle-même, et c’est contre elle que sont dirigées toutes les médications dont la multiplicité n’égale que l’inanité.
Une intermission, une rémission peut-être, succédant à la
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prise d’une substance, donnait à cet agent une vogue en tout semblable au diserédit dans lequel étaient tombés ceux qui avaient brillé avant lui, jusqu’au jour où son impuissance nettement mise en lumière par une expérimentation sérieuse, le reléguait dans ce chaos obseur qui constitue l’arsenal thérapeutique de l’épilepsie. C’est ainsi que toutes les substances inorganiques, tous les métaux, toutes les plantes, tous les extraits, tous les alcaloïdes, depuis le crâne de mort râpé, jusqu’à la morphine et à la strychnine, en passant par le fer, le cuivre, l'argent, l'or, les antispasmodiques du règne végétal et animal, tous ont passé par l’épreuve du feu et en sont sortis réduits en cendres.
Toutefois, parmi ces agents, il en est dont la valeur a été plus constamment prônée ; et, choseremarquable, la plupart d’entre eux rentrent dans le large groupe des antispasmodiques. Cela tient sans doute à ce que l’élément spasme joue un rôle très important dans l'attaque, et aussi à ce que les médicaments de cette classe ont presque tous une action élective, sédative ou stupéfiantes sur le système nerveux ; par ces propriétés, ils produisaient.un calme relatif, au moins chez quelques individus pourvus d’une idiosyncrasie à leur endroit. C’est ainsi que Fabius Columella ayant reçu d’un médecin de Florence le conseil de boire une infusion de racine de valériane, vit ses attaques disparaître sous l’influence de ce traitement, et avait une telle foi en la plante qui l'avait guéri, qu’il ne voyageait pas sans en emporter sur lui.
Mais comme on le voit, ce traitement était dirigé contre le fond même dela maladie, non contre l’agitation proprement dite. Ce côté de la maladie préoccupait du reste peu les mé-
(1) Bouchardat, Formulaire magistral, 1'° édit., p. 126, Paris 1839.
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decins de l’antiquité; du jour où on cessa de croire qu’un démon agitait le corps du malheureux épileptique et qu’il fallait l’en chasser par des moyens violents, on se contenta de se mettre à l'abri des actes graves que le malade pouvait commettre ; les liens et les cabanons remplirent seuls cette indication et cela pendant un temps très long. Les découvertes contemporaines devaient faire naître de nouvelles tentatives.
L’opium s'était montré impuissant, nuisible même entre les mains des anciens ; la morphine fut essayée ; son inutilité fut constatée par tous les expérimentateurs (1).
La belladone et ses alcaloïdes employés ‘avec succès contre le ‘fond de la maladie par Theden, Stoll, Hufeland, Skoda à l'étranger, préconisés en France par Trousseau, furent donnés contre les accès d’agitation qui n’en furent ni amoindris, ni abrégés.
La jusquiame fut lancée au commencement du siècle en Allemagne par Stoerck, qui dit en obtenir de bons effets ; mais ces expériences furent controuvées en France par Herpin, et en Angleterre par Reynolds.
La découverte du chloroforme, de l’éther, du bromure de potassium ne firent pas avancer la question.
En 1869, MM. Dumesnil et Lallier voulant pallier l’action congestive de l’opium, associèrent ce médicament à la digitale dans le traitement de l'excitation maniaque; les effets qu’ils ont obtenus sont avantageux et font au moins ressortir l'extrême utilité de certaines associations, alors même que les deux agents ont des propriétés antagonistes, quelquefois à cause de cet antagonisme.
Moins heureuse dans sa conception nous paraît la formule
(1) Nothnagel et Rossbach, Thérapeutique.
HMS nes de M. Briand (1) qui associe l'injection hypodermique de quinine au bromure de potassium.
Le chloral, employé contre toute espèce d’agitation, dès sa découverte, est un hypnotique pour les épileptiques et pour les maniaques comme pour tout autre malade; mais lorsque l'agitation est intense, il faut arriver à des doses énormes pour en obtenir un effet utile ; les accidents d’intoxication, les troubles du côté des voies respiratoires en font suspendre l'usage, et tout le bénéfice de la médication se trouve par là perdu. Ainsi dans le fait rapporté par M. Amblard (2),interne des hôpitaux, une dose massive de 6 grammes administrée en une seule fois, suspend une série d’attaques; mais, outre que ce malade n’était pas affecté d’agitation épileptique en ce moment, il nous est permis de croire que l'organisme ne tolérerait pas longtemps cette médication ; or, chezle même malade, des doses moindres de ce médicament se sont montrées inefficaces.
Telle est, en quelques mots, l'historique bien abrégé de cette question. Nous avons la conviction que la médication de M. le professeur-agrégé Mairet, pour venir après tant d’autres, n'en a pas moins une très grande valeur fondée sur des indications nouvelles et mise en lumière par le succès de tous les jours.
(1) Briand, Du délire aigu. Thèse Paris 1881. (2) Montp. méd., octobre 1883.