‹ De l'emploi combiné du choral et de la digitale dans la période d'agitation de l'épilepsie et de la manieChapitre 5 sur 20 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

QUELQUES MOTS SUR LA PÉRIODE D'AGITATION DE L'ÉPILEPSIE ET DE LA MANIE. — INDICATIONS.

Je ne m'attarderai pas à décrire ici les symptômes de l’épilepsie, que tout le monde connaît, et que l'on trouve longuement et clairement exposés dans la plupart des livres classiques. Je me bornerai à étudier plus en détail la période d’agitation fréquente chez certains épileptiques, et qui vient accidenter d’une façon brutale la période de tranquillité qui suit et celle qui précède la grande attaque du mal comitial et même le simple vertige ou petit mal; je m'appliquerai à faire ressortir les indications nouvelles auxquelles elle donne naissance en dehors du traitement ordinaire de cette grande névrose.

« La fureur épileptique est un emportement violent qui, prenant sa source dans l'affection épileptique, développe une tendance irrésistible à la destruction (1)». C’est ainsi qu'en 1850, dans une thèse magistrale, véritable monographie, M. Cavalier définissait la fureur épileptique, en même temps qu’il en décrivait deux formes, l’une essentiellement instinctive et aveugle, l’autre qu’il appelait mo-

(1) Cavalier, Essai sur lu fureur épileplique. Thèse de Montpellier 1850, p. 41, 43 et 63. ,

tivée. «Dans la première, l’épileptique n’a aucune conscience, »même momentanée, de ses actes ; il détruit automatique- »ment, sans le savoir; il n’apprécie en rien la portée de ses »actes, reste complètement étranger à tout, et n’est arrêté » par rien. Quant au souvenir deses actions, pendant la période » de fureur, il n’existe nullement. Dans la fureur motivée, on »trouve ou l’on soupçonne un motif à l’acte de violence ; c’est »tantôt une contrariété, la fausse interprétation d’une démar- »che, d’une parole inoffensive, une hallucination, ou une illu- »sion. Même dans ce cas, toutes actions du furieux ne sont »pas motivées ; elles sont mêlées d’un grand nombre de »mouvements automatiques, instinctifs, au point que l’analyse » en devient souvent fort difficile (4).»

J. Falret (2) a décrit un délire épileptique à explosion rapide dont le caractère principal est la violence et l’instantanéité des actes auxquels se livrent les malades, ainsi que la nature pénible ou effrayante des conceptions délirantes et des hallucinations quiles dominent; après quoi l’on constate une cessation des accès aussi brusque que l’a été leur invasion etun oubli partiel ou total de leurs divers détails après leur dis- ‘parition.

M. Cavalier, dans sa thèse inaugurale, avait lui aussi attiré l'attention sur ce dernier caractère : «Un caractère, dit-il, » page 07, de la fureur épileptique, sur lequel on doit attirer » l'attention, c’est la rapidité de sa production, et la rapidité »de sa disparition.»

«L’épileptique, a écrit M. Delasiauve, parcourt en quelque »sorte tous les tons de la gamme maniaque, depuis l’irascibilité » capricieuse, l'excitation turbulente, jusqu’à l’incohérence et »la fureur la plus déréglée.»

Voici en quels termes M. Dagonet décrit la marche et

(1) Cavalier. loc. cit. p. 49, 50.

(2) Falret, Etat mental des épileptiques, 1860. .

FACE les différentes phases de la manie épileptique— « D’habi- »tude, dit-il, l'accès d’agitation ne se développe pas brusque- » ment; presque toujours il est précédé de signes précur- » seurs qui se répètent chaque fois avec les mêmes caractères, » ef annoncent d'une mäanière certaine sa prochaine explo- » sion. Le malade devient sombre, taciturne, plus irritable; » où bien il se montre d’une gaieté exagérée, turbulente; » il a des rires convulsifs, une sorte d'ivresse, il se plaint » d’oppression, de douleurs épigastriques, de céphalalgie. » Quelquefois, il éprouve de l’inappétence, de l’insomnie; » ses idées se troublent, ses sentiments se pervertissent, le » délire croît rapidement jusqu’au paroxysme de la fureur. ». La physionomie revêt une expression de cynisme, la face » est congestionnée, le regard perçant; les forces musculaires » semblent décuplées; le malade crie, hurle, brise tout ce » qui se trouve à sa portée; ses actes sont automatiques, » convulsifs; aucune idée dominante ne paraît présider à » ses déterminations. L’agitation dure 3 ou 4 jours, quel- » quefois plus longtemps; après quoi lindividu revient in- » sensiblement au calme et la conscience de lui-même(l).»

Enfin, tous les auteurs sont d’accord pour dire que la manie épileptique a une tendance spéciale à affecter la forme furieuse.

Un autre de ses caractères presque aussi constant et sur lequel la plupart des médecins aliénistes ont attiré l’attention, vu sa grande importance au point de vue médico-légal, est la tendance marquée que ce délire possède à se transformer en un délire impulsif, vertigineux, abolissant brusquement la conscience du malade, le transformant en un automate redoutable, tout en ne laissant pas la moindre trace

1) Dagonet, Nouveau Trailé des maladies mentales. Paris 1876, p. 519.

QUE dans sa mémoire. Les livres spéciaux abondent en exemples de ce genre; nous croyons inutile de les citer; je renvoie pour cela à la savante clinique de Trousseau et aux remarquables observations de Falret et de Legrand du Saulle, à la thèse de M. Cavalier.

Comme on peut le voir d’après ces citations, il y a des Hocre dans cette agitation épileptique, que les uns appellent manie, les autres délire, certains folie et M. Cavalier fureur épileplique. Une chose surtout frappe l'esprit dans le remarquable travail de ce dernier. «La fureur des épileptiques, écrit p. 37 le savant aliéniste, est très fréquente chez les sujets atteints de cettte maladte. Esquirol n'indique que 34 furieux sur 5339 épileptiques. Dans l'asile des aliénés de Montpellier, sur 55 observations d’épilepsie, on trouve la fureur notée 15 fois :

« Femmes.— 25 observations D furieuses.

» Hommes.— 30 + 10 furieux.

» Les fureurs fréquentes ou graves ont été seules notées, et cependant elles fournissent un chiffre proportionnellement plus élevé que celui d'Esquirol.» À 34 ans de distance, celui qui écrivait ces lignes, enseigne et montre à ses élèves dans le même asile, que la fureur épileptique, telle qu’il la déerivait alors, a à peu près complètement disparu de cet établissement, et cela grâce à la prohibition absolue des moyens de contention qu'il réprouve énergiquement et qui étaient jadis l’unique traitement employé. Ces accès de fureur à symptomatologie si effrayante, ont fait place, dans la plupart des cas, à une agitation qui, comme je le disais au début de ce chapitre, vient brutalement accidenter la période de tranquillité qui suit, rarement celle qui précède la grande attaque, le vertige ou même la simple absence épileptique.

C’est donc cette agitation que le médecin doit combattre.

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Sans doute, elle est sous la dépendance absolue de l’épilepsie qui l’engendre, et un traitement réellement curatif devrait s'adresser à la grande névrose reconnue à peu près incurable. Nous croyons pourtant qu'il y à ici, pour le médecin, une indication particulière à remplir, qu'il doit, chez un épileptique sujet à lagitation, chercher, par des moyens appropriés, à la prévenir, s'appliquer à en abréger la durée et atténuer ce qu'ont d’aigu ses principaux symptômes.

La plupart des médications jusqu'ici employées ne remplissent, d’après nous, cette indication que d’une façon très incomplète : l’opium, le chloral, le bromure, etc., employés isolément, ainsi qu’on a pu le voir dans mon introduction, n’ont donné le plus souvent que des résultats bien imparfaits, quelques fois nuls. Nous avons vu au contraire, réussir souvent dans ces circonstances le chloral et la digitale entre les mains de celui qui le premier a songé à les associer. Cette association très rationnelle d’un agent soporifique et d’un sédatif du système cardiaque, est pour nous le moyen le plus efficace de remplir les précédentes indications, ainsi que nous le démontrons dans le chapitre III.

Ce que je viens de dire sur la fureur épileptique ou période d’agitation de l’épilepsie, me permet d’être bref en ce qui concerne les accès aigus de la manie, qui ont, avec l’état précédent, tant de points de contact, et sont dans plusieurs circonstances, que nous allons essayer de déterminer, passibles de la même médication.

«La manie, dit M. le professeur Galet dans ses lecons, »est constituée par un délire général avec exaltation des »forces psychiques et vitales.»

On distingue une manie aiguë et une manie chronique : c’est surtout la première que nous avons en vue dans ce

HAE travail et plus particulièrement encore une de ses variétés, la manie furieuse.

Un grand nombre d'auteurs s'accordent pour assigner, dans la plupart des cas, au délire maniaque, une période d’incubation, des prodromes. Sans doute, des exemples nombreux en font foi, son début peut être brusque, inattendu et bien souvent alors sous la dépendance d’une violente émotion; d’un intense mouvement passionne], d’une véhémente commotion morale.

D'ordinaire, quelques jours, quelques semaines avant l'explosion, il est facile d'observer un changement notable dans le caractère, les habitudes, le facies même du malade, qui ne dort plus, est en proie aux cauchemars et aux rêves les plus terrifiants, se réveille en sursaut , se livre même quelquefois, s’il a lieu de croire qu’il ne peut être vu, à des actes extravagants. En même temps, une modification profonde s’est presque soudainement effectuée dans ses sentiments affectifs; il oublie ses amis les plus chers et se montre d’une indifférence complète envers ses parents et ses proches. On observe souvent un état franchement saburral des premières voies digestives et même de l’embarras gas trique ; une céphalalgie très pénible ou plutôt un sentiment de pesanteur et de compression signalée par le professeur Cavalier dans ses leçons, et quiest de peu de durée. «C’est à cette période, dit M. Dagonet, qu'on remarque surtout l’excitation intellectuelle. Le malade semble alors avoir acquis une pénétration d'esprit plus grande et il fait preuve de talents dont il n’avait jusqu'alors montré aucun indice. Il devient bavard, spirituel, parfois éloquent (A).» Si nous insistons sur la période prodromique de l'accès ma-

(1) Dagonet, loc. cit., p. 187.

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