OBSERVATION COMMUNIQUÉE PAR M. LE D! TOURNIER
Malade vue le 22 juillet 1897.
Mme X..., âgée de 40 ans environ.
Nervosisme. La malade épreuve depuis quelques temps des malaises gastriques le matin. Après le repas, elle accuse une sensation de poids à l’épigastre, du ballonnement, des tiraillements d’estomac.
Constipation opiniâtre.
Objectivement on constate : Langue saburrale avec pointillé rouge ; amygdalite et pharyngite intense.
Pas de clapotage deux heures après l'absorption d’une tasse de lait.
La palpation du creux épigastrique réveille une douleur modérée. La pression du côté dorsal correspondant estun peu douloureuse, mais ne détermine pas une douleur plus vive que la pression de la colonne vertébrale plus bas et plus haut.
On perçoit le colon ascendant et le colon descendant contracturés ; ils sont douloureux au palper. La constipation est opiniâtre; fréquemment membranes et glaires autour des selles. Le toucher rectal ne fait rien sentir de spécial. Légères hémorrhoïdes.
Un repas d’épreuve, retiré au bout de deux heures, donne :
Bouillie riche en mucus, filtration lente.
ACILETOtAle = T,00.
HCI libre et combiné — o
Acide lactique positif.
Achroodextrine.
Peptone — réaction nulle.
Rien au cœur ni aux poumons. L’utérus est immobilisé par quelques adhérences. Pas de souffle vasculaire au cou ; tension très faible, pouls un peu rapide (90 à 100), misérable. Sang un peu décoloré.
Diminution de l’acuité auditive des deux côtés. Bruits auriculaires. Vertiges dès que la malade s’assied sur le lit. La malade gardé le lit. L’impressionnabilité nerveuse est extrême. Fréquemment, phénomènes de strangulation à la gorge déjà signalés. Quelques crises de demiperte de connaissance avec mouvements des membres. Il
en On note : sensibilité épigastrique, langue saburrale, pas de clapotage.
Un repas d’épreuve donne :
Acidité totale 1,4.
HCI libre ou combiné, o.
On prescrit HCI.
Celui-ci n’a pas été toléré. La malade accuse, après son absorption, une sensation de brûlure très vive. On le supprime.
Il nous paraît sage de s'abstenir de l’administration de l’acide lorsque en présence d’un chimisme anachlorhydrique avec acidité totale faible, le malade se plaint de douleurs gastriques après les repas, avec sensations de brûlures, les douleurs s’irradiant dans le dos.
Une autre contre-indication, mais non absolue, semble s'imposer dans certains cas de catarrhe gastrique avec acidité totale forte et absence de réaction colorante. HCI habituellement, dans ces cas-là, n’est pas bien toléré.
Mode d'administration et doses
L'administration de l’acide chlorhydrique est ainsi ordonnée : nous prescrivons HCI après les repas ; une première dose de 15 gouttes ; puis, s’il est nécessaire, une deuxième et troisième dose de 15 gouttes également une demi-heure à 1 heure après la première.
En agissant ainsi, nous n’entravons pas l’action
se
to
de la phyaline sur les substances amylacées. De plus, nous savons que le taux de l'acide va en progressant pendant les premiers moments de la digestion, puis diminue. Dans l’hypochlorhydrie, ce summum est vite atteint, et l'absorption de notre dose queiques instants après le repas vient ainsi au secours de la digestion ralentie. Nous nous rapprochons donc davantage des conditions de la digestion normale. En effet, d'après les expérimentateurs, l'acidité moyenne du suc gastrique serait de 2 0/00. « En évaluant à 4 litres la sécrétion stomacale de « 24 heures, on arrive à une production journalière « de 8 grammes d’HCI réel, soit 25 grammes envi- « ron d'acide liquide des laboratoires. » (1)
Nos malades absorbaient environ 60 gouttes d'HCI par Jour, ce qui fait environ à peu près 4 grammes. L’acide employé est l'acide chlorhydrique officinal pur à 34,4 0/0 d'acide anhydre.
La tolérance pour ces doses a été parfaite chez tous nos malades. Des expérimentateurs ont, du reste, étudié cette question de la tolérance de la muqueuse gastrique saine ou malade pour les solutions acides, et tous s'accordent à reconnaître que des doses, même plus fortes que celles ordonnées par nous, n’ont amené aucune sensation désagréable chez les malades soumis à l'expérience.
Jaworski avait constaté que l’estomac supporte beaucoup mieux les acides qu’on ne le croit ordinairement.
(1) Hugounenq. — Chimie physiologique et pathologique.
89 = Nous avons vu qu'Ewald, dans un cas, a, pendant longtemps, donné 4 gr. par jour à un malade.
Noorden (1) rapporte qu’un estomac sain supporte sans inconvénient une solution d'HCI à 4 0/00 ingérée de quart d’heure en quart d'heure et cela pendant plusieurs heures : HC]I est rapidement neutralisé.
Max Lœwenthal (2) a fait des expériences sur 24 personnes,dont 4 étaient saines et 20 atteintes de l’estomac. Chez ces malades, parmi les nombreux symptômes, la douleur jouait un grand rôle. Cependant on n’a pu constater une susceptibilité de la muqueuse
de l’estomac vis-à-vis d’une solution relativement forte d'HCI.
Il n’y a donc pas, comme l’affirmaient Talma et Suyling, üne hyperesthésie à propos d’'HCI pas plus qu’une maladie à forme particulière des appareils sensibles de la muqueuse stomacale.
Ces fortes douleurs doivent faire songer tout d’abord à une ulcération de l’estomac.
Voici le tableau de ces expériences :
(1) Archio. f. Psch, 1887.
(2) Bert. Klin. Woch, 1892.
HCI 0/00 A LPO a Sane 3 aucune sensation id id. 7 légère brûlure.
R'FEN EH. id. 4 aucune sensation.
SM: id. 5 id.
id. id. &° légère sensation de chaleur id. id. 6 id.
RADAR. id. 3 aucune sensation, id. id. 4 brûlure légère.
id. id. 5 id.