‹ De l'emploi de l'éther comme anesthésique généraleChapitre 12 sur 17 · VALEUR DE L'ÉTHER COMME AGENT ANESTHÉSIQUE · texte numérisé non relu

VALEUR DE L'ÉTHER COMME AGENT ANESTHÉSIQUE

Nous devons maintenant discuter les objections qui ont été adressées à l’éther, le comparer avec le chloroforme, car les autres agents anesthésiques, d’un emploi peu général, ne peuvent entrer en ligne de compte, et enfin examiner s’il est des cas où l’emploi de l’éther doit être rejeté.

Il est d’abord un certain nombre d’objections qui ont été suscitées autrefois contre l’usage de l’éther, et qui aujourd’hui n’ont plus lieu d'exister. C’est ainsi qu'on à reproché à l’éther d'exister un temps trop long pour endormir le patient, et de procurer un sommeil imparfait, à coup sûr insuffisant pour une opération de longue durée. Nous avons montré que dans les premiers temps, léther employé pour l’anesthésie était. impur, et surtout très peu concentré. Mais depuis que, à Lyon, on a trouvé les procédés nécessaires pour la rectification de l’éther, et que de nos jours on peut se procurer de l’éther parfaitement pur, cette objection se trouve par Ià même réfutée. Nous avons d’ailleurs averti que l’anesthésiés’obtenait couramment en quelques minutes et qu’elle était au moins aussi profonde que celle par le chloroforme.

Le D' Wallers, de Lyon, publie dans la Revue de . Chirurgie (1893), la statistique suivante, en regard du temps qu'il faut pour obtenir l’anesthésie avec l’éther et le chloroforme, Cette statistique est due à M. Chaudeleux,

qui emploie Ces deux agents, et a fait ce relevé en 1891 et 1892 :

242 anesthésies au chloroforme ont exigé 253$ minutes.

127 anesthésies à l’éther ont exigé...... 1768 minutes La moyenne pour le chloroforme est de 10 minutes 29 secondes, etapourd'Aher dés. ete meute .-. 13 minutes 55 secondes.

On voit que cette différence est absolument minimum. La question du prix de l’éther ne doit pas non plus entrer en considération; car s’il existait autrefois une diftérence de prix considérable entre l’éther et le chloroforme, cette différence est nulle aujourd’hui. C’est là d’ailleurs une question bien accessoire, quand il s’agit de la vie des malades. Mais la consommation énorme d’éther dans un hôpital (21 kgr. par mois à l’Hôtel-Dieu de Lyon), pouvait cependant faire rejeter cet agent s’il était aussi coûteux qu’autrefois.

Enfin l’inexpérience des opérateurs était invoquée autre: fois contre l’éther. Mais ce n’est pas faire une objection sérieuse à l’éther que de reprocher de ne pas savoir s’en servir. S'il est démontré que l’éther est moins dangereux qu'un autre produit anesthésique; ne doit-on pas chercher à apprendre la manière de l’administrer, plutôt que de le rejeter parce que son emploi n’est pas absolument facile? Et l’extrème simplicité des inhalations de chloroforme, ne devient-elle pas un grand danger, en permettant au premier venu d'utiliser un agent très toxique ? M. Silex faisait justement remarquer, à la Société médi cale de Berlin (mars 1894), que nombre de morts par le chloroforme surviennent dans la clientèle, parce que la chloroformisation n’est pas surveillée comme dans les hôpitaux par des chirurgiens expérimentés, et restent d’ailleurs ignorés.

Julliard (Revue de la Suisse Romande, 1891) a repris ces objections et en a ajouté quelques autres :

Les premières inhalations d’éther sont fort désagréables. C’est vrai; mais Julliard fait la remarque suivante : « Quant à moi, je trouve qu’on n’expose pas sa vie pour la différence d'agrément qu'il y a entre l’éther et le chloroforme ».

D'ailleurs le procédé d’éthérisation lente préconisé spécialement par Landau, avec inhalations d’air faiblement chargé d’éther, et d'autre part le procédé des inhalations de protoxyde d'azote au début, supprime presque complèment pour les malades l'impression désagréable due surtout à la concentration trop grande des vapeurs d’éther.

L'emploi de l’éther exige un appareil compliqué, dit- ‘on, fragile, embarrassant, ce qui ne permet pas d'utiliser l’éther en toute occasion. Nous croyons avoir montré suftisamment que si ce reproche s'applique à l'appareil de Clover, il ne peut concerner le masque de Juliard; et aussi que rien n’est plus facile de construire en quelques minutes un Carnet imperméable muni d’une éponge, très suftisant pour une bonne anesthésie.

L'éther détermine un abaissement thermique considérable, beaucoup plus marqué que le chloroforme. Le fait est exact, mais l’objection a peu de valeur par ellemême.

Peu importe que la température du malade s’abaisse davantage pendant l'opération, si ce fait ne détermine pas d'accident sérieux. Et nous verrons plus loin que le seul accident mortel est la syncope, que le chloroforme provoque plus facilement que l’éther. |

Enfin l’éther détermine une irritation de la muqueuse des bronches, à la suite de laquelle on observe souvent des complications broncho-pulmonaires, la bronchite surtout, parfois la pneumonie. Certes cette objection est bien fondée, et doit être prise en considération. Aussi en tirerons-nous une conclusion pour restreindre l'usage de

l'éther. Mais il fault ajouter avec Landau et Vogel que la bronchite n’est jamais pure, qu’elle disparait au bout de cinq à six jours ; les seuls cas sérieux sont ceux de de pneumonie, et ils sont relativement rares; cinq cas dont un très grave mais non suivi de mort sur 1200 éthérisations environ (Landau). D'ailleurs le chloroforme peut fort bien déterminer l’apparition des pneumonies de même nature.

C'est à peu près tout ce qu’on peut reprocher à l’éther. Est-ce suflisant pour lui préférer le chloroforme ?

D'abord, les deux seules objections sérieuses adressées àa l’éther s'appliquent également au chloroforme. Si l’éther est moins facile à administrer, le chloroforme est trop facile à donner, et devient un danger ; d’autre part les complications broncho-pulmonaires peuvent survenir après la chloroformisation, puisque moins souvent, et d’ailleurs après l’éthérisation, elles ne sont ni fréquentes, ni graves, en général.

Mais l’éther présente-t-il des avantages sur ie chloroforme ? C’est incontestable. Tout le monde s'accorde à reconnaitre l'influence pernicieuse exercée par le chloroforme sur l'appareil circulatoire. Nous avons assez montré les dangers de la syncope cardiaque dans l’anesthésie, l'insuffisance fréquente de la respiration artificielle pour ramener Ja vie. Or, léther exerce une action plutôt excitante sur le cœur, action universellement reconnue, et mise en application par les. injections souscutanées d’éther ; de plus, puisqu'il détermine la syncope respiratoire avant la syncope cardiaque, on pourra combattre heureusement cet accident par la respiration ‘artificielle. En étudiant plus loin plusieurs cas de morts dus à l’éther, nous constaterons en outre que, à moins d'exception fort rare, l’éther ne détermine pas la syncope au début de l’anesthésie, fait qui se produit bien souvent

avec le chloroforme. Enfin, nous avons montré que le réveil après l’éthérisation se fait plus rapidement qu'après la chloroformisation, et nous pouvons en déduire que les syncopes post-opératoires sont moins à redouter avec l’éther, que d'autre part les incidents ou les accidents de l’anesthésie seront plus facilement combattus par le réveil rapide du malade. . ;

Un dernier avantage, minime il est vrai, de l'éther, est de ne point déterminer ces troubles si ennuyeux que l’on observe généralement à la suite d'inhalation de chloroforme : de suite au réveil, le malade est dans son état normal: les vomissements ne surviennent que dans 1/3 des cas d’après Leudan et Vogel, beaucoup moins d’après les statistiques anglaises : ils ne continuent pas dans la journée, et le malade est assez bien pour s'alimenter le jour même.

Mais tout ce que nous venons de dire n'aurait pas grande valeur, si nous ne donnions à l'appui des résultats primitifs. Car toute la question de savoir s'il faut préférer ou non d'éther au chloroforme, revient à ceci : lequel des deux agents détermine le plus d'accidents mortels ?

Ici nous nous heurtons à une grosse difiiculté. Bien loin de publier le cas de mort causé par un agent anesthésique, la plupart des chirurgiens cherchent à les tenir secrets le plus possible. Donc on ne peut connaître le chiffre exact des morts survenues depuis que l’on endort les malades. En outre ce chifire serait-il connu, que l'on ne pourtait en tirer une conclusion, car il faudrait encore savoir combien de fois le chloroforme et l'éther ont été donnes.

Mais heureusement il exisie des statistiques particulières, où sont relatés précisément le nombre des narcoses, et le nombre des accidents par chloroforme, ou par éther: elles ont été publiées en Allemagne et en Angleterre; et même dans ce dernier pays un certain nombre de moris

par l'éther ont été soigneusement analysées. De telles statistiques nous donnent des résultats positifs et certains. D’autres statistiques ne fournissent pas de renseignements aussi précis, parce qu’elles ne citent que le nombre des morts, et non le total des narcoses. Elles méritent cependant d'être prises en considération.

Julliard (Revue médicale de la Suisse Romande, 1891) rapporte sur l'autorité de M. Golding-Bird, chirurgien de Gup Hospital Londres, la statistique du D Georges Hervitt, qui à rassemblé tous les cas de mort par chloroforme et éther, publiés dans la Lancet et le Brit. Med. Journal depuis 1880 jusqu’en 1889.

Jl y à : 130 morts par le chloroforme.

28 morts par l’éther.

Bien que la proportion ne puisse être établie, si l’on tient compte de ce que l’éther est administré en Angleterre au moins aussi souvent que le chloroforme , il devient certain que la mortalité par le chloroforme a été beaucoup plus élevée que celle par l’éther.

Julliard (Rev. de la Suisse Romande, 91) à aussi réuni la statistique suivante :

524,907 narcoses par chloroforme ont donné lieu à 161 morts. 314.738 narcoses par l'éther ont donné lieu à..... 21 morts.

La proportion est de 1 mort pour 3.258 anesthésiés pour le chloroforme et de 1 mort pour 13.987 anesthésiés pour l’éther.

En outre la statistique personnelle de Julliard est de 3.654 narcoses par l’éther , sans aucun décès , puisqu'il donne l’éther pour toute espèce d'opération, et d’une durée allant jusqu’à trois heures.

Le D' Ormsby (Brit. med. journal, april 1877), cite la statistique suivante, dont l’exactitude est assurée par

A0) se

feu le Professeur Morgan (de Dublin); la source de la statistique est moitié anglaise, moitié américaine.

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