NOMBRE DE MORTS. L'OPÉRATION
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De plus il faut noter que ces deux cas de mort par l’éther avant l'intervention se rapportent à des malades souftrant d’une gène considérable de la respiration. Ce tableau nous donne un enseignement capital. Dans plus de la moitié des Cas, le chloroforme à tué pendant la première phase de l’'anesthésie. L’éther n’a tué que 2 fois sur 13 morts, et chez des malades gènés pour respirer. Il nous paraît incontestable que ce fait est dû à l’action pernicieuse du chloroforme sur le cœur, action qui s'exerce surtout au début de l’anes-
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thésie. Nous nous croyons le droit de dire que c’est surtout au commencement que les inhalations de chloroforme sont dangereuses. C’est encore une raison de plus pour nous faire rejeter le chloroforme, et pour condamner entièrement la pratique de certains chirurgiens qui commencent à endormir les malades au chloroforme, pour leur éviter des sensations trop désagréables, et continuent avec l’éther. Pour Je même motif l’éther est spécialement indiqué chez les cardiaques et les anémiques. Mais l’éther à aussi ses contre-indications, et nous devons maintenant terminer cette étude en les exposant brièvement. Elles se déduisent logiquement des propriétés de l’éther et des faits que nous avons exposés.
L'éther est très volatil, et l’on ne doit pas, avonsnous dit, être obligé de retirer l'appareil à éthériser du visage du malade pendant un temps même assez court, si l’on ne veut pas s’exposer à avoir une anesthésie irrégulière, et même le réveil du malade. Donc toute opération sur le nez et la bouche, si on se sert de l’appareil de Clover, sur la face si on se sert de l’appareil de Julliard, ou le cornet imperméable, demande l’emploi du chloroforme, pour que cette opération soit de longue durée. Mais on peut parfaitement, et nous le conseillons vivement, commencer l’anesthésie à l’éther, et la continuer avec le chloroforme. De même lemploi de l’éther est contre-indiqué dans les pays chauds, parce que la volatilité de l’éther augmente encore, qu’il en faut de grandes quantités pour endormir un malade, que le sommeil est lent à se produire et le réveil presque immédiat si on suspend les inhalations.
L'éther est inflammable, et lon doit redouter de l'utiliser si l’on doit se servir d’une thermocautère, à proximité de l'appareil à éther. Tout au moins doit-on prendre de grandes précautions dans de pareils cas.
Mais cette raison ne s'applique pas aux opérations qui se pratiquent à la lumière, la nuit, à la condition que la flamme soit située plus haut que l'appareil à éthériser, au-dessus du lit à opération par exemple.
En eftet, les vapeurs d’éther, plus lourdes que l'air, n'ont aucune tendance à monter.
Mais il faut se garder de se servir d’éther si l'éclairage est fourni par une lampe placée au même niveau que le malade, et surtout dans le voisinage.
Les cas de mort par l’éther chez des malades atteints de hernie étranglée grave, ou d’occlusion intestinale remontant à plusieurs jours, nous semble contre-indiquer cet agent.
Peut-être cette contre-indication s’étend-elle aux autres anesthésiques généraux ; dans ces cas l’anesthésie locale serait peut-être profitable.
L'éther est contre-indiqué d'une façon Re chez les malades atteints d’afliction des voies respiratoires, de la plève, ou d'’aflections déterminant une gêne marquée de la respiration, cause de l'influence directe exercée par cet agent sur l’appareil respiratoire.
L'éther nous parait aussi devoir être rejeté en présence des malades susceptibles de contracter facilement une aflection de ces mêmes organes, nous voulons parler des enfants et des vieillards.
« Les enfants jusqu'à l'âge de 10 ans, dit le Dr Vallas (1) qui préconise chez eux le chloroforme, paraissent redouter l’éther beaucoup plus que les adultes, et les accidents chez eux seraient plus graves et plus fréquents ». Cette remarque avait été déjà faite par MM. Marduel, Dron, Le Tripier, et a été l’objet d’une communication de ce dernier au Congrès de Nantes en 1876. Cependant M. Hahn
(1) Revue de chirurgie, 18935.
emploie sans crainte l’éther chez les enfants et le conseille. Quant aux vieillards, on sait avec quelle facilité ils font de la pneumonie et de la bronchite, et l’on doit redouter chez eux l'excitation de la muqueuse bronchique par l’éther. C’est l’avis général, croyons-nous. M. Hahn dit qu’il ne faut pas employer l’éther chez les gens âgés qui ont facilement de la bronchite et de la pneumonie. Cependant M. Silex (Soc. méd. de Berlin, 1894) dit que, à la clinique ophthalmologique de Berlin, on a pratiqué, depuis 1876, 8,000 éthérisations chez les enfants comme chez les vieillards, chez les individus sains, comme chez ceux atteints d’affection cardiaque, de bronchite, de néphrite, etc., sans observer aucun accident. Mais généralement les opérations sur les yeux n’exigent pas une anesthésie prolongée, et nous croyons plus prudent de se conformer aux contre-indications que nous indiquons. La néphrite chronique est encore citée comme réclamant l’usage du chloroforme.
A part ces quelques cas, nous sommes d’avis d’employer toujours l’éther pour obtenir l’anesthésie générale.