‹ De l'emploi de l'iodure de potassium chez les phthisiquesChapitre 5 sur 29 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

2 1*. — Emploi de l'iodure de potassium dans

In phthisie.

Baron (1) l’a employé avec succès dans les cas où la maladie n’était pas très avancée. C’est aussi dans la première période de la tuberculose pulmonaire que Hildrith (2) l’a vu réussir. Dans trois cas, qui offrent en effet des signes d’une affection tuberculeuse commençante, le médicament amena un changement assez prompt dans la marche de la maladie, qui se termina dans les trois cas d’une maniére favorable.

Mais c’est surtout Luëdicke (3) qui à préconisé l’iodure de potassium dans la phthisie. Suivant ce praticien, ce serait un vrai spécifique dans cette grave affection

(1) Extrait des rech. sur les mal. tub., par sir John Baron, 1825. (2) The américan journal of the méd. scienc. 1842. (3) Médicinische Zeitung, 1845.

UT

pulmonaire. Il publia six observations, dans lesquelles il avait obtenu un succès marqué. Sous l'influence de cette médication, la fièvre hectique diminuait de jour en jour, la toux devenait plus facile et plus rare; peu à peu les symptômes de la phthisie se dissipaient, et, au bout de six semaines, deux mois, les malades pouvaient reprendre leurs occupations.

Nous avons déjà vu Labourdette et Le Bariller administrer l’iodure de potassium à des vaches et obtenir quelques succès au moyen du lait ioduré.

Gouraud (1) traita également, avec de bons résultats, trois malades à la Charité. Nous n’avons donc à mentionner que des résultats heureux.

Etudions maintenant l’action de l’iodure de potassium sur la nutrition chez le phthisique, et voyons quels sont les moyens de suivre pas à pas cette action.

$ 2. — Action de Ll'iodure de potassium sur In

nutrition chez le phthisique

Quand on se propose d'étudier l'influence d’un médicament sur la nutrition, deux moyens se présentent à l'esprit. Le premier est la pesée, qui fournit de bons ré-

(1) Journ. des Conn. médico-chir., T. X, p. 55, 2 partie.

sultats, pourvu qu’on s’entoure des plus grandes précautions. En effet, les fluctuations journalières, pour ne pas dire horaires, dans le poids du corps, nécessitent des pesées fréquemment répétées et toujours dans les mêmes conditions.

Le second moyen estle dosage de l’urée qui sert de mesure approximative à la désassimilation des matières albuminoïdes.

Nous pouvons regarder le chiffre 21 comme lamoyenne de l’excrétion de l’urée chez un adulte, qui est dans des conditions normales de santé et d'alimentation. Or, cette moyenne est susceptible de varier beaucoup sous une foule d’influences, dont les principales sont lalimentation, la température, l’âge, l'énergie des grandes fonctions. Le poids du corps fait varier l’urée dans la proportion de 0 gr. 35 par kilogramme, d’après les auteurs. Notre excellent maître, M. Lépine, a signalé, en 1880, à la Société des sciences médicales de Lyon, l'intermittence à type tierce, quelquefois quarte, de l'excrétion de l'urée. Il importe de bien connaître ce caractère afin d'éviter les erreurs dans l'évaluation des moyennes d’urée, surtout lorsque l’on se contente de faire un ou deux dosages.

À ces influences, que l’on pourrait appeler physiologiques, s’en ajoutent très souvent d’autres qui sout pathologiques, et d’autres enfin qui sont thérapeutiques.

Les oscillations de la quantité d'urée ont des rapports intimes avec la température. Cependant, il faut une fièvre assez intense, pour augmenter de 10 grammes la quantité d’urée, tandis qu’il suffit chez un homme sain d'une alimentation insuffisante , pour l’abaisser dans la

même proportion, sans que la nutrition paraisse sensiblement troublée.

La fièvre des phthisiques, d’après Warlam (1), ne donne pas lieu à une grande élévation d’urée. L’affaiblissement de la constitution, l'insuffisance prolongée de l'alimentation, les pertes journalières, qui ont lieu par l’expectoration, les sueurs, les vomissements, la diarrhée, expliquent comment la phthisie peut élever la température sans augmenter toujours l’urée. Nous acceptons d’ailleurs les excellentes conclusions auxquelles est arrrivé notre ami Ranty (2) dans sa thése inaugurale : «€. 2° l'influence de la fièvre sur l’excrétion de l’uréeest certaine à toutes les périodes de la phthisie; 3° par le taux de l’urée excrétée en dehors de l’état de fièvre, on peut établir le degré de résistance du malade et préciser le pronostic; 4° dans la tuberculose pulmonaire, les variations de l’urée sont soumises aux mêmes influences générales que chez l’homme sain. »

Quant aux influences thérapeutiques, passons rapidement en revue ceux des médicaments qui nous intéressent le plus dans l’affection qui nous occupe, et avec lesquels nous devons compter pour ne pas être dans l’erreur. Le sulfate de quinine diminue lurée le 2° ou le 3° jour après son ingestion. Le bromure de potassium et surtout l’opium font aussi baisser l’urée. La créosote paraît augmenter indirectement l’urée en diminuant l’expectoration.Le malade de l'observation XII en est un bel exemple. 5

(1) Warlam, thèse de Paris 1869. d (2) Ranty, thèse de Lyon 1882.

L'action de l’iodure sur l’urée présente un intérêt bien plus grand pour nous, puisque c’est sur ce médicament que porte notre expérimentation.

Rabuteau(1)aingéréun gramme d’iodure de potassium pendant un mois. L’urée a diminué dès l’absorption, et le minimum à été atteintalors que l'urine ne présentait plus de traces d’iode. Le chiffre normal noté avant l’expérience a reparu 10 jours après ce minimum {1 et 11 juin).

Dans une autre expérience, avec 1 gramme d’'iodure de potassium pendant 4 jours, il a obtenu une diminution de 40 .j°. La moyenne d’urée notée avant l'ingestion du médicament, ne reparut que 15 jours plus tard.

D'autre part le professeur Bouchard, dans des expériences dont nous ignorons le but et les détails, aurait vu l’urée passer de 19 à 45 grammes sous l'influence de liodure de potassium (2). D’autres auteurs ont aussi rapporté des observations cliniques dignes de toute confiance, dans lesquelles ils ont constaté une élévation de l’urée. Cela s’est vu dans l’azoturie par exemple.

La différence de ces effets peut tenir à la différence des doses, ou bien ce médicament n’agit pas de même dans l’azoturie que chez Phomme sain.

Nous r’avons pas fait de grandes recherches sur les variations de l’urée sous l’influence de l’iodure de potassium dans les maladies autres que la phthisie : cepen-

$ (1)Gaz hebd., 26 février 1869. (2

) Journ. thérap. 1874.

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