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CHAPITRE PREMIER

$ 1. —- De l'emploi de l’iode dans Ia phthisie

L'emploi des iodiques dans la phthisie n’est pas de date récente, si l’on admet que l'éponge brülée, les fucus, l'huile de foie de morue, l’air marin, etc., agissent, au moins en partie, par l’iode qu’ils renferment.

Arétée recommandait l'air de la mer comme un remède efficace contre la phthisie pulmonaire, et Galien conseillait aux poitrinaires de séjourner dans le voisinage du Vésuve et de l’Etna, où ils pouvaient respirer l'air marin, aussi bien que les émanations diverses qui s’'échappent des volcans. Aussi, Oribase nous apprend qu'Antyllus, médecin du IIIe siècle de l'ère chrétienne, recommandait les fumigations avec de vieilles cordes de marine placées sur des charbons enflammés.

Après la découverte de l’iode par Courtois, en 1811, le succès de ce médicament dans la scrofule, et l’ana-

logie qui semblait exister entre les deux affections, le

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firent employer contre la tuberculose. Dans ce but, plusieurs traitements iodés ont été préconisés. Ils ont consisté dans l’emploi de la teinture d’iode, des inhalations de vapeurs iodées, et dans l’usage de l’iodure de fer et de l’huile de foie de morue, etc. Laennec lui même, ayant constaté la rareté de la tuberculose sur les côtes de Bretagne, essaya de préparer à ses malades une atmosphère marine artificielle, en plaçant, dans une salle, des varechs en quantité assez grande pour qu'il y eût un certain dégagement d'iode. Les résultats furent peu encourageants. Cependant, Lobethal, en 1841, et Hirtzel en 1845, répétérent à Zurichles expériences de Laennec, et firent même une tentative beaucoup plus rationnelle. Pensant, en effet, que l’air marin doit ses propriétés curatrices, non-seulement à l’iode, mais aussi au chlorure de sodium et à toutes les substances qui entrent dans sa composition, ils établirent dans une chambre close une fontaine projetant une solution contenant les principes qui composent l’eau de mer; Pair se chargeait plus ou moins de ces principes et était inhalé par les malades. Ces essais n’eurent cependant aucun retentissement.

Péreira (1), dans son livre, publié en 1822,cite deux cas d'hémoptysies avec fièvre, crachements de matière puriforme, etc., où il a administré la teinture d’iode à la

dose de 20 gouttes par jour. La guérison a été obtenue dans l’espace de 20 Jours. Gaïdner, médecin anglais à Paris, employa aussi cette substance dans les affections tuberculeuses de la poitrine, et pensa qu’elle peut être

(1) Saggio clinico sul} iodio.

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utile dans certains cas où la lésion n’a pas fait de très grands progrès. Il publia un mémoire très savant sur les propriétés antiphthisiques de liode, et rapporta des cas de guérison rémarquables. Le docteur Baron, qui l’administra à Londres, n’eut également qu’à s’en louer. Les inhalations d’iode eurent, pendant un certain temps, une réputation assez grande dans le traitement de la phthisie. Berton, convaincu du peu d'efficacité de l’iode employé en frictions, et du danger d’administrer cette substance par les voies digestives, écrivait à l'Académie de médecine, dans la séance du 23 décembre 1829, qu’il faisait inspirer l’iode sous forme de vapeurs. D'autre part, 1l s'était assuré de l’innocuité d’une atmos- -phère chargée de vapeurs iodées par des expériences sur des animaux vivants. Les phthisiques, sur lesquels il a essayé ce moyen, non-seulement n’ont eu aucun accident, mais ont paru éprouver quelque amendement. Cependant, comme il ne se dissimulait pas la difficulté de prouver pendant la vie l'existence des tubercules pulmonaires, il n’osait affirmer les bons effets des vapeurs iodées dans cette maladie, mais il croyait pouvoir les garantir dans les bronchites’ chroniques. Dans un mémoire, publié en 1830, James Murray rapporte plusieurs observations sur linhalation de liode dans la phthisie. L’auteur assure qu’il en à fait plusieurs fois usage avec avantage, même dans les cas désespérés ; il a toujours obtenu une amélioration au moins passagère dans l’état du malade. La toux diminua, l’expectoration fut rendue plus facile et le sommeil plus tranquille. Scudamore, en Angleterre, Behrend, à Berlin, Dixon et Defuisseaux, en Belgique, ont aussi prétendu avoir

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employé avec succès les inhalations d’iode. Scudamore (1) aurait obtenu des centaines de guérisons à l'aide de cette médication. Il avoue cependant que chez quelques sujets, elles n’ont pu être supportées. S'il faut. en croire Defuisseaux (2), il aurait, en trois semaines de l'usage de ce procédé dans un cabinet maintenu à 15° de température, fait disparaître les symptômes de la phthisie chez un militaire âgé de 25 ans, qui, aux signes généraux, joignait ceux du ramollissement de la matière tuberculeuse, de la formation des cavernes : matité sous les clavicules, gargouillement et un peu de pectoriloquie.

La teinture d’iode employée en frictions, ou en badigeonnages, au moyen d’un pinceau, dans les régions sus et sous-claviculaires, a plusieurs fois fourni de bons. résultats à Boinet (3) qui a également appliqué avec avantage sur la poitrine des phthisiques des sachets iodés préparés selon ses indications. Les frictions, préconisées par le même auteur, dans le but d'obtenir lPabsorption de l’iode et de produire une action révulsive sur les parois thoraciques, ont été vantées aussi à l’hôpital dela Charité par Piorry, et plus tard, par Leriche, de Lyon, qui les appliqua sur tout le corps.

En présence des résultats fournis par les autres méthodes, on pensa qu’en unissant les iodiques aux aliments on obtiendrait de meilleurs effets. Boinet obtint des succès. Labourdette et Le Bariller administrérent l’iodure de potassium à des vaches. Berut, de Marseille, joignit à l’iodure de fer le chlorure de sodium, et obtint

(1) London, méd. gaz VIII, XV, XXV.

(2) Ann. de la Soc. méd. de Gand, 1842.

(3) Boinet, lodothérapie et Gaz. méd, 1849,

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un lait chloro-iodo-ferreux. Ces laits médicamenteux eurent pendant longtempsune grande vogue, mais bientôt, en voyant le peu de persistance de l'amélioration constatée primitivement, et les altérations du liquide sous l'influence de l’action exercée sur les animaux par cette nourriture insolite, cette médication fut abandonnée.

En 1854, un officier de santé de Paris, Chartroulle, reprit les inhalations, qui furent également mises en usage par Piorry, Langlebert et Danger. Ce dernier fit respirer à ses malades de l’air sec saturé d’iode. Langlebert inventa les trochistes iodés, que l’on allumait et qu'on faisait brûler.

Espérant remédier aux inconvénients des vapeurs d’iode, et convaincu des heureux effets de cette médication dans la tuberculose pulmonaire et les catarrhes chroniques, Barrère, ex-prosecteur de l'Ecole de médecine de Toulouse, proposa les prises de camphre iodé. Enfin, Titon (1) vanta la teinture chloroformée d’iode. Ses malades ont éprouvé un mieux momentané, consistant dans une expectoration plus facile, dans une meilleure qualité des crachats, dans le retour de l'appétit, mais bientôt survenaient de l’ardeur à la gorge et au larynx, de la sécheresse dans la poitrine, une toux plus forte et souvent des hémoptysies.

À. Malet, de Rio-Janeiro, préconisa l'iodure de calcium en solution aqueuse prise au moment du repas. Cette médication doit être continuée longtemps, en ayant soin de la suspendre tous les 20 jours, pour la re-

. (1) Thèse de Paris, 1854.

prendre au bout d’une semaine. Bouchardat vante également ce sel qui agirait par ses deux éléments constituants. |

L'iodhydrargyrate de potasse, employé avec succès par Chauning, qui a noté deux cas d'amélioration et une guérison, est complètement tombé dans l'oubli.

L’iodure de fer, tant préconisé par M. Dupasquier, de Lyon, a donné quelques succès.

L’iodoforme aurait donné d'excellents résultats entre les mains de Semmola et Chiaramelli.

L’iodure de potassium fera l’objet d’un paragraphe spécial.

L’oubli dans lequel sont tombés les composés ivdés dans le traitement de la phthisie est peut-être injuste, et de nouvelles recherches à cet égard ne seraient pas irrationnelles. L’historique que nous venons de faire nous montre qu'un très grand nombre d’auteurs ont employé les iodiques avec succès; et que quelques autres ontété moins heureux. Cependant il est facile d’expliquer cette différence dans les résultats obtenus. En effet, avant de prescrire un médicament, il faut en rechercher l’indication et l'opportunité. Or, nous devons le dire, en principe, les iodiques ont été administrés sans qu’on recherchât l’ensemble symptomatique qui commandait leur emploi. On les donna dans toutes les formes, dans toutes les périodes de la maladie. Mais la persévérance avec laquelle ils ont été employés n'est-elle pas en faveur de leur utilité dans certains cas ?

M. Fonssagrive (1) pense que l’action résolutive des

(1) Thérap. de la Phthisie.

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iodiques n’a peut-être pas jusqu'ici attiré l'attention autant qu’elle mérite de le faire. Il les recommande: 1° au début de la phthisie pour détruire le lymphatisme; 20 à la fin, quand la maladie étant enrayée, il faut hâter la cicatrisation.

MM. Hérard et Cornil se louent dans quelques cas des résultats de cette médication,

M. Hanot (1) croit aussi que dans les variétés scrofuleuses, torpides, de la maladie, et au début de celle-ci, la médication iodée peut être utile en modifiant l’état lymphatique ou strumeux, peut-être aussi en facilitant la résolution des engorgements pulmonaires et en prévenant l’éclosion de tubercules nouveaux.

Les idées actuelles tendent d’ailleurs à grouper sous le même chef les maladies dites scrofuleuses et celles qui sont manifestement tuberculeuses. Il n’y aurait entre elles qu’une différence de gravité et de spécificité.

M. Grancher (2) rapproche la scrofule de la tuberculose, sans toutefois les confondre complètement, au nom de la clinique, il fixe par des noms différents les distances qui les séparent. Graves ne voit également dans la tuberculose pulmonaire que la manifestation la plus grave de la scrofule. C’est aussi l'opinion de M. Bouveret (3) qui compare les affections tuberculeuses aux affections morveuses : « Morveet tuberculose, dit-il, ont l'une et l’autre, à côté des formes aigües, diffuses, franchement infectieuses, des formes lentes, localisées, moins immédiatement graves, que l'observation clinique

(1) Dict. méd. et chir. pratique, art. Phthisie. (2) Union méd. 1880 et Dict. de Dechambre. art. Scrofule,. (3) Lyon méd. 1882.

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seule ne permettrait guère de rattacher à leur véritable cause, et dont la nature est affirmée par l'expérimentation. C’est le farcin chronique pour la morve , c’est la scrofule pour la tuberculose ». Enfin M. Quinquaud, (1) dont le travail sur cette question est tout récent, conclut que : « certaines lésions dites scrofuleuses ne sont le plus souvent que des tuberculoses localisées ».

Ajoutons que de récentes recherches ont fait découvrir le tubercule véritable dans le lupus de la face (Friedländer), dans les tumeurs blanches (Koster, Lannelongue), dans certaines gommes dites scrofuleuses de la peau (Brissaud), dans les adénites scrofuleuses (Taon, Progrès méd. 1878). La scrofule n’est donc plus qu’une annexe, une dépendance de la tuberculose, et, s’il en est ainsi, n'est-il pas logique d'admettre que l’iode, dont l'efficacité est si grande dans la scrofule, doive également avoir un effet curatif contre la phthisie?

Dailleurs le discrédit dans lequel sont tombés les iodiques n'est-il pas dû en partie à l'intolérance plus ou moins grande de la préparation administrée ? Les diverses combinaisons médicamenteuses auxquelles on a eu recours successivement en sont une preuvesuffisante, et à ce point de vue l’iodure de potassium nous semble recommandable.

(1) Thèse d'Agrégation 1883 : De la Scrofule dans ses rapports avec la phthisie pulmonaire.

4 2. — Aetion comparative de l'iode et de

l'icdure de potassium,

En effet, si KI agit par l’iode qu’il contient, et qui est mis en liberté dans l’organisme (1), il a l'immense avantage d’être beaucoup moins irritant que l’iode, quoiqu'il en contienne une assez forte proportion (75 °/). Quand il est pur, il est parfaitement supporté par l'estomac. Il ne trouble pas la digestion; le plus souvent même il augmente l'appétit. Mais, quand il contient de l’iode libre ou un iodate, il devient irritant. Le fait a été mis en lumière par Rabuteau. KI s’absorbe rapidement dans l'estomac, et s'élimine aussi avec une grande rapidité. Quelques minutes après son ingestion, on peut décéler l’iode dans lurine, d’après Claude Bernard, et on n’en trouve plus au bout de 24 heures, tandis que dans les crachats, on peut en trouver des traces même après trois semaines.

Son élimination, qui se fait par les urines, la salive, le lait, la bile, les muqueuses et la peau, rend compte des phénomènes que l’on observe parfois à la suite de l'emploi de ce médicament, et qui lui sont communs

(1) Binz., Journ. thérap. 1874-5.

avec l’iode, tels que : albuminurie, stomatite, parotidite, conjonctivite, angine, coryza, diarrhée, acné, cephalalgie, et qui sont très variables suivant la susceptibilité des sujets. D’après Gubler, les individus pâles et amaigris supportent bien mieux l’iodure que les pléthoriques; Notnagel et Rosbach assurent même que KI fait dormir ceux dont le cerveau est anémique et peu excitable.

Fournier parle d’exsudats pleurétiques sanguinolents, d’hémoptysies, de purpura, de métrorrhagies, etc., qui suivraient l'emploi prolongé de ce médicament, et qui sembleraient indiquer une altération globulaire semblable à celle produite par l’iode. Berlioz (1) ajoute que : « si l’iodure de potassium, comme il est probable, altère l’hématine, matière colorante des globules rouges, qui renferme le fer, c’est vraisemblablement à cette action qu’est due la diminution de l’urée ».

L'iodure augmente la sécrétion salivaire; quant à la sécrétion urinaire, pour Bouchardat, ce serait un diurétique, tandis que, suivant Rabuteau et Maurel, la quantité d'urine diminuerait plutôt. D’après les mêmes auteurs, les urines diminuent au début du traitement, puis deviennent normales, bien loin d’être augmentées. Elles ne déposent ni acide urique, ni urates.

C'était une opinion jadis accréditée que l’iodure de potassium altérait la nutrition et faisait maigrir. Ricord, Boinet, Wunderlich se sont élevés contre cette maniére de voir. Rabuteau et Milanesi ont ensuite montré par leurs analyses que l’urée diminue sous l'influence de l'iodure et qu’il y a augmentation de poids et d’appétit,

(1) Berlioz, Traité de thérap. 1883,

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Ces auteurs admettent encore, avec Bucheim, qu’un long emploi du médicament ne diminue pas le processus nutritif, bien au contraire, et un adulte peut prendre sans inconvénient 5 grammes d'iodure pendant longtemps.

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