‹ De l'emploi des chiffres dits arabes au moyen-ageChapitre 4 sur 5 · III · texte numérisé non relu

III

LA FLEUR DE LIS n'a-T-ELLE PAS LE CARACTÈRE ROMAN PLUTOT QUE LE TYPE FLORENTIN DE LA RENAISSANCE ?

On ne peut raisonnablement soutenir le contraire. D'ailleurs nous ne voulons point lui attribuer une valeur artistique et prétendre qu'elle est l'œuvre d'un professionnel, d'un lapidaire habitué à sculpter suivant les règles générales de son temps.

Des milliers de modèles de fleurs de lis ont passé sous nos yeux. Nous en avons vu, de toutes les formes et de toutes les époques, sans en rencontrer d'absolument semblables à la nôtre. Un grand nombre s'en rapprochaient, surtout pour la partie supérieure (8) mais aucune ne

(1) Sceaux gascons au moyen-àge. (Arch. /tist. de Gascogne, 2' partie, p. 298. j

(2) Ibld., 1" partie, p. 366.

(3) Ibid., 2e partie, p. 421.

(4) Ibid., 1" partie, p. 130.

(5) Ibid., Impartie, p. 36.

(6) Ibid., 1" partie, p. 87.

(7) Ibid., 2e partie, p. 496.

(8) Voir l'important ouvrage de M. Edouard Fleury, Antiquité* et Mohiimente du département de l'Aisne, 31' partie, notamment p. 240.

présentait les deux pointes triangulaires si originales que Ton remarque dans le bas.

Nous eussions désiré établir une planche reproduisant les types approximatifs avec lesquels des comparaisons pouvaient être faites. La discussion eut nécessairement été longue, sans doute peu concluante, et nous n'avons pas voulu abuser de l'hospitalité déjà si large que nous accorde la Revue.

Il n'y a pas d'emblème, de figure ornementale qui ait plus varié que la fleur de lis. Dans une même période, dans le cours d'un même siècle, on en rencontre qui sont très différentes les unes des autres malgré leur contemporanéité. Cependant, au milieu du xme siècle, nous étions encore bien près de l'époque où le lis avait été choisi pour orner l'étendard royal. Dès lors cette fleur affectait plus spécialement la forme d'un fer de lance, et c'est le cas de la nôtre. On n'en trouverait point rappelant ce même type, sur des monuments, depuis le xve siècle. L'auteur, peut-être un carrier, un maçon, assurément un maladroit, tout en faisant de l'archaïsme, subissait, malgré lui, l'influence de son époque et de son milieu, et tentait de reproduire ce qu'il avait vu autour de lui. S'il a essayé d'imiter quelqu'un, il n'a copié personne. Travaillant sans modèle et d'une main malhabile, il a commencé sa sculpture trop bas dans le champ de l'écu et détaché à peine, par des rainures droites, le fer de lance des volutes. La partie inférieure restant insuffisante, trop courte, pour qu'il put donner de justes proportions à sa fleur de lis et la terminer par des crochets arrondis qui se seraient confondus avec le bourrrelet du pourtour (la sculpture étant faite en taille d'épargne), il a imaginé de l'alléger, de la dégager par des pointes triangulaires. Manquant absolument de place, il a supprimé la bandelette horizontale et réduit d'une façon très fantaisiste le motif inférieur qui

aurait dû être trilobé. Malgré tout, son œuvre, quoique rude et grossière, a bien son cachet et ne saurait entrer en contradiction avec sa date.

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