CHAPITRE I
MODE D'APPLICATION DU CHLORURE DE MÉTHYLE. - SON ACTION PHYSIOLOGIQUE ET THÉRAPEUTIOUE
Avant de faire fonctionner le siphon de Debove, il faut disposer l'appareil de telle sorte que le jet obtenu soit de dimension convenable et pour les surfaces à modifier et pour les effets à obtenir. Pour disposer l'appareil, 1l suffit de faire tourner la molette placée sur l’ajutage coudé, de facon à régler les tours de la vis qui augmente ou diminue le diamètre de l’orifice de sortie. Evidemment, il sera difficile d'arriver du premier coup à un jet d'une valeur parfaitement convenable; mais alors, un ou deux petits mouvements imprimés à la mollette, dans un sens ou dans l’autre, suffiront pour régler définitivement la sortie du liquide. Si cette précaution est négligée, on s'expose à voir le liquide sortir en quantité trop considérable, et si l’on n’y prend garde, il peut survenir des accidents (obs. XXXITI). Après ces préliminaires, le
DC RE malade couché dans son lit, ou plus rarement assis, s’il s'agit du membre supérieur, sera placé de la façon qui conviendra le mieux pour faciliter la pulvérisation.
Couché sur le côté opposé à la névralgie, s'il s’agit d'uneaffection du membre inférieur, et toutes les parties à pulvériser découvertes et disposées de telle sorte que le jet puisse facilement et successivement les atteindre toutes, le malade sera assis ou étendu sur le plan antérieur du corps s’il s’agit d’un lumbago. En somme, on se règlera et sur la situation du malade, et sur la facilité que l’on aura à atteindre les parties.
Après avoir amsi disposé l'appareil et le malade, il suffit de tourner la clef quisurmonte la vis du siphon, et cela d’un tour seulement, et aussitôt, la communication étant établie d’une part entre le siphon, le tube et l’ajutage coudé, et d'autre part, avec l’extérieur, le liquide maintenu jusqu'alors sous pression s'échappe avec bruit, et passant de l’état liquide à l’état gazeux, il produit une réfrigération de — 23°, Le jet qui frappe les parties malades peut être, comme vousl’avonsdit, réglé définitivement par de petitsmouvements imprimés à la molette qui surmonte l’ajutage. Dès que le chlorure de méthyle frappe le tégument on voit celui-ci blanchir, durcir, en un mot, se congeler, et cela instantanément. Le malade éprouve une sensation pénible, désagréable, dans laquelle prédominent le sentiment du froid et la perception de mille picotements. Si l’on insiste,en maintenant le jet au même endroit, la douleur augmente et devient alors
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insupportable; mais il n’est jamais utile d'arriver à ce point ; au contraire, on s'expose alors à Ja production des accidents que nous signalons plus loin :vésication et eschares. Dès que l’on voit la peau blanchir ; en un mot, l'ilot de congélation se former, il faut abandonner cette partie et promener en deçà ou au delà Ja pulvérisation. La sensation éprouvée par les paüents est appréciée d'une façon différonte parles uns et les autres. Pour ceux qui ont subi l'application de pointes de feu et qui, par conséquent, ont un terme de comparaison, il semble que la pulvérisation est plus douloureuse que la cautérisation ignée. C'est là l’opimion de la majorité des malades que nous avons interrogés à ce sujet; ilest vrai que d’autres ont émis une opinion opposée, ou n'ont pas de préférence. Quant à nous personnellement, nous n'avons pu faire la différence, n'ayant pas l'expérience des pointes de feu; mais après une pulvérisation assez Intense, puisque nous avons vu apparaitre des phlyctènes et une ou deux petites eschares superficielles, il nous à semblé que la douleur était très supportable. On éprouve une sensation plutôt désagréable que réellement douloureuse.
Le jet doit être promené successivement sur toutes les parties que l’on veut modifier, sur tout le territoire d’un nerf malade, par exemple, et l’on est averti qu'il est nécessaire de déplacer le jet lorsque le tégument est devenu blanc et dur : c’est là une éducation qu'il est nécessaire de faire, et au bout de peu de temps, on arrive à être guidé par l'aspect de la peau, de telle sorte qu’on peut éviter toutes complications, tout en
modifiant suffisamment les parties malades. La plaque de congélation produite par la pulvérisation disparait rapidement. Une anémie qui disparaît aussi très rapldement lui fait suite avec production du phénomène de la chair de poule. En même temps, il y a de l'anesthésie cutanée, mais il nous a semblé qu'il y avait là plutôt de l’analgésie; on ne perçoit pas lx piqûre faite par la pointe d’une épingle, tout en ayant conscience du contact d’un corps étranger. D'autre part, la douleur qui accompagnait la pulvérisation disparaît aussi rapidement.
Ces divers phénomènes, qui se sont succédé pendant une durée de dix à vingt minutes, font place à une nouvelle période. D'abord, les sensations ressenties sont à peu près nulles, puis peu à peu le malade éprouve un sentiment d’ardeur dans toutes les parties atteintes par le médicament, sentiment d’ardeur qui devient de plus en plus vif en même temps qu’apparaît une rougeur plus ou moins intense et de l’hyperesthésie cutanée. Cette hyperesthésie et ce sentiment d’ardeur dus à la congestion des vaisseaux cutanés persistent à un degré assez élevé pendant trois heures en moyenne, puis le phénomène va en s’affaiblissant graduellement, et dès le lendemain il ne persiste pour ainsi dire plus rien, si ce n’est une sensibilité plus grande au contact et de la rougeur du tégument,
Cet érythème, que nous ne considérons pas comme une complication véritable de la pulvérisation, se produit toujours; il est plus ou moins intense, suivant la sensibilité tégumentaire de chacun et s'accompagne
ordinairement d'une desquamation épidermique. Une tache pigmentaire lui succède ordinairement, peu colorée, bien moins, nous a-t-il semblé, que celle qui succède à l'application des vésicatoires.
Si la pulvérisation est faite ainsi, c'est-à-dire si tout se borne aux phénomènes que nous venons de passer en revue, dès le second jour, on peut renouveler l’apphication du chlorure de méthyle, et cela d'autant mieux, qu’en pareil cas, il s’agit de traiter des points qui ont échappé à l’action du médicament, ou qui ont été modifiés msuffisamment.
Parfois, à la suite de l'application du chlorure de méthyle, on voit survenir une véritable vésication, plus ou moins étendue ; enfin, plus rarement, des eschares presque toujours superficielles. Mais ces accidents, sur lesquels se basent surtout les adversaires du chlorure de méthyle, peuvent facilement être évités si l’on s'arrête dès que la coloration blanche apparaît, et si l’on prend soin d'agir, non pas en profondeur, mais sur la plus grande surface possible. En pareil cas, si on voit survenir, en plus de l’érythème, une vésication peu Imtense et seulement par îlots, 1l nous semble que cela est peu, si l’on considère que les malades traités ont souvent, sans résultat, utilisé force vésicatoires. Quant aux eschares, si l’on applique bien la méthode, elles ne doivent point se produire, et nous n'avons jamais vu apparaître des eschares profondes, telles que celles que M. le professeur Teissier a pu voir chez un malade, à Paris. En certains points, il semble que les eschares superficielles ont plus de tendance à se pro-
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duire : le creux poplité, les régions malléolaires ; mais il suffit d’être averti du fait pour éviter l’accident en modérant la pulvérisation en ces points.
On a fait d’autres reproches à la méthode, en sionalant d’autres mconvénients.
Nous avons déjà parlé de l’érythème qui accompagne les pulvérisations. Get érythème persiste plus ou moins longtemps, de janvier à mai 1884, dans un cas de M. le D° Vinay: mais il est moins prononcé que la pigmentation, due parfois aux vésicatoires, et il n’élimme de l’action thérapeutique du chlorure de méthyle que certames parties découvertes, le visage, par exemple.
Dans un cas (M. Leoroux), on a vu, à la suite d'eschares profondes, survenir un érysipèle grave. Mais là, la méthode a été mal appliquée ; l’auteur, il l'avoue lui-même, a voulu agir énergiquement, de là les eschares, et, en somme, l’érysipèle aurait pu survenir à la suite de l'application d’un vésicatoire.
On a parlé encore, dans un autre ordre d'idées, de la cherté de l'appareil et de la difficulté de son maniement. Nous avons déjà donné les prix actuels de l'appareil; évidemment, 1ls sont un peu élevés, mais l'inconvénient ne persiste pas lorsqu'il s’agit de services hospitaliers, et nous avons vu qu’en ville on pouvait se procurer le siphon de Debove à des prix encore abordables (1).
À Lyon, comme à Paris, les praticiens peuvent trouver à louer le siphon pour une ou plusieurs
(1) A Lyon, actuellement, on peut se procurer pour 45 fr. le siphon de Debove, et cela, pour un temps indéterminé.
séances, et l’on peut espérer que, si la méthode s'implante dans la pratique journalière, les prix diminueront.
Quant à la difficulté du maniement, il nous semble que le reproche est mal fondé. Quoi de plus simple que cette vis à tourner, pour régler la valeur du jet ? C'est la disposition du pulvérisateur ordmaire, et très rapidement, avec un peu d'habitude, on arrive à régler presque complètement l'appareil à l'avance.
À la douleur éprouvée par le malade, nous ne reviendrons pas; en somme, elle n’a certainement rien d’exagéré, surtout si l’on considère qu'il s’agit de lutter contre des affections doulonreuses au plus haut point, et, d’ailleurs, la question nous a semblé tranchée lorsque nous avons entendu un grand nombre des malades, déjà traités par la méthode, réclamer avec instance une nouvelle application de chlorure de méthyle, et déclarer que la douleur est bien supportable.
Enfin, plusieurs applications sont souvent nécessaires : évidemment, pour lutter contre certaines névraloies rebelles, 1l a fallu revenir plusieurs fois aux pulvérisations: mais toujours le nombre en a été restreint: trois, quatre, cmq, six fois au plus. Est-ce trop, lorsqu'il s’agit d’affections durant depuis des années et contre lesquelles toutes les médications ont échoué ?
Nous avons vu que l’on était dirigé, dans l'effet produit par la pulvérisation, par la coloration blanche que revêt le tégument, et cette coloration est, pour ainsi dire, instantanée ; la durée de la pulvérisation
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est done en rapport avec l'étendue de la surface à traiter : en moyenne, 10” pour l’avant-bras, 30 à 35” pour les névralgies sciatiques, où l’on ne pulvérise que les surfaces douloureuses étendues sur le trajet du nerf ; 40 à 50” pour la colonne vertébrale.
Les affections que l’on a traitées jusqu'à ce Jour, par les pulvérisations de chlorure de méthyle, sont surtout des affections où l'élément douleur prédomme soit comme seule manifestation, soit comme symptome important. Nous énumérons rapidement :
névraloies sciatiques simples ou névrites avec ou sans atrophie du membre, névralgies crurales, névraloies cubitales, lumbagos, rhumatismes musculaires, rhumatismes aigus ou subaigus, rhumatismes chroniques, contusions articulaires, douleurs ostéo-périostiques des tuberculeux, pomts de côté dans la pleurésie, dans la pneumonie, hyperesthésie plantaire, douleurs symptomatiques du mal de Pott, de l'ataxie locomotrice, de la névrite ascendante, de la coxaloie, épilepsie viscérale.
Comment le chlorure de méthyle agit-il dans ces diverses affections ?
L'action exercée par le chlorure de méthyle se traduit, en dernière analyse, par une congestion intense du réseau capillaire cutané et sous-cutané : il se produit un afflux sanguin à la superficie, afflux sanguin plus où moins considérable et persistant, qui dérange les conditions de circulation des parties plus profondes, et par cela même, modifie l’état de ces parties. Le chlorure de méthyle produit donc un effet révulsif, et un effet révulsif énergique, taut à eause
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ERA de sa persistance que de l'étendue qu’on peut lui donner sans danger.
Dans l'emploi du chlorure de méthyle, il n'y a pas une méthode nouvelle, mais un nouvel agent révulsif, qui l’emporte sur les autres par son innocuité absolue lorsqu'il est bien manié, par la sûreté, la rapidité et la durée de son action. En outre de cette congestion superficielle, que font naïître les pulvérisations de chlorure de méthyle, celles-ci agissent encore en modifiant puissamment l’état du système nerveux. La douleur éveillée artificiellement, produit ce qu'on à appelé une contrefluxion douloureuse peut-être, plus importante, au point de vue de la thérapeutique des névralgies, que la contrefluxion sanguine signalée plus haut.
Et, cette douleur artificielle n’agit pas seulement par sa présence, comme le dit Hippocrate : « Duobus doloribus simul abortis, non in eodem loco, vehemenlior obscurat ulterum.» (Aphor. sect. IT, 49.); il semble qu’elle puise dans un de ses caractères une action toute spéciale, et ce caractère c’est d’être inusitée. Il semble qu'il y ait un transport de forces nerveuses du point primitivement attemt au point frappé mopinément, et de là une détente pour ce premier point.
En lisant notre dernière observation, on est frappé d'un fait: c’est que la malade qui éprouve un malaise oénéral, qui est sous le coup de douleurs frappant pour ainsi toutes les parties de son corps et tous ses organes, éprouve après chaque pulvérisation un sentiment de mieux répandu à tout son être, 1l se fait