‹ De l'emploi des pulvérisations de chlorure de méthyleChapitre 15 sur 34 · OBSERVATIONS ET CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS ET CONCLUSIONS

® Nos observations se décomposent ainsi :

Névralgie sciatique : dix-huit cas. Treize sans atrophie, cmq avec atrophie.

Sur les treize premiers cas, nous constatons, dans neuf observations, une guérison complète obtenue après trois pulvérisations en moyenne, une fois six (obs. X), plusieurs fois une seule (obs. XI).

Dans un cas, la malade refuse une seconde pulvérisation (obs. VI), paraissant en exagérer la douleur ; dans une autre observation, la malade sort avant la fin du traitement (obs. IX) ; enfin dans un autre cas, très amélioré par une seule pulvérisation, le traitement continu (obs. VIT).

Après chaque pulvérisation, l'amélioration a été le plus souvent très notable et la douleur ne persistait qu’en quelques points moins bien atteints par la pulvérisation. La plupart de ces névralgies étaient an-

A0 ciennes ; nous notons huit mois (obs. |), cinq mois (obs. IT), sept semaines (obs. VIT), treize mois (obs. IX), un an (obs. XII). Dans quelques observations, nous trouvons une vésication légère (obs.[V, VII, VIII, XII). Enfin, dans un seul cas (obs. XIIT), le chlorure de méthyle n’a pas modifié l’état de l’affection. Deux pulvérisations, la première très légère, ont été faites. Il faut ajouter que toutes les autres médications ont écalement échoué ; ventouses scarifiées, vésicatoires, térébenthine, opium, bains sulfureux, élongation du nerf. Nous pensons que l’on eût pu persévérer davantage dans l'emploi du chlorure de méthyle, et nous doutons que la névralgie eût pu résister à un nombre plus considérable de pulvérisations. Nous ferons la même réflexion à propos des observations VI et IX.

Dans nos observations de névralgoïe sciatique avec atrophie du membre, nous trouvons deux guérisons complètes sur cinq cas. Dans deux observations, on constate une amélioration très notable {obs. XVI et XVII). Enfin, le cmquième cas est relatif à une malade névropathe à un haut degré : les vésicatoires, les pointes de feu ont échoué. Le traitement continue et la malade réclame elle-même une troisième pulvérisation.

Dans ces cas de sciatique avec atrophie, évidemment le chlorure de méthyle ne guérit par les lésions anatomiques déjà produites, il ne guérit pas davantage la lésion initiale si la sciatique est symptomatique, mais il fait disparaître la douleur, il arrête la marche de l’altération, s'il y a sciatique névrite, et

Te permet aux parties de se reconstituer si l'altération n'est pas définitive.

Névralgie cubitale : 2 cas — 2 guérisons.

» crurale : 5 cas — 5 Lumbago : D Cas — 4 »

Uu imsuccès après deux pulvérisations extrêmement légères et non renouvelées (obs. XXX).

Dans ces différents cas, le succès a été obtenu après une ou deux pulvérisations.

Fnfin, un certaim nombre d'observations donnent les résultats de pulvérisations pratiquées contre l’élément douleur symptomatique de diverses affections.

Mal de Pott : un cas. Une seule pulvérisation très légère a été faite sans résultat. Les détails manquent sur cette observation. Mais nous trouvons dans les observations de Paris deux cas de mal de Pott modifiés. (M. Desnos, M. Letulle.

Ataxie locomotrice : trois cas. Amélioration très notable après chacune des pulvérisations. Évidemment, là, les douleurs en ceinture, les crises gastraloiques ne sont que momentanément suspendues, restant toujours sous le coup de l'affection mitiale. Mais n'est-ce rien que de soulager pendant quelque temps!

Enfin, dans nos trois dernières observations, nous signalons des douleurs symptomatiques d’une coxalgie, d'une névrite ascendante, très améliorées par le chlorure de méthyle; enfin, des crises d'épilepsie viscérale également très soulagées par ce traitement.

Ter

OBSERVATIONS

OBSERVATION Î

Le nommé U..., salle Saint-Irénée (Croix-Rousse), n° 13, service de M. le D' Vinay. Sciatique droite, pas d'atrophie.

Le malade, qui entre à l'hôpital de la Croix-Rousse pour une affection cardiaque (insuffisance tricuspidienne), présente également les signes évidents d’une sciatique droite. Les douleurs, le long du trajet du nerf, ont débuté au commencement de décembre 1884; elles furent relativement modérées au début, et le malade put encore continuer, pendant trois semaines, son métier de garçon de salle. Vers le 24 décembre, le travail devint impossible.

Pilules de Méglin. Le 24 janvier, on applique, le long de la cuisse, soixante-quatre pointes de feu.

Pas d'amélioration.

Le 30 janvier, la douleur persiste surtout au niveau du point d’émergence du nerf; elle semble localisée au niveau de la cuisse, plutôt que sur la jambe. Plus bas, il existe de l'engourdissement et de la diminution de la sensibilité. Cependant, il n'y a pas d’atrophie. La circonférence du membre, prise à 0®16 au-dessus de la rotule, donne 0"46 de chaque côté.

8 février. — Même état.

12 février. — Première pulvérisation de chlorure de méthyle.

Amélioration. Quelques douleurs persistent encore.

15 février. — Deuxière pulvérisation.

Le malade est entièrement guéri de sa sciatique. Les douleurs ont complètement disparu.

OBSERVATION II

Le nommé Claude B..., âgé de quarante-trois ans, employé de tramways, entré le 4 juin 1885, salle Saint-Jrénée (Croix-Rousse), lit n° 11, service de M. le D' Vinay. (Névralgie sciatique droite.)

Comme maladies antérieures, quelques douleurs rhumatoïdes, mais Jamais de manifestations articulaires aiguës.

Le malade est conducteur de tramways, et c’est à la suite d'une exposition prolongée au froid qu'il commença à souffrir dans la cuisse droite, il y a six mois environ.

Depuis cette époque, les douleurs ne l'ont presque pas quitté : ce sont, par moment, des douleurs lancinantes partant de la région lombaire et s’irradiani, en suivant très exactement le trajet du sciatique jusqu'au bord externe du pied. On trouve, d'ailleurs, en explorant le malade, presque tous les points classiques de l'affection. Pas de zone d’anesthésie. Aucun trouble trophique; circonférence des deux membres prise à 16 centimètres au-dessus de la rotule : 47 centimètres.

4 juin. — Dès l'entrée, première pulvérisation au chlorure de méthyle sur tout le trajet du nerf malade. 5 juin. — Les douleurs ont disparu de la région lombaire,

de la fesse et de la cuisse, mais elles persistent assez vives dans la moitié inférieure de la jambe et au pied, où la pulvérisatiou a été beaucoup moins énergique. Pas de vésication en aucun point.

6 juin. — Deuxième pulvérisation sur la partie inférieure de la jambe et sur le pied.

8 juin. — Caette nuit, les douleurs ont apparu de nouveau,

mais dans la partie supérieure du sciatique, au niveau des points qui avaient été d’abord améliorés. Les douleurs ont duré de huit heures du soir à deux heures du matin. Trois bains sulfureux par semaine.

26 juin. — Troisième pulvérisation dans toute la hauteur du membre inférieur, sauf le pied, en raison des douleurs qui persistaient en tous ces points.

27 juin. — Les douleurs qui persistaient encore avant la pulvérisation ont totalement disparu. Il ne reste que la sensation de bràlure que l'opération détermine constamment.

29 juin. — L'amélioration persiste. Le malade est resté levé hier la plus grande partie de la Journée. 30 juin. — Les douleurs ont disparu. Le malade sort le

2 juillet.

OBSERVATION JI

Le nommé Claude M..., âgé de cinquante-quatre ans, manœuvre, entré le 30 mars 1885, salle St-Irénée, lit n° 35. Service de M. le D' Vinay. (Rhumatisme chronique. Sciatique gauche, — Pas d'atrophie.)

Il y a quinze jours, le malade ressentit subitement une vive douleur à la région lombaire, qui dura environ cinq ou six heures et qui se calma progressivement. A l'entrée, il existe une légère douleur au niveau de l'articulation sacro-iliaque gauche. Cette douleur présente des exacerbations plusieurs fois par jour. Elle s’irradie légèrement le long du sciatique gauche jusqu'au pied; les points les plus douloureux du trajet sont au niveau du creux poplité et de la malléole.

En somme, les douleurs sont localisées en trois points :

1° Région lombo-sacrée, le long du trajet du petit sciatique :

2° Région poplitée et partie supérieure du mollet ;

3° Région malléolaire externe et plantaire.

Dans tous ces points, les douleurs sont exaspérées par la pression. En outre, il y a, la nuit surtout, des accès douloureux caractérisés par des sensations de brûlure qui s'étendent à tout le membre gauche, durant environ de une heure à trois quarts d'heure et empêchant le sommeil.

CR

Le malade ne peut travailler, il à été obligé, pour ne pas perdre sa place, de se donner un remplaçant que, dit-il, il paie fort cher.

La démarche est pénible, claudication marquée.

L'articulation de la hanche est saine.

La circonférence de la cuisse, prise à U®1S au-dessus de la rotule, est de 0"44 1/2, à droite comme à gauche.

Première pulvérisation de chlorure de méthyle.

23 mars. — À la suite de cette pulvérisation, les douleurs ont notablement diminué. Il ne survient qu'un accès pendant la nuit et avec des symptômes moins accusés. La démarche est cependant la même. Deuxième pulvérisation.

24 mars. — L'amélioraton s'est continuée et les douleurs spontanées. ont beaucoup diminué. On voit encore, sur le trajet du sciatique, la rougeur érythémateuse due à la pulvérisation ; à ce niveau, la chaleur locale est plus manifeste et la sensibilité cutanée estexaltée. Deux ou trois petites phlyctènes au hiveau du creux poplité. La souffrance produite par l’opération a été beaucoup moins vive la deuxième fois que la premiérè.

25 mars. — Troisième pulvérisation. Auparavant, on note la persistance de l'amélioration, à tel point que, pendant la nuit, iln'y a pas eu d'accès douloureux. La seule chose dont se plaigne le malade est la douleur qu'il ressent le long de l'érythème cutané provoqué par la médication.

26 mars. — Nuit excellente. Les douleurs de la sciatique ont complètement cessé, il ne persiste qu'une légère sensation de brèlüre superficielle due à la pulvérisation.

28 mars. — Cette sensation est surtout marquée au niveau du creux poplité et gêne la marche du malade. 1% avril. — L'amélioration persiste.

21 avril — Le malade sort guéri.

OBSERVATION IV

La nommée C.., religieuse hospitalière, infirmerie des sœurs (hôpital de la Croix-Rousse). Entrée le 6 janvier 1885. Service de M. le professeur Renaut. (Névralgie sciatique gauche.)

Pas d’antécédents pathologiques.

Début de la maladie actuelle, il y a un mois et demi, par des douleurs dans la fesse, la cuisse, la jambe gauche. La pression sur les points fessier, poplité et malléolaire, fait pousser des cris à la malade. La marche est devenue impossible. Insomnie. Immobilisation au lit. $

Successivement, à quatre jours de distance les uns des autres, on fait quatre pulvérisations de chlorure de méthyle. Le point fessier et la douleur de la cuisse disparaissent en premier lieu. Le point malléolaire persiste le plus longtemps.

Le 22 février, la malade sort guérie; elle ne ressent aucune douleur, elle marche sans la moindre claudication.

À la suite des pulvérisations de chlorure de méthyle, la malade eut deux fois des phlyctènes de la grosseur d’un abricot, jamais d’eschare.

OBSERVATION V

La nommée Jeanne B..., àgée de cinquante-quatre ans, lngère, entrée le 21 janvier 1885, salle Ste-Blandine (Croix- Rousse), lit n° 7. Service de M. le professeur Renaut. (Névralgie sciatique.)

Pas d'antécédents pathologiques, si ce n’est une bronchite double, il a deux ans.

Depuis onze jours, la malade ressent une vive douleur dans la fesse, la cuisse et la jambe du coté droit. Cette dou-

leur est continue, mais cependant elle est coupéo par instants d'accès plus douloureux.

Fourmillements dans la jambe, les pieds sont engourdis La douleur à des irradiations de la fesse à la région lombaire.

On constate la présence des points trochantérien, poplité, péronier, malléolaire externe et tibial supérieur.

Le membre n'est pas atrophié ni déformé. La marche est impossible, les mouvements de flexion et d'extension sont douloureux. Pas d'hyperesthésie cutanée.

Rien au cœur ni aux poumons. Pas d’albumine dans les urines.

L'examen des organes génitaux, le toucher vaginal ne revélent rien d'anormal.

Mensuration de la circonférence de la cuisse à 0"15 audessus du bord supérieur de la rotule, 0"45 des deux côtés.

On a appliqué à la malade des sangsues sur l'abdomen et sur la cuisse.

G février. — Application de chlorure de méthyle.

Production de rougeur sans phlyctènes. Les points douloureux trochantérien et fessier ont disparu. La douleur est moindre le long de la cuisse. Elle persiste au creux poplité, à la jambe, à la malléole.

L'application a été moins énergique en ces points.

10 février. — Deuxième application, principalement sur les points poplité et malléolaire.

A1 février. — Après cette application, la malade, qui se

plaint toujours, marche cependant dans la salle, ce qu'elle ne faisait que difficilement auparavant.

15 février. — Troisième application.

La malade va de mieux en mieux, elle sort le 22, sans que l'on puisse savoir exactement si elle est complètement guérie, ses plaintes continuelles ne permettant pas de se fier à ses paroles.

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OBSERVATION VI

Le nommé Benoît C..., âgé de quarante ans, gardien de la paix, entré à l’Hôtel-Dieu, salle St-Jean, lit n° 26, le 3 novembre 1884. Service de M. L. Meynet. (Sciatique gauche.)

Quelques manifestations rhumatismales, névralgies fréquentes.

En 1879, le malade commença à éprouver des douleurs dans la cuisse droite d'abord, dans la gauche ensuite pour lesquelles il fit plusieurs séjours à l'hôpital.

Elancements, sensations de chaleur, d’engourdissement.

Douches, révulsifs amenant une amélioration.

Depuis cette époque, les douleurs ont reparu souvent et avec une certaine intensité ; depuis deux ans, elles ont augmenté surtout à gauche.

Le malade, malgré sa profession, dit s’être peu exposé au froid et à l'humidité.

Depuis quatre ou cinq jours, le malade a dù quitter son service, les douleurs augmentant et rendant la marche difficile. La pression aux points fessier et poplité est assez douloureuse; le malade dessine exactement le trajet de son sciatique quand il veut monter le siège de la douleur.

Pas d’atrophie du membre.

Deux vésicatoires sont successivement appliqués au niveau des points les plus douloureux. Amélioration légère pendant quelques jours, puis les douleurs reviennent avec leur intensité première et s'étendent même à droite.

Le 15 décembre, l'élongation du sciatique est faite des deux côtés par le D’ Mollière après anesthésie à l’éther ; au moment de l'opération, des contractures persistent encore.

Le malade ne retire aucun soulagement nettement appréciable de l’élongation.

Le 6 janvier, une application de chlorure de méthyle est pratiquée avec le concours de M. le professeur Soulier et de

MIN pes

M. Fournier, pharmacien des hôpitaux. La pulvérisation dure en tout 20” de la fesse au mollet, on s'arrête dès que la peau blanchit. La douleur accusée par le malade est extrêmement intense,elle persiste durant deux ou trois jours. Le lendemain, apparition de phlyctènes de dimension moyenne, suivies d’eschares superficielles et peu étendues. Erythême pendant plusieurs semaines. Le soulagement apporté n’est que très modéré et de courte durée.

Le malade semble exagérer la douleur, il n'accepte pas une seconde pulvérisation. Douches de vapeur, amélioration au bout d’un mois.

OBSERVATION VII

Le nommé Jean-Marie M..., âgé de quarante-six ans, domestique, entré le 2 juillet 1885 à l'Hôtel-Dieu, salle St-Bruno, lit n° 16. Service de M. le professeur Soulier. (Sciatique gauche.)

Ce malade entre à l'hôpital se plaignant d'une douleur étendue de la grande échancrure sciatique à la face dorsale du pied gauche.

Il souffre depuis sept semaines et fait remonter son affection à un refroidissement qu'il aurait eu quelque temps auparavant : en travaillant dans les champs, il aurait reçu la pluie à plusieurs reprises. Il y a cinq ans, il avait déjà souffert d'une affection semblable qui eut une durée de quinze à vingt jours, et qui céda à des frictions simples et à des injections de chlorhydrate de morphine.

Actuellement, il marche avec une grande difficulté. Sans canne, la marche lui est même impossible. Dans la station debout, il a le tronc fortement incliné en avant et évite avec soin les mouvements de l'articulation coxo-fémorale.

La douleur commençant au niveau de la grande échancrure, se propage derrière le grand trochanter et s'étend à toute la région postéro-externe de la cuisse. L’épine iliaque antéro-supérieure présente aussi un point douloureux. Au

creux poplité, au niveau de la bifurcation du sciatique, audessous de la tête du péroné, nouveaux points douloureux. Le mollet tout entier est sensible, exagération de la douleur derrière la malléole externe et expansion à la face dorsale du pied.

Deux vésicatoires. Injections de chlorhydrate de morphine. Le résultat est nul.

5 juillet. — Pulvérisation au chlorure de méthyle. Amélioration très notable, la jambe se plie avec plus de facilité, les douleurs sont bien moins vives, le malade marche facilement.

L'application n'a pas été très pénible, quelques phlyctènes le lendemain, le malade déclare que la sensation de brûlure est très supportable.

21 juillet. — L'amélioration a persisté.

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