AVANT-PROPOS
Parmi les affections, et 1l en est un certain nombre, qui trompent souvent l’espoir que l’on avait mis dans les moyens dont dispose la thérapeutique, les affections dites névralgies, en général, et la névralgie sciatique, en particulier, semblent surtout vouloir désespérer les efforts les plus persévérants ou les essais les plus variés.
Qui n’a été frappé de la résistance à l’action des médicaments que présentent certaines névralgies? Tandis que celles-ci auront cédé assez rapidement, celles-là ne s’amenderont que sous les coups répétés d’une médication longtemps contimuée, et par .cela même souvent extrêmement complexe. Et, nous ne voulons pas parler de névralgies à caractères différents : les unes sans lésions appréciables, tout au moins anatomiquement; les autres, au contraire, à altérations histologiques; évidemment, les faits
seraient trop faciles à expliquer. Nous avons au contraire en vue des névralgies semblables entre elles par leur étiologie, leur anatomie pathologique, leurs symptômes, mais différant du tout au tout quand on abordera leur traitement, peut-être, et c'est notre opinion, parce que l’on n'aura plus devant soi le même malade. La maladie est semblable à elle-même, le terrain de son évolution ne l’est pas.
Ce n’est pas en pareil cas qu'il y a pénurie des agents médicamenteux : on serait plutôt embarrassé devant le nombre des médicaments proposés, sl fallait choisir entre eux tous, et cependant, chacun d'eux a été employé aux différentes époques de la médecine, et même chacun d'eux a pu guérir en son temps. Mais là, comme souvent d’ailleurs lorsqu'il s’agit de traitement, le grand nombre des moyens offerts provient de leur insuffisance. Pour le traitement seul de la sciatique, nous nous rappelons avoir lu l’énumération de soixante-dix médicaments ou méthodes différentes, et 1l en manquait! jette trop grande abondance de biens vient justement du besoin que l’on à de satisfaire le malade qui réclame sa guérison, et cela d'autant plus qu’il souffre davantage. Alors, aux essais infructueux succèdent des essais sur lesquels on fonde de meilleures espérances; car c’est surtout lorsqu'il s'agit de guérir, que le mieux n’est pas l'ennemi du Fien.
De toutes les méthodes que l’on à préconisées pour combatre lesnévralgies, eten général pour faire disparaitre la souffrance dans les affections à manifestations douloureuses, 1l en est une à laquelle on est
toujours obligé de revenir, parce que c’est encore la seule qui donne les résultats les plus constants et les plus satisfaisants. Nous voulons parler de la méthode révulsive sous toutes ses formes. Mais soit qu’on fasse usage des vésicatoires, de la cautérisation potentielle ou de la cautérisation actuelle, en agissant ainsi sur la surface tégumentaire et par cela même sur les terminaisons cutanées des nerfs, soit que l’on modifie davantage encore ce tégument par les injections de nitrate d'argent, par exemple, souvent une amélioration seulement momentanée répond aux efforts du traitement. En effet, 1l est bien difficile d'étendre à tout le trajet d’un nerf une action révulsive ou substitutive, l'effet reste forcément limité au territoire atteint par le médicament, la maladie continuant à évoluer sur les parties voisines. |
Et c’est pour cela que, pour le traitement de la scialique en particulier, on proposait encore récemment une nouvelle méthode : l'élongation non sanglante du nerf, soutenue brillamment 1l y a peu de jours à la Faculté, dans la thèse de notre ami, le D' Laurent.
Mais, 1l y a un an aujourd'hui, le D° Debove, professeur agrégé de la Faculté de Paris et médecin des hôpitaux, semblait faire entrer la méthode révulsive dans une voie nouvelle, et préconisant un nouveau médicament, il étendait sans dangers appréciables la révulsion à une étendue quelconque, quelque grande qu'elle pût être, et plaçait ainsi sous l'influence du modificateur toutes les parties atteintes par la maladie. L'agent utilisé par M. Debove est le chlorure
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de méthyle : ce corps résulte de la première substitution de l'atome Cl à l'atome H de l’hydrure de méthyle CH*, donnant successivement :
CH® CI protochlorure de méthyle.
CH? CÀ bichlorure de méthyle.
CH CF trichlorure de méthyle ou chloroforme.
C CIf tétrachlorure de méthyle.
Le protochlorure de méthyle, à l’état gazeux à la température et à la pression ordinaires, est maintenu à l’état liquide par compression dans un appareil spécial. Lorsque ce liquide est projeté, absorbant pour passer de l’état liquide à l'état gazeux, une certaine quantité de chaleur, il produit un abaissement considérable de la température, et congèle Les corps avec lesquels il est en contact. C'est cette congélation superficielle qui aboutit, en somme, à une révulsion pouvant être étendue à une surface plus ou moins grande, que M. Debove utilise dans le traitement de la sciatique, et véritablement, on est frappé du résultat presque merveilleux qu'il obtint sur son premier malade, après une seule pulvérisation, résultat qu'il rapporte dans son mémoire lu devant la Société des hôpitaux : « Mon premier malade avait une névralgie sciatique traitée vainement par des cautérisations au fer rouge, et que le repos au lit n’avait nullement améliorée. Je promenai le jet de chlorure de méthyle sur toute la surface douloureuse, depuis la hanche jusqu'à la malléole externe. Une minute plus tard, ce malade, qui n'avait pu jusque là mettre le pied à
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terre, se promenait sans boiter dans mon service, se déclarant guéri; il était tout stupéfait de sa ouérison et je dois avouer que mon étonnement ne le cédait nullement au sien. »
Devant un tel succès, confirmé par de nouvelles expériences, les pulvérisations ne devaient pas tarder à être éssayées, soit à Paris, soit à Lyon, et leurs effets acceptés par les uns, avec toute la défiance que donnent des idées préconçues, adoptés par les autres, peut-être avec ce que j'oserai appeler l’exavération de la première heure, étaient cependant définitivement et sûrement démontrés par un grand nombre d'observations.
Dans ce travail, nous nous occuperons surtout des résultats obtenus à Lyon, dans les différents services hospitaliers.
Dans un premier chapitre, nous exposerons quelques notions sur le chlorure de méthyle, et nous déerirons l'appareil ou siphon de Debove.
Le second chapitre sera consacré à l'étude des résultats déjà obtenus à Paris et à Lyon.
Le mode d'emploi du chlorure de méthyle, son action physiologique et thérapeutique feront l’objet du troisième chapitre ; nos observations et nos conclusions seront contenues dans le quatrième.
Avant de terminer cet avant-propos déjà trop long, qu'il nous soit permis d'adresser à M. le D° Vinay tous nos remerciements, pour la bienveillance avec laquelle il a mis à notre disposition, pour ce travail, et son temps et ses savants conseils. Qu'il recoive 11 l'hommage de notre gratitude.
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Que M. le professeur Soulier veuille bien agréer l'assurance de notre reconnaissance, pour avoir bien voulu nous faire l'honneur de présider cette thèse.
Tous nos sentiments de gratitude aussi pour les conseils et la bienveillance que nous a prodigués sans cesse, pendant tout le cours de nos études, M. le professeur Poncet. ÿ
Enfin, nous remercions bien sincèrement M. le professeur J. Teissier, qui a mis si gracieusement ses observations à notre disposition, ainsi que nos amis, M. le D’ Laurent et MM. Raymond, Devic, Palliard et Désir de Fortuné, internes des hôpitaux, qui nous ont fourni les divers renseignements qui nous étaient nécessaires.
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