CHAPITRE VI
Exposé. — Le souterrain dont il va être question fait partie d*un vaste ensemble de travaux, destinés à amener à Liverpool les eaux du lac Yirnwy. Il a pour objet de leur faire franchir la rivière, la Mersey, à une certaine distance en amont de la ville, en un point où elle n'a pas plus de 240 mètres de largeur.
Les premiers projets (en dehors de ceux préparés par M. Deacon en 1817-1878) furent ceux soumis au Parlement et dressés en 1879 par M. Thomas Hawksley et M. G.-F. Deacon. L'emplacement, qui avait été adopté pour la traversée de la rivière, avait été choisi en vue de la pose d'un siphon, qui devait être immergé dans le lit même; il convenait peu pour la construction d'un souterrain. Ce projet fut vivement attaqué par les propriétaires riverains, qui prétendirent que ce siphon serait un obstacle à l'approfondissement de la rivière projeté pour les besoins de la navigation. Pendant le passage du bill au Parlement, afin de désarmer l'opposition, la Corporation de Liverpool se résigna à accepter une clause laissant au Board of trade le soin de fixer les conditions dans lesquelles la rivière serait franchie. Le projet fut pendant quelques années ajourné dans l'espoir que l'autorisation alors sollicitée pour la construction du Canal maritime de Manchester serait enfin accordée et ferait abandonner toute idée de l'approfondissement de la Mersey. Pendant ce temps la Corporation fit exécuter
des sondages dans le lit de la rivière et reconnut que le terrain pourrait à la rigueur permettre la construction d'un souterrain. L'opposition continuait d'ailleurs toujours aussi violente, si bien que le Board of trade dut en tenir compte dans sa décision intervenue en 1887; il exigea que l'ouvrage fût placé au-dessous du lit de telle manière qu'aucune de ses parties ne se trouvât à moins de 17 pieds (5,18 m.) en dessous d'un repère coïncidant sensiblemenl avec le niveau des basses eaux, sur toute la largeur du canal, soit 800 pieds (243,84 m.). Dans ces conditions, M. Deacon estima que la seule solution possible était une traversée en souterrain. Toute autre solution entraînant un changement de tracé, aurait obligé à perdre beaucoup de temps, à revenir devant le Parlement et aurait entraîné de grosses dépenses supplémentaires pour acquérir les terrains et les servitudes nécessaires. Cet avis fut définitivement adopté et M. Deacon invité à préparer les plans et devis d'un souterrain à percer dans la couche qui paraîtrait la plus convenable.
Première entreprise. — Il estima que le souterrain devait être percé dans l'argile à galets à environ 80 pieds (24,38 m.) de profondeur et indiqua qu'il y aurait avantage à employer un bouclier du genre de ceux qui avaient servi au souterrain de la Tour et au City and South London. Il n'estimait pas d'ailleurs qu'à cette profondeur il fût nécessaire de recourir à l'emploi de l'air comprimé. C'est dans ces conditions qu'un traité fut passé avec des entrepreneurs le 30 avril 1888 et que le travail fut commencé. Le puits, côté Cheshire, fut foncé à sa profondeur, 85 pieds (25,91 m.], le souterrain commencé et poussé jusqu'à 57 pieds 6 pouces (17,52 m.). Le puits Lancashire fut descendu jusqu'à une profondeur de 96 pieds (29,26 m.). Pour le fonçage du puits Cheshire les segments de l'enveloppe furent boulonnés et chargés de manière à les faire descendre avec la fouille. Pour le souterrain, l'entrepreneur n'employa pas de bouclier et se contenta de boiser jusqu'à ce que le revêtement fût posé. Comme le terrain devenait mauvais, il plaça un plancher étanche dans le puits et un sas à air et travailla à l'air comprimé. Mais en octobre 1889 l'eau envahit le souterrain et les entrepreneurs découragés se retirèrent.
Deuxième entreprise. — D*autres entrepreneurs furent appelés ; le prix le plus bas fut demandé par MM. Cochrane and Sons. Leur offre fut agréée, mais Tentreprise, après études, déclara qu*elle trouvait plus simple d'exécuter le souterrain à un niveau plus élevé, dans les couches aquifères. MM. Cochrane préféraient renoncer à l'entreprise que de continuer le travail commencé. Ils donnaient pour motifs, que dans la partie faite du puits Lancashire, comme dans la section ouverte du souterrain, sur la rive de Gheshire, les terrains avaient été bouleversés par le mode de travail adopté, et qu'il en résulterait de grosses difficultés et bien des dangers, si Ton voulait poursuivre au même niveau ou même à une plus grande profondeur. D'un autre côté, au niveau proposé par les entrepreneurs, les sondages avaient révélé que la galerie se trouverait dans des couches aquifères meubles, de nature très variable. Dans une même section on pouvait rencontrer les terrains les plus divers. Néanmoins M. Deacon estima qu'à ce niveau le travail à l'air comprimé serait moins dangereux et autorisa le relèvement de la cote prévue de 104 pieds ^31,70 m.) à celle de 52 pieds 9 pouces (16,08 m.) au-dessous du terrain naturel du côté deLancas-
hire. Dans ces conditions le radier devait se trouver en movenne à
54 pieds (16,46 m.) de profondeur et le souterrain être recouvert par 22 pieds de terre (6,70 m.) et 22 pieds (6,70 m.) d'eau en haute mer. MM. Cochrane établirent deux nouveaux compresseurs à air, deux nouvelles pompes de 40 chev., deux installations électriques et une pompe Tangye pour actionner les vérins hydrauliques du bouclier, avec accumulateur. L'un des compresseurs était un compresseur Owen (Londres) et l'autre avait été fourni par MM. Walker and Sons (Wigan) ; l'air comprimé était refroidi et approvisionné dans un réservoir. Les machines électriques étaient l'une de la Compagnie Brush et l'autre de la Phœnix Foundry C^. (Chester.) Ce qu'il y avait de plus remarquable dans cette installation, c'était l'emploi de la lumière électrique, qui conservait la pureté de l'air. L'électricité était amenée par deux fils, l'un pour l'aller et l'autre pour le retour du courant, mais on avait eu soin d'installer un troisième fil de réserve. Ces fils étaient attachés, ainsi que les lampes, aux boulons de joints du revêtement. Quelques lampes mobiles, au bout de fils souples, servaient à l'avancement.
fut conservé, et on itlO pieds 9 pouces osait d'anneaux en e hauteur et d'une
G perpendicuUice i. l'axe.
uce 11/16(0,04 m.) 36 pieds (10,9'7 m.) en fonte de 3 pieds
nique, de manière à
porter le diamètre à 13 pieds 9 pouces (4,19 m.). Ces segments avaient 1 pouce 3/4 (0,04 m.) d'épaisseur et étaient munis de
Fig. 112. — Coupe en long. Fig. 113. — Coupe en travers.
Sas à air installé.
collets de 6 pouces (0,15 m.) réunis par des boulons de 1 pouce (0,025 m.) de diamètre. Les anneaux anciens furent ensuite succès-
Fig. 114.
Coupe horizontale du sas à air.
Fig. 115.
Vue par-dessus du sas à air.
sivement enlevés en descendant, et la fouille élargie pour poser les nouveaux segments (fig. 110 et fig. 111).
Ce travail dut être fait à Tair comprimé ; car la fouille s'exécutait dans des sables aquifères. Il était nécessaire de glaiser la surface du sable pour éviter les pertes d'air et maintenir la pression de
30 livres (1,4 kg.) nécessaire. Â cet effet dans un plancher métallique boulonné aux nervures du revêtement hit ioséré (fig. 112 à 116 un sas à air de 7 pieds (2,13 m.) de hauteur et * irr^ 2 pieds 6 pouces (0,76 m.) de diamètre. I^ fond
' ■ -■ T ^'^ puîls fut également recouvert d'un revête-
-^ I ment en fonte, composé d'un anneau boulonDé