CHAPITRE IX
Emplacement. — Le souterrain de Blackwall est dû, comme celui de Brunel, au besoin toujours croissant de créer des moyens de communication entre les deux rives de la Tamise, en aval du Pont de Londres. En même temps que la construction du pont levant de la Tour, on décida, en 1890, la construction d'un souterrain sous la Tamise, à 6 miles (9656 m.) en aval du pont de Londres, à l mile 1/2 (803 m.) en aval de Greenwich et à trois miles (4828 m.) au-dessus de Woolwich. II a pour but de mettre en relation ces deux localités déjà si peuplées et qui s'agrandissent tous les jours avec la partie de Londres, dite Poplar East et West India docks.
Nature du terrain. — Au point choisi pour la traversée, la Tamise a une largeur de i 200 pieds (365,75 m.) et une profondeur d'eau de 46 pieds (14,02 m.) à marée haute.
Sur les rives munies de quais, le terrain, à remplacement d'anciens marais, consiste en débris végétaux, tourbe, sable et gravier jusqu'à une grande profondeur au-dessous des eaux. Après avoir traversé Targile de Londres sous une faible épaisseur, on trouve les lits de calcaire impur qui en forment la base, puis les sables et argiles du niveau de Woolwich, terrains essentiellement meubles et aquifères, dans lequel le niveau des eaux suit toutes les oscillations de la marée (fig. 206).
La traversée de la rivière devait se faire entièrement dans ces sables et graviers,et il était certain que Ton aurait à lutter contre des
diflîcultésplus grandes encore quecell es qu 'avait reDcoBtréeaBninel. Néanmoins, après avoir pris l'avis de Sir Benjamin Baker et de Gréathead, le travail fut accepté en 1892, moyennant le payement d'une somme de 871 000 livres (21 775 000 fr.) par HH. Pearson and Sons, les entrepreneurs du souterrain de l'Hudson. Ces derniers avaient comme ingénieur, M. Moir, leur collaborateur en Amérique, tandis que l'administration était représentée par M. Bionie, ingénieur en. chef du Conseil de Comté, assisté ^ de deux ingénieurs MM. Hay et Fitz
"^ l'ifs Maurice.
I Description générale. — On limita
% l'inclinaisOD des rampes d'accès à
* 1/36 (0,028 m.) sur la rive Sud ou du
I Kent et à 1/34 (0,03 m.) sur la rive
"%■ Nord ou Kentucky. D'autre part, on
? Rtatir.i décida que le niveau du palier sous la
rivière ne serait pas à plus de 80 pieds (24,38 m.) au-dessous du niveau des * S'i- hautes eaux, de manière à ne pas dépasser dans le travail à l'air comprimé une pression de 35 livres par pouce carré (2,i kg.) que l'on considérait comme la dernière limite admissible pour un travail courant avec des équipes nombreuses d'ouvriers.
Ces conditions définissaient le profil qui fut arrêté comme l'indique la figure 207.
Ce profil diffère très peu du profil d'exécution déjà donné cidessus. La longueur totale est de 6200 pieds (1889,73 ro.). Elle se décompose en trois natures d'ouvrages : tranchées avec murs
SOUTERRAIN DE BLACKWALL A WOOLWICH de soutënemeDt, tranchées couvertes et souterrain. La répartition de ......
ces trois types est donné dans le : i
tableau ci-après : ^. I
Tranchées 1735 1742 : ^
Tranchées couvertes . 781 1 310 •^t'.i
SouUrraiD 3694 3U88 ï ]
La seule différence importante a consisté & allonger la tranchée couverte, aux dépens du souterrain, sur la rive Sud ou du Kent Jusqu'au puits 4. Mais on y a trouvé de telles difOcultés qu'il n'a pas été procédé de même sur la rive Nord.
On a exécuté 4 puits aux sommets d'angle, afin d'éviter les courbes et d'assurer la ventilation du souterrain.
Tranchées et souterrain. — Les
Fip. iOS, — Tïiic Cl
tranchées (fig. 208) sont maintenues
par des murs de soutènement, avec parements en briques éraaillées
blanches, surmontés de murs de cldtures avec couroonements en pierre de taille. Elles se tormiaent à l'entrée de la partie couverte par des portes monumentales (fig. 209], à l'inlérieur desquelles seront installés divers services. La voûte des tranchées couvertes (lig. 210) est feite en maçonnerie de briques avec uae épaisseur de 18 pouces (0,46 m.) à 2 pieds (0,61 m.). Cette voûte est recouverte d'une chape en asphalte de 1 pouce 1/2 (0,038 m.) d'épaisseur et de 2 pieds (0,61 m.) de béton de Portland, de sorte que la plus faible épaisseur de maçonnerie est de 3 pieds 6 pouces (1,07 m.). A l'in-
FIk. 210. — Type en tranchée c
térieur, l'aspect est absolument le mCme que dans le souterrain. La dimension du souterrain se trouvait limitée, d'une part, par la profondeur de 80 pieds (24,38 m.) que l'on ne voulait pas dépasser, et, d'autre part, par la nécessité de conserver, entre le dessus de l'ouvrage et le fond du lit de la rivière, une couche protectrice de terre de 5 à 10 pieds (I.S2 m. à 3,05 m.). En fait, la plus faible épaisseur fut de 5 pieds 6 pouces (1,68 m.}, ce qui était d'une grande hardiesse. Le diamètre extérieur fut ainsi fixé à 27 pieds (8,23 m.}, ce qui fait du souterrain de Blackwall le plus grand de tous ceux qui aient jamais été construits sous une rivière après celui de Brunel.
SOUTERRAIN DE BLACKWALL A WOOLWICH 33t
Ce souterrain comporte une enveloppe métallique en fonte qui sera décrite plus loin. Les segments de ce revêtement sont remplis de bétoo de ciment de Portland avec revêtement général en carreaux émaillés blancs, ce qui réduit le diamètre intérieur k 24 pieds
Fig. 211. — Type en souterrain.
3 pouces ("7,39 m.). Dans ce souterrain (fig. 211 et 212), existent une chaussée de 16 pieds (4,88 m.) de largeur et deux trottoirs de 3 pieds 1 pouce 1/2 (0,95 m.). Sous ces trottoirs sont placées des conduites d'eau. Sous la chaussée se trouvent des canaux d'assainissement et de petites conduites de lavage. La chaussée est en asphalte dans le palier sous la rivière et en pavés de granit avec
joint» au bitume dans les rampes d'accès. II n'y aura pas de gai
Flg. 212. — Coupe de la chaussée.
et l'éclairage sera assuré par 3 rangées de lampes à iDCandescence de 32 bougies, placées alternalivement tous les 10 pieds (3,05 m.}.
Fig. 213. — Couiies du puiis n=
Les puits (fig. 213 à 216} les plus voisins de la rivière contiendront des escaliers d'accès. Le puils 4 sur la rivo Sud qui est à
SOUTERRAIN DE BLACKWALL A WOOLWICII 233
l'intérieur d'une propriété privée sera voûté et muni simplemeat d'nne chemiaée de ventilation. Quand au puits 1 sur la rive Nord, il sera alTeclé à diverses installations, psmpes, éclairage, etc.
Revêtement métallisé. — Chaque anneau du revêtement a 2 pieds 6 pouces (0,76 m.) de loDgueur et est formé de 14 segments et d'une clef. L'épaisseur du métal est de 2 pouces (0,0S m.).
Fig, SI*. — Coupes du puila n° î.
Les nervures qui entourent chaque segment ont 12 pouces [0,30 m.) de profondeur et une épaisseur croissante de l'Intérieur à l'extérieur de 2 (0,05 m.) à 3 pouces (0,076 m.). Tous les joints verticaux et horizontaux sont rabotés, mais on a ménagé vers l'intérieur, sur- 2 pouces (0,05 m.) de profondeur, un élargissement à. 3/8 pouce (0,0095 m.], ce qui permet d'étancher le joint avec du ciment. Toutes les plaques portent au centre un trou fileté de 1 pouce 1/2 (0,038 m.) de diamètre à travers lequel on peut injecter du mortier de ciment pour remplir le vide de 4 pouces (0,10 m.) laissé en
dehors du revêtement par l'avaDcemeat du bouclier et dans lequel
Pig. 215. — Coupe horizontale du puits n° 3.
on visse ensuite un bouchon. Les boulons servant à l'assemblage sont en fer et ont 1 pouce 1/2 (0,038 m.) de diamètre. Chaque
Fig. 21<l. — Coupe verticale du puiLi n* 3.
segment pèse un peu plus de 1 t. (1 016 kg.) et l'anneau complet 16 t 1/2 (16 76Skg.)-
Ce type de revêtement a été employé du puits 4 au puits 1. Sur la rive Nord entre le puits 1 et la tranchée couverte, on a un peu diminué les dimensions. L'épaisseur du métal n'est plus que de
1 pouce 1/2 (0,038 m.). Les nervures n'ont plus que 10 pouces (0,254 m.) de profondeur et une épaisseur variant de 1 pouce 1/2 (0,038 m.) à 2 pouces 1/4 (0,057 m.). Ces anneaux, qui ont toujours
2 pieds 6 pouces (0,76 m.) de longueur, ne pèsent que 11 t. 3/4 (11939 kg.).
. ___ . . ^**r v—mmKÈf — — -* ■
Fig. 217. — Détails de la partie inlcrieure d'un puits.
Puits. — Les puits ont des profondeurs variant de 75 à 98 pieds (22,86 m. à 29,87 m.) ; le diamètre intérieur est de 48 pieds (14,61 m.) et le diamètre extérieur de 58 pieds (17,66 m.). Ils se composent essentiellement de deux enveloppes métalliques solidement entretoisées, espacées de 5 pieds (1,52 m.) et dont Tintervalle est rempli de béton au dosage de 6 pour 1.
Les tôles de revêlement ont 3/8 pouce (0,0095 m.) d'épaisseur dans la partie inférieure et 5/16 (0,0079 m.) dans le haut. Ces tôles sont placées à recouvrement et par conséquent, pour conserver un diamètre constant à Tinlérieur, on les a inclinées sur la verticale de leur épaisseur. A l'extérieur, on les a au contraire maintenues
236 EUPLOI DU BOUCLIER
verticales et emboîtées les uoes dans les autres, ce qui délermioe un fruit d'environ I p. 100. Par suite l'espace entre les enveloppes va décroissant de 5 pieds (1,32 m.) à 4 pieds (1,22 m.).
A 8 pieds 6 pouces du bas {ùg. 217), la paroi intérieure s'inDéchit vers l'exlérieur pour former le couteau qui est en outre renforcé par une bande d'acier de 2 x 1 pouces (0,0S m. x 0,025 m.}. Les deux anneaux du bas soot ^ Caup» jiuBvu AA également en acier, tandis que
tout le reste est en fer.
On avait ménagé à la partie inférieure deux trous de 29 pieds 4 pouces (8,94 m.) de diamètre pour le raccordement du souterrain de part et d'autre. Le détul de ces ouvertures et l'ageDcemeat des pièces destinées à les fermer provisoirement est donné par la figure 218. On trouvera de même, sur la figure 217, le détail de la jonction définitive du revêtement métallique du souterrain et du puits.
Quand le puits était arrivé à
profondeur, on formait le fond
d'un plancher métallique étanchc
et d'une couche de béton de
13 pieds (3,96 m.) dont le détail
est donné dans la figure 217.
Comme les puits les plus voisins de la rivière devaient être
traversés à l'air comprimé, on avait prévu un plancher élanche
très solide à quelques pieds au-dessus du souterrain (fig. 217).
Ponçage des puits. — Le caisson n" 4 dont les figures 219 et 220 montrent deux phases du montage, commencé le 21 mai 1892, fut descendu le premier.
On faisait la fouille à mesure de l'enfoncement et le caisson descendait par son propre poids. Ce travail se fit sans grande difficulté.
SOUTEBBAIN DE BLACKWALL A WOOLWICH 231
n n'en fut pas de même pour le caisson a" 3 ; après être descendu de 80 pieds (2i,30 m.), il arriva sur un lit de sablo mouvant de 8 pieds (2,44 m.) d'épaisseur que l'on eut beaucoup de peine à traverser ; on craignit d'être obligé de recourir à l'air comprimé, mais en le chargeant de 1500 t. (1 .')24 012 kg.) de fer et de briques, ce qui avec le poids du fer et du béton du caisaoa kisait UD poids total de 5 000 t. (5 080 240 kg.) et, avec l'aide de puis-
Flg. 319. — Montage du caisson da pulls m i. — Pcemière phase.
sants épuisements, on réussit à le conduire jusqu'à sod niveau définitif. Il était sensiblement d'aplomb ; le devers, qui avait atteint à un moment 14 pouces 1/2 (0,37 m.) avait pu être réduit h. 9 pouces (0,23 m.). Pour éviter le retour de pareilles difficultés on descendit les caissons n" 1 et 2 à niveau plein, en draguant à l'intérieur et en les chargeant quand la descente se ralentissait. On n'eut ensuite qu'à pomper et à construire le radier. Tous ces puits, après leur achèvement, seront revêtus intérieu-
338 EUPLOI DU BOUCLIER
rement en briques émaillées. Le fonçage du puils 4 dura neuf
mois et pendant ce temps on construisît le bouclier.
Le bonoUer. — Le bouclier (flg. 221 et 222) est beaucoup plus fort que tous ceux décrits jusqu'ici; maïs en fait, il n'a eu que la force nécessaire. Son diamètre est de 27 pieds 9 pouces 1/4
Fig. -ii. — Montage du caisson du puils n° 4. — Deuiîéme phaaa.
(8,46 m.) et sa longueur de 19 pieds 6 pouces (3,94 m.). L'enveloppe extérieure est formée de 4 épaisseurs de tôles d'acier de 3/8 pouce (0,016 m.) : les joints des diverses couches ne se correspondent pas, de manière que chaque tâle serve de couvre-joint à la tôle du dessus ou du dessous. Deux cloisons verticales, perpendiculaires à l'axe divisent le bouclier en deux parties. Ces cloisons étanches permettraient de maintenir dans la chambre de travail à l'avant une pression supérieure à celle utilisée dans le souterrain, ce qui offre un grand avantage et permet de réduire au miBimum le nombre d'hommes obligés de travailler dans l'air a haute pression.
SOUTERRAIN DE BLACKWALL A WOOLWIGH 230
Trois planchers horizontaux se terminant par des trousses coupantes partagent la chambre de travail en 4 étages. Comme surcroit de précaution, à 6 pieds 7 pouces (1,91 m.) en arrière du couteau, il existe à chaque étage des écrans en fer partant du toit et descendant assez bas pour qu'eu cas d'afflux d'eau, les hommes, réfugiés derrière cet écran, puissent avoir la tète hors de l'eau, maintenue par l'air comprimé au niveau de son arête inférieure. La chambre à atr était en outre subdivisée par une grande cloison verticale régnant du haut en bas et deux autres analogues,
Fi(;. 222. — Coupe du souterrain et du bouclier pendaDt le Irarail.
mais plus courtes, ne régnant que sur la hauteur des deux étages intermédiaires, ce qui décomposait la chambre en 12 cellules de travail.
Il convient de signaler ici une disposiUon très intéressante, mais dont il n'a malheureusement pas été fait usage, de sorte que l'on ne peut en juger l'efficacité. Le plancher horizontal du milieu pa^ tage la chambre de travail en deux parties absolument distinctes à chacune desquelles on accède par 2 sas à air placés dans les cloisons étanches. Ce plancher a reçu une épaisseur suffisante pour que l'on puisse travailler au-dessous et en dessus avec des pressioas différentes ; cela avait paru nécessaire en raison de la différence de
SOUTERRAIN DE BLACKWALL A WOOLWICll 8*1
13 livres (0,9 kg.) entre la pression nécessaire, en haut et en bas, pour contre-balancer la poussée de l'eau.
A chacun des quatre étages se b-ouvent, dans les cloisons étanches, des sas à débiais, qui permettent de les évacuer avec une très faible perte d'air. Pour en terminer avec la chambre de travail, il reste à dire que, sur son étendue, la trousse coupante
Fig. Ii23. — Vue arrière du bouclier.
était renforcée par une seconde enveloppe cylindrique, réunie à la première par des poutres longitudinales et circulaires.
Le front de taille restait libre dans chaque cellule ; mais on reconnut plus tard la nécessité d'un blindage. On le composa (tig. 229), dans chaque cellule, de 3 pièces métalliques ou volets, montées au moyen d'écrous sur des vis horizontales fixées aux divisions verticales, ce qui permettait de les avancer ou de les reculer, suivant les besoins du travail, indépendamment les unes des autres.
EMPUII DE eOUCUER. U
La chambre arrière du bouclier, ou queue, dans laquelle se fait le montage des anneaux, contient 28 vérins hydrauliques de 8 pouces (0,20 m.) de diamètre intérieur pouvant développer chacun, avec de l'eau à la pression de 2 t. par pouce carré (315 kg. par c. m'), un efTort de 100 t. (101 605 kg.), soit en tout 2 800 l. (2 844 924 kg.). Mais on dut parfois pousser la pression ju8qu'à2 t.
3/4 par pouce carré (430 kg. par c.
m*}, et développer un efTort total de 4 000 t. (4 064,200 kg.). Ces vérins ont d'ailleurs permis de diriger le bouclier avec unegrande précision. Le plus fort écart a été de 2 pouces (0,05 m.). Ces vérins étaient réunis au point de vue de la mise en marche en quatre groupes pouvant être actionnés séparément.
La cloison arrière du bouclier (fig. 223, 224) portait deux grues pour le levage des segments ; leur axe était sur le diamètre horizontal et à 4 pieds de part et d'autre du diamètre vertical. Deux cylindres hydrauliques à simple action, mais fonctionnant en sens inverse, ont leurs pistons montés sur une tige commune ; cette tige porte une crémaillère qui actionne
Grue de leTage des segmenU. "" P'gnol a"q«el est SUspenduC,
par une charnière, une boite eu acier ; dans cette boite une poulre, en H, peut glisser sous l'action d'un cylindre hydraulique de 4 pouces 1/2 (0,114 m.) de diamètre à double eilet. À l'aide d'une manivelle, et d'une vis sans fin, on peut faire tourner la boite d'acier et le bras de levage, autour de la charnière qui les relie au pignon, de manière à placer le bout du bras à la distance voulue du bouclier. Les vérins de cette grue
sont alimentés en eau à la pression de 1 000 livres, et on peut monter un anneau en moins d'une heure.
Le bouclier fut entièrement construit à la surface, dans une sorte de cale sèche, ouverte à côté du puits 4, à remplacement de la fouille de la tranchée couverte. Lorsque le montage fut terminé, on ferma les bouts avec des planches de sapin de 4 pouces (0,10 m.) bien calfatées, on le lesta et le maintint sur une quille unie, à Taide de deux grues de 5 t. Quand le puits fut terminé, on démonta son enveloppe sur une surface suffisante pour permettre le passage du bouclier qui pouvait flotter avec un tirant d'eau de 17 pieds (5,18 m.]. Le puits et la cale furent remplis d*eau à une hauteur suffisante pour que le bouclier flottât. On amena le bouclier dans le puits avec des cabestans et on le fit descendre lentement en pompant Teau. Cinq jours après le commencement des opérations, le bouclier reposait au fond du puits sur un berceau, formé de pièces de bois et de rails, bien en direction pour entrer dans le souterrain. Il pesait environ 2 200 t. (2 353 000 kg.), et on l'avait descendu à 50 pieds (15,24 m.) de profondeur. On monta alors les anneaux en fonte sur la face du puits opposée au sens de la marche et on prit point d'appui sur ces anneaux pour faire avancer à l'aide de ses vérins le bouclier sur des glissières en fonte.
Travail À Tair libre. — Les pièces, qui fermaient provisoirement rentrée, furent enlevées une à une et remplacées par des sacs d'argile pour maintenir les terres (fig. 225).
A ce moment, le terrain était formé, en descendant du haut en bas, de 2 pieds (0,61 m.) de ballast qui avait déjà été en partie asséché par les travaux de la tranchée et d'argile sur presque toute la hauteur, sauf dans le bas où Ton trouvait environ 1 pied (0,30 m.) de sable. On attaqua le travail à l'air libre. On n'avait besoin que d'une petite galerie au sommet pour maintenir le ballast qui devait bientôt disparaître par suite de l'inclinaison de Targile. Sur tout le reste de la surface, il n'entrait pas une pièce de bois.
Le premier anneau fut mis en place le 9 juin 1893. Comme le bouclier descendait avec une pente de 1/36 et que la surface de séparation de l'argile et du ballast était horizontale, ce dernier disparut graduellement ; mais en même temps la hauteur de sable
en bas alla en augmentant. Cependant le ballast créa d'assez sérieuses difficultés, mfiine sur un certain parcours après qu'on l'eut échappé. Il semble que, sous l'efTort du bouclier, la couche d'argile, quand elle était encore mince, se brisait et l'eau se disait jour, soit k l'avancement, soit à l'arrière entre la queue du bouclier et le revêtement. Néanmoins, les pompes suffirent laidement à l'épuisement.
Dans la première semaine d'août, il y avait cinquante anneaux posés, ce qui représentait une longueur de 12o pieds (38,10 m.). On observa à ce moment une légère déformation du couteau, dans
Fig. 22j. — Démontage d'un tampon provisoire.
la cellule du bas et à gauche. Il est probable qu'il avait été faussé en le poussant contre un bloc de rocher, comme il s'en trouvait dans le calcaire coquiller qui forme la base de l'argile. Cette avarie ne paraissait cependant pas sérieuse et on continua l'avancement, en recommandant de bien dresser la fouille à sa dimension en face de la partie endommagée du couteau. Au milieu de septembre od avait posé en tout 77 anneaux et parcouru 192 pieds (58,52 m.) ; mais l'inflexion du couteau s'était beaucoup aggravée, sans doute souB l'efTet du bourrelet de terre qu'il poussait devant lui quand la fouille était insufOsamment dressée. On ne pouvait songer à réparer le bouclier, là où il était, et il fallait à tout prix arriver
jusqu'au puits N"" 3. Pour éviter Taggrayation du mal et réduire la résistance à ravancement dans la région déformée, qui tendait toujours à dévier le bouclier, on fît une galerie boisée en avant du couteau, et on établit une fondation de béton de la forme exacte du bouclier, sur laquelle il pouvait glisser. On avait à ce moment environ 2 pieds (0,61 m.) de sable en bas et on pouvait avancer à raison de 5 pieds (1,52 m.) par journée de travail de vingt-quatre heures. Mais à mesure que Ton avançait, l'épaisseur du sable et la venue d'eau augmentaient. En approchant du puits 3, on reconnut que Ton était en relation directe avec lui^ car la venue d!eau diminuait dans le souterrain, chaque fois qu'il se produisait un afflux d'eau et de sable dans le puits.
Le 16 décembre 1893, il y avait 191 anneaux ^e posés sur une longueur de 477 pieds (145,39 m.). Le sable montait environ jusqu'à l'axe et, depuis quelques jours, Feau était devenue très gênante. On eut ce jour-là à subir une violente irruption d'eau et de sable dans la galerie menée en avant du bouclier, en face la partie déformée du couteau. En vingt-quatre heures, celle galerie fut pleine de sable ; on ferma et on boisa l'arrière du bouclier et on laissa pénétrer Teau qui s'éleva à 15 pieds (4,56 m.), derrière le bouclier.
Il ne parut pas prudent de continuer dans ces conditions. Le bouclier n'était qu'à 67 pieds (20,42 m.) et la petite galerie à 37 pieds (11,28 m.) du caisson n** 3. Ce dernier était en cours de descente et on arrivait à 4 pieds (1,22 m.) du radier du souterrain. On avait eu beaucoup de peine à descendre ce caisson, le terrain était en mouvement et il y avait à craindre des accidents. On prit donc le parti d'arrêter provisoirement le souterrain et de s'installer pour reprendre le travail à Tair comprimé, dès que le fonçage du puits serait terminé.
Usine de compression. — On avait installé une usine très importante, comprenant des machines à vapeur et un grand nombre de compresseurs, sur la rive sud, à proximité des puits n^ 3 et 4. Cette usine pouvait développer environ 1 500 chev. de force ; mais on n*avait besoin ordinairement que de 1 000 à 1 200 chev. et on pouvait tenir une machine en réserve pour le cas d'avarie ou de
violentes perles d'air. Dans ces conditions de marche normale, ces machines pouvaient fournir environ 8 000 pieds cubiques (225 m') d'air & la minute.
Cet air était accumulé dans un réservoir cylindrique en tdles h chaudière de 28 pieds (8,93 m.) de longueur et 7 pieds (2,13 m.) de diamètre et refroidi avant sa distribution en le feisant passer dans une série de lubes plongés dans un courant d'eau froide et présentant une disposition analogue à un condenseur de surface. De là, l'air gagnait le souterrain dans des tuyaux, en passant par le puits n* 4.
Sas à air. — Les sas à air étaient encastrés dans des murs en briques construits en travers du souterrain. Comme ils avaient à
Fig. 2-26. — Ecran de silreM:.
supporter une pression d'environ i 000 t. (1 016 048 kg.), on leur donnait une épaisseur de 12 pieds 6 pouces (3,81 m.). Dans ces cloisons étaient placés 3 sas à air.
Il y en avait deux en bas de 15 pieds (4,56 m.) de longueur et
7 pieds (2,13 m.) de diamètre, munis de portes de 5 pieds (1,S2 m.) sur 4 (1,22 m.). Il y avait dans chacun de ces sas deux robinets de 1 pouce 1/2 (0,038 m.) de diamètre, placés aux deux extrémités, Tun pour Tadmission et l'autre pour Téchappement de Tair. On avait également mis un robinet de 2 pouces 1/2 (0,053 m.) qui permettait d*écluser rapidement les wagons de déblai, que Ton pouvait y faire entrer deux par deux. Les wagons étaient ensuite remorqués par des c&bles sans fin jusqu'au puits, où un ascenseur les montait au jour ; en arrivant en haut ils étaient pris dans un culbuteur qui les vidait.
Le troisième sas plus petit était placé en haut et ne devait servir que dans le cas où ceux d'en bas se trouveraient noyés par un afflux d'eau subite. On dut y recourir deux fois pendant que Ton construisait la partie sous la rivière.
Comme précaution, on avait en outre installé un pont en bois, qui conduisait du bouclier au sas de sûreté. A une centaine de pieds en arrière du bouclier, on installait (fig. 226) une cloison étanche qui descendait depuis le sommet jusqu'à environ mi-hauteur. Dans le cas où Teau se serait subitement élevée, elle n'aurait pu envahir la cloche ainsi formée et barrer l'accès à Técluse de sûreté. Cette cloison était munie tout à fait en haut d'une petite porte, que l'on aurait pu ouvrir momentanément pour le passage des ouvriers, si Teau avait barré le passage par-dessous l'écran avant qu'ils l'aient atteint.
Cette organisation est digne d'attention et les accidents dont il a parlé déjà, ainsi que celui de Melbourne, ont prouvé qu'elle était dictée par la plus sage prudence.
Travail À l'air comprimé. — Le caisson n° 3 était à fond le 14 mars 1K94 et le 23 mars, le souterrain fut mis en pression. On put reprendre le travail sans être gêné par l'eau ; la galerie fut dégagée du sable qui la remplissait et on constata que les boisages avaient peu souffert. La galerie fut poussée rapidement jusqu'au puits n^ 3 ainsi que la fondation de béton, destinée à faciliter le glissement de la partie déformée du couteau. Le bouclier luimême pénétra dans le puits en mai.
On perdit quatre mois à réparer le bouclier et à remplacer la
us EMPLOI DU BOUCLIER
partie déchirée du couteau (fig. 227) par des pièces en fonte d'acier. Ce ne fut qu'en septembre que l'on put reprendre le travail. A la sortie du puits 3, comme d'ailleurs à l'entrée, on eut beaucoup de peine à maintenir étanche le joint entre le bouclier et le caisson et il se perdit beaucoup d'air à travers le terrain bouleversé par le fonçage (flg. 228).
Dès qu'on eut quitté le puils, le travail devint très régulier dans toute la partie du lit de la rivière où l'on était protégé par le banc
Fig. ■■■11.
- Détails du rcnrurccmeni du C'
d'aigle de Londres. Tant que le terrain était sec, il n'y avait pas besoin de fouiller en avant du couteau, il suffisait de faire une rigole pour permettre la pénétration du couteau ; le bouclier était assez fort pour fouiller le reste, beaucoup plus rapidement et arec une bien plus grande sécurité que si on avait fait la fouille avant d'avancer le bouclier.
Pendant plus de deux mois, on avança à raisoo de 252 pieds 6 pouces (76,96 m.) par mois et on fit jusqu'à 12 pieds 6 (3,81 m.) dans une journée de vingt-quatre heures.
Mais on savait par les sondages, qu'en approchant de la rive nord, le souterrain devait se trouver dans le ballast. On le rencontra au toit k 725 pieds (220,97 m.) de l'axe du puits n° 3. Aussitôt les pertes d'air devinrent importantes et il se produisit des bouillonnements à la surface. On ne put les éviter en glaisant t'attaque et le
Pjg. an. — Entrée du bouclier dani le puits ni 3.
joiat du bouclier et l'on dut arrêter pour blinder le front d'attaque et poser les volets mobiles dont il a été parlé (fig. 229).
Quand on avait, on déblayant, amené avec tes vis ces volets jusqu'à l'aplomb du couteau, le bouclier était poussé eu avant. Oo avait soin à ce moment de desserrer les écrous, de manière k permettre aux volets de reculer, & mesure que le bouclier avançait. Aussitôt que 4es volets arrivaient à fond de coursa, on déblayait le sable et te gravier qui s'étaient accumulés devant eux et oo les
avançait arec les vis. On recommençait cette opération autant de fois qu'il était nécessaire jusqu'à ce que l'on eut parcouru 2 pieds 6 pouces (0,76 m.) et que l'on put poser un nouvel anneau du revêtement.
Pendant que l'on dtait le gravier accumulé devant les volets, on avait de grosses pertesd'aïr. Il arrivait que pendant plusieurs jours, il fut impossible d'ouvrir les volets. Tout le déblai était sorti par de petites ouvertures de 3 pouces (0,076 m.) sur 7 (0,178 m.; ménagées dans les volets, que l'on pouvait rapidement fermer avec
Fig. 229. ~ Emploi des toIcIs de blindage,
une porte à coulisse. Ëa ouvrant ces petites portes, les cailloux étaient projetés avec une telle violence, en même temps que l'air s'échappait, qu'ils produisaient des étincelles. En une semaine, on n'avança que de 5 pieds (1, 32 m.) ; mais, quand les ouvriers furent mieux habitués et que l'on eût élevé la pression dans les vérins, on arriva à faire 20 pieds (6,!0 m.) par semaine et 65 pieds par mois (19,81 m.).
Le sommet de la fouille n'était qu'à 3 pieds 6 pouces (1,67 m.) du fond du lit de la rivière sur environ 130 pieds (43,62 m.) et, sur tout ce parcours, le déblai se composait de ballast pur. On fut obligé de déposer sur le fond de ta rivière une couche d'argile de
150 pieds (45,62 m.) de largeur et 15 pieds (4,50 m.) d'épaisseur. Il est probable que, sans cette précaution, on n^aurait pu achever le travail. Car on trouvait souvent, dans le déblai, Targile que Ton avait déposée, ce qui prouvait que tout le terrain naturel, qui sépa* raitle travail de la rivière, avait été entraîné avec Teau.
Quand on avait dépassé ce banc d'argile artificiel, on le draguait et on le reformait plus loin. Pendant l'exécution de toute cette partie du travail, on dut régler avec le plus grand soin la pression, suivant Tétat de la marée. Le plus petit excès de pression aurait pu faire sauter le toit d'argile artificiel. En fait, cet accident se produisit deux fois ; dans une de ces explosions, Teau de la rivière fut soulevée par l'échappement brusque deTair à 25 pieds (7,62 m.) de hauteur sur une surface de 50 pieds (15,24 m.) de diamètre. Quand ces accidents se produisirent, le souterrain se remplit d'eau sur un tiers de sa hauteur, en moins de cinq minutes.
On s'efTorçait de maintenir la pression de l'air égale à celle de Teau au sommet du souterrain, afin de tâcher d'éviter les échappements d'air ; mais par contre on avait beaucoup d'eau dans la partie basse. Il aurait fallu tenir la pression plus élevée de 13 livres (0,8 kg.) pour maintenir le souterrain à sec, en raison de son diamètre. Il est d'ailleurs très difficile de dire quelle est exactement la charge d'eau, puisque l'air chasse l'eau du ballast et réduit sa hauteur et que l'air mélangé à l'eau la rend moins lourde.
On était parti de la rive sud le 16 septembre 1894, on atteignit le puits n^ 2 sur la rive nord le 26 septembre 1895 ; on mit donc un an environ à traverser la rivière, malgré le temps perdu à placer les volets et malgré les glaces de février 1895, qui empêchèrent de recharger le banc d'argile, qui s'amincit dangereusement.
En mai 1896, on avait traversé le puits 2 et on se préparait à remonter la rampe d'accès vers Poplar Ëast.
Conclusion. — Pour qui a suivi le récit de tous les travaux antérieurs, le souterrain de Blackwall parait sans contredit une œuvre hors ligne, qui fait le plus grand honneur à tous ceux qui y ont pris part.
C'est le plus grand de tous les souterrains construits jusqu'ici, depuis Brunel, et le seul exemple d'un souterrain construit dans le
ballast sous une rivière et à la faible profondeur de 5 pieds 6 pouces (1,67 m.] au-dessous du fond du lit. Enfin c'est le seul grand souterrain construit à Tentreprise dans les couches aquiferes. En un mot, c'est le plus difficile et le mieux réussi de tous les souterrains de ce genre.
Il est assez difficile de déterminer le prix exact de la partie en souterrain qui se trouve comprise dans le prix de 871 000 livres accepté par les entrepreneurs. Dans deux publications différentes, M. Binnie, ingénieur en chef, etM. Fitz Maurice, ingénieur résident fixent le prix de revient à 550 livres et à 373 livres par yard ; le premier de ces prix paraît s'appliquer à la traversée entre les puits 2 et 3 sous la Tamise et le second à l'ensemble.
Si Ton divise le forfait de 871000 livres par la longueur de 6 200 pieds, on trouve un prix moyen, y compris les tranchées de 140 livres par pied ou de 420 livres par yard. Il y a donc beaucoup de chance pour que le prix donné par M. Binnie soit exact; il représente une dépense d'environ 15 000 fr. par mètre courant.