CHAPITRE XII
Exposé. — La loi du 10 juillet 1894 oblige la Ville de Paris à envoyer avant Tannée 1900 la totalité des eaux d*égout dans les champs d'épuration de Gennevilliers^ d'Achëres, des Mureaux, etc., et à cesser tout déversement en Seine. Pour obtenir ce résultat toutes les eaux doivent être réunies à Tusine municipale de Glichy où elles seront relevées et renvoyées par le siphon de Glichy, dont Texécution par la méthode du bouclier a été exposée au chapitre x. Déjà deux grands collecteurs, le coUecleur d'Asnières et le collecteur Marceau amènent à l'usine la presque totalité des eaux; mais, par suite de l'augmentation constante de la population et de la consommation d'eau, ces collecteurs sont devenus insuffisants. On comprit par suite, dans le programme des travaux, la construction d*un nouveau collecteur, dit collecteur de Glichy. Get ouvrage a son origine provisoirement fixée à Téglise de la Trinité ; il suit la rue et l'avenue de Glichy jusqu'aux fortifications; en dehors de Paris, il emprunte le boulevard National à Glichy jusqu'à une faible distance de la Seine et ne le quitte que pour aller rejoindre l'usine (fîg. 285).
Profils en long et en travers. — Sur la presque totalité de son parcours, cet ouvrage a une section elliptique de 6,00 m. de largeur sur 5,00 m. de hauteur (fig. 286), avec revêtement en maçonnerie de 0,40 m. d'épaisseur à la voûte, de 0,60 m. aux naissances et de 0,45 m. au radier. À l'intérieur est ménagée une cunetle de 4,00 m. de largeur et 2,00 m. de profondeur, bordée de chaque
côté de deux banquettes de circulation de 0,90 m. de largeur.
Plan jénéral
Zchclîc de loo'ôoô»
CrVcctturs cx'stant?^ Cc.iec'.Cur in :o.TsLin.icUon
Fig. 285. — Plan général.
Sur là partie amont entre la place de la Trinité et la place Glichy,
Touvrage aura 1 ,00 m. de moins de largeur.
Le profil en long (fig. 287) offre pour le collecteur une pente continue de 0,50 m. par kilomètre tandis que le relief du terrain divise Touvrage en deux parties bien distinctes. Dans Paris le projet comporte Texécution d'un souterrain à grande profondeur; hors Paris, au contraire, Tépaisseur de terre, réservée
au-dessus de l'ouvrage, est très mince; elle atteint à peine 3^00 m.
Fig. 286.
Profil type.
au point le plus haut, n'est souvent que de 0,70 m. et descend en un point jusqu'à 0,43 m. C'est de celte partie extra muros qu'il va être parlé dans ce chapitre.
Programme d'exécution. — Le boulevard National, qui est emprunté par le collecteur, est une voie de circulation très importante. Il est suivi par un grand nombre de tombereaux emportant hors Paris des terres, des gravats et des gadoues, ainsi que par ceux amenant du sable, du gravier et des matériaux de construction de toute nature dans Tintérieur de Paris. Sur ce boulevard est également établie une double voie de tramways sur laquelle circulent, à de courts intervalles, des tramways à traction mécanique pesant 15 t. La nuit, moins lourde; car la route
«ntUl Jj. bT Sp'arttJ
tù
en
CJ
</• rt
TJ
Ifi
PL
la circulation n'est ni moins dense ni est parcourue par les nombreuses et
pesantes voitures des maraîchers, qui apportent aux Halles Centrales les produits de la banlieue.
Le service de Tassainissement reconnut que ce serait créer uo trouble grave à la circulation que d'ouvrir une tranchée de 8,00 m. de largeur dans une chaussée de 12,00 m., bordée de trottoiis étroits et plantés (flg. 288). Quoiqu'il fût autorisé à le faire, il crut de son devoir d'imposer aux entrepreneurs Tobligation d'exécuter l'ouvrage entièrement en souterrain. D'autre part le souterrain devait être ouvert dans un terrain de sable ébouleux et il était certain que la partie inférieure de l'ouvrage serait construite dans
Fig. 288. — Coupe sur le boulevard National de Clichy
une nappe d'eau très abondante et que les procédés habituels de boisage ne pouvaient pas offrir une sécurité suffisante pour maintenir des terres de cette nature, à une aussi faible profondeur el avec une circulation aussi lourde et aussi intense.
En conséquence, les entrepreneurs furent appelés à soumettre tout d'abord leurs procédés d'exécution. Divers projets furent présentés. Quatre seulement furent admis. Ils dérivaient de la méthode Belge et comprenaient l'exécution de la voûte dans la partie secbe, puis ultérieurement celle des piédroits et du radier dans les couches aquifères. Confiants dans l'abri que devait leur procurer la voûte maçonnée, les entrepreneurs n'avaient rien changé aux procédés habituels d'exécution de la partie basse. Quant à la partie haute,
au lieu de placer le blindage pièce à pièce au fur et à mesure du dégagement de la fouille, ils proposaient de le monter d'un coup à l'abri d'une carapace métallique ; les maçonneries devaient être faites, comme d'usage, à. l'arrière sous ce blindage. C'était une application timide du bouclier à l'exécution d'une Toùte en maçonnerie, en passant par l'intermédiaire d'un blindage provisoire qui tenait lieu, pour l'avancement du bouclier, du revêtement métallique.
Le projet, présenté par M. Chagnaud, étant & la fois le mieux conçu et le plus économique, fut agréé. Cet entrepreneur s'engageait à exécuter l'ouvrage entièrement en souterrain, sur la longueur de 1 "700 m,, au prix de 1016,60 fr. par mètre courant, inférieur à l'esUmation faite pour l'exécution en tranchée.
Il ne sera pas parlé des autres dispositifs proposés, qui n'ont pu être soumis à la sanction de l'expérience, quelque ingénieux qu'ils aient pu paraître.
Le bouclier. — Le bouclier [fig. 289 et 290) se composait
Fig. 2Sfl. — Coujie laii(tiiudtn;ile du bouclier.
d'une enveloppe demi-ellipUque de 1,23 m. de largeur et 2,95 m. de hauteur, en tôle de fer de U mm. d'épaisseur, renforcée h tous les joints par de larges plates-bandes de même épaisseur.
Cette enveloppe était supportée par deux poutres elliptiques (fig. 291), constituées par une âme en tôle de 0,012 m. d'épais-
seur et 0,S0 m. de hauteur, par une semelle inférieure de 20 mm.
Wg. Ï90. — \'ue arriére du bouclier.
servant à l'assemblage de l'âme tant avec la semelle qu'avec l'enveloppe. Ces deux poutres, espacées de 1,40 m. d'axe en axe, for-
maient le corps du bouclier. Elles étaient réunies entre elles par douze entretoises de 0,50 m. de hauteur. Ces pièces placées suivant les génératrices de l'enveloppe se composaient d'une &me de 10 mm. et de cornières de — ^^ — .
L'avant-bec avait primitivement 1,20 m. de longueur au sommet et formait visière. Postérieurement les tôles d'enveloppe et les goussets de l'avant-bec furent allongés et la longueur portée à 2,10 m. Ces goussets étaient faits avec des tdies et cornières de
Fig. 392. — DëlaUs des ssbots et du chemin de roulement.
môme dimension que les entretoises. La queue, sous laquelle devait se monter le blindage provisoire, était lisse et occupait une longueur de 1,75 m.
A la partie inférieure, les deux grandes poutres transversales reposaient sur deux poutres longitudinales de 0,55 m. de hauteur, avec une âme en tôle et deux semelles de 300 X 20 assemblées avec des cornières 80 X 80 X 12 (fîg. 289, 290 et 292). Ces poutres s'étendaient depuis l'extrémité arrière de la queue jusqu'à la poutre elliptique d'avant. Dans l'avant-bec ces longerons étaient remplacés par des sabots eu fonte (flg. 292) , dont le but sera expliqué plus loin.
Pour opérer Tentretoisement suivant le diamètre horizontal et porter le plancher de travail, deux poutres horizontales raccordées aux poutres elliptiques traversaient le bouclier perpendiculairement à l'axe du souterrain. Ces poutres furent modifiées ultérieurement, mais on en voit encore les amorces à droite et à gauche de la flgure 290, ainsi que la coupe de Tune d'entre elles sur la figure 291 Elles avaient 0,54 m. de hauteur et se composaient d'une âme en tôle et de deux semelles de 20 mm. d'épaisseur et 0,30 m. de largeur, assemblées sur des cornières 80 X 80 X 12. Ces poutres avaient le défaut de réduire considérablement la hauteur libre sur les côtés et de placer le plancher de service à près de 1,00 m. audessus du fond de la fouille dans la chambre de travail ; il en
lO
fA
....1 iSo
Fig. 293. — Détails des rouleaux et des semelles.
résultait une grande gêne pour la circulation des ouvriers et l'éracuation des déblais. Aussi, peu de temps après la mise en marche, l'entrepreneur les fit-il couper dans la partie centrale sur environ 4,00 m. de longueur. La semelle inférieure de 20 X 300 fut seule conservée et constitua la semelle supérieure d'une poutre de 0,279 m. de hauteur placée en dessous. Cette dernière fut formée de deux fers U de 245 X 80 X 12 placés dos à dos et d'une semelle inférieure de 230 X 14 (fig. 290 et 292). Le plancher de service en tôle de 0,01 m. d'épaisseur fut placé sur ces poutres à 0,52 m. en contre-bas de sa position primitive.
Le bouclier, ainsi constitué par l'enveloppe semi-elliptique elle plancher horizontal, présentait à la base une large partie plate qui aurait offert une résistance à lavancement considérable. Aussi tout le poids en fut-il reporté sur les flancs. A cet effet, une tôle de 0,02 m. d'épaisseur fut placée sous les longerons et étendue
jusqu'à l'arête inférieure de l'enveloppe à laquelle elle fut assemblée par une cornière. 0» disposait ainsi de deux chemins latéraux très lisses de 0,600 m. de largeur et de toute la longueur de la queue et du corps du bouclier, soit de 3,15 m.
Ces deux surfaces d'appui reposaient par l'intermédiaire de rouleaux en fonte sur un chemin de roulement en bois (fig. 289, 290 et 292). Les rouleaux de fonte avaient un diamètre de 0,18 m. et une longueur de 0,500 m. avec un vide central de 0,06 m. de diamètre (fig. 293). Les plateaux de roulement étaient en bois d'orme (fig. 293); ils avaient 0,13 m. d'épaisseur, 0,50 m, de largeur et 1,00 m. de longueur utile et se plaçaient à la suite les uns des autres par un assemblage à mi-bois de 0,15 m. de profondeur. Ces pièces de bois étaient en outre garnies à k partie supérieure d'une plaque de tôle de 0,01 m. d'épaisseur.
Vérins. Poutre mobile. — L'avancement du bouclier était au moyen de six vérins espacés de 1,20 m. d'axe en axe
Fi;;. Ï04. — Coupe longitudinale d'un TÔrin.
(fig. 290). Ces vérins étaient fixés à la semelle inférieure des grandes poutres elliptiques i l'aplomb des entretoises (fig. 291). Les cylindres avaient 0,24 m. de diamètre intérieur et des parois de 0,01 m. d'épaisseur, ce qui portait leur diamètre extérieur à 0,38 m. A l'intérieur de ces cylindres (fig. 294) se déplaçait un piston avec joints en caoutchouc aux deux extrémités, ce qui permettait le mouvement dans les deux sens (fig. 295). La course totale était de 1,00 m. Les tiges de ces vérias, de 0,10 m. de diamètre, étaient toutes réunies, par de doubles écrous, à une poutre ellip-
tique, pouvant avancer ou reculer sous la queue du bouclier, ta frottant contre l'enveloppe métallique et en s'appuyant en bas snr les loDgeroDs. Ce dispo- - ■ '^° ■ - ■, sitit était nécessité par Im
besoins de l'établissemeat du bliodage. Cette poube (fig. 296) comprenait :
une àme en tôle de 0,92 m. de bauteur el 0,01 m. d'épaisseur, renforcée, sur chaque face.
par des goussets de 0,014 m. d'épaisseur el Fig. 295. — Coupe du piaion. raidie de part et d'autre
des points d'attacbe des vérins par des cornières 80 X 80 X 1 4 ■ La semelle inférieure, assemblée par des cornièresde mêmes dimensions, avait 0,014 m. d'épaisseur et 0,30 m. de largeur. La semelle supérieure, de même épais-
Flg. sue. — Délails de la poutre Diobile.
seur et assemblée de même à l'âme, se prolongeait de 0,10 m. vers l'arrière, ce qui portait sa largeur à 0,40 m. Ce prolongement était renforcé en dessous par un fer plat de 20 mm. d'épaisseur et 0,14 0' de largeur. Desfers plats de 0,30 m. de largeur, 1,00 m. de longueur
et 0,014 m. d*épaisseur assemblés avec des rivets à tète fraisée, étaient placés entre cette semelle et Tenveloppe, au-dessus du point d'attache de chaque vérin. C'est contre ces fers que s'effectuait le glissement pendant le déplacement de la poutre. Un dispositif analogue facilitait aux deux extrémités le glissement sur les longerons. Enfin on voit, sur la figure 296, fixé à l'âme par une fourrure en bois, un fer plat de 250 X 10 avec des entailles dont l'usage pour l'établissement du blindage sera expliqué ci-après.
Appareils accessoires. — En première ligne, il faut placer les cintres qui servaient de points d'appui aux vérins par Tintermé-
■ . . Sqo ,
Fig. 297. — Elévation d'un cintre et de son assemblage.
diaire de la poutre mobile, soutenaient le blindage provisoire et servaient à l'exécution de la maçonnerie.
Ces cintres métalliques avaient une âme de 0,36 m. de hauteur et 0,01 m.d'épaisseur,raidiesur les bords par quatre cornières — rj-^*
Ils étaient formés par deux morceaux symétriques assemblés par trois éclisses placées de chaque côté de l'âme et sous la semelle inférieure (flg. 297 et 298). Ces cintres étaient espacés de 1,00 m. d'axe en axe et réunis entre eux à la hauteur de chaque vérin par six entretoises (fig. 299). Ces entretoises, en fer à I, reposaient sur descornières 55x55x7 attachées aux cintres auxquels elles étaient fixées par deux boulons de 18 mm. Les cintres, au nombre de 30, ainsi entretoisés, formaient une carcasse solide capable de recevoir la poussée des vérins.
Ces derniers étaient primitivement alimentés par deux pompes à bras placées de chaque côté du plancher de travail. On reconnut
bien vite que ces pompes étaient trop lentes et absolument insnf-
fîsantes. On ne put faire monter la pression au-dessus de 50 kg,
correspondant à un effort de 22,6 t. par vérin, soit k as efTort
total de de 135,6 t.; et cela an
f prix de très grandes fatigues pour
" les ouvriers. On établit sur le (fllé
gauche du bouclier (fig. 290^,
quatre pompes acUonuées par
une dynamo de 220 volts 20 amp.
La transmission se faisait par eo-
ûr- 70-se grenages avec pignons en cuir el
les pompes, attaquées par dî!
excentriques , fonclionnaienl li-
ternativement. Chacune de ces
Fig. 208. — Coupe d'un cinlre ,„ „„„, ,. ■ ,
sur i-assembiage. pompes (fig. 300) avait un piston
de 40 mm. de diamètre el une
course de 0,10 m. Elles puisaient l'eau dans une bâche, placée
de l'autre côté de la plate-forme de travail (fig. 290), et la refott-
Fig. 290. — Eiilretoises niunissaiil les cintras.
laient à une pression pouvant atteindre 200 kg. dans les vérins, par une tuyauterie en cuivre de 14 mm. d'épaisseur. Cette tuyautene était double, de façon à pouvoir faire l'admission dans les ie^a
sens, et chaque vérin était muni d*un robinet permettant de l'isoler.
On installa enfin, pour activer Tévacuation des déblais et éviter un jet de pelle sur la plate-forme de travail un transporteur représenté sur les figures 289 et 290. Ce transporteur se composait
2HES
ni
-. r 2.awM utih-