‹ De l'emploi du bouclier dans la construction des souterrainsChapitre 28 sur 63 · JO · texte numérisé non relu

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Fig. 300. — Pompe de compression.

d'une courroie en coton, mise en mouvement par une dynamo de 220 volts, 15 à 20 amp. Les déblais, jetés par les ouvriers occupés à l'avancement sur le transporteur, étaient versés directement en arrière du bouclier dans les wagons destinés à les emporter à la décharge.

Fonctionnement de l'appareil. — Le déblai était fait à Tabri de Tavant-bec jusqu'à l'arête de la trousse coupante et dressé sui-

vaDt un talus aussi raide que le permettait la nature du terrais. Quand il était bon, on déblayait devant le plaucher sur une longueur de i,00 m. correspondant à une course en laissant un talus du 1/4. Lorsqu'il ne pouvait se tenir avec une pareille inclinabon, on fractionnait la course. Il fallait en même temps procéder à une opération délicate, l'exécution, en face de chacun des longerons, d'un four pour placer la semelle et les rouleaux sur lesquels devait s'avancer le bouclier (fig. 289). Les semelles reposaient généralement sur un cours de planches de sapin, qui répartissaieni la pression sur le sol et servaient ultérieurement de points d'appui aux cintres et à la maçonnerie. Sur deux points, on trouva un

Fig. 301. — Exécution deï

sable argileux mouillé dans lequel on dut battre de petits pieux pour soutenir ces semelles.

Le bouclier se trouvant dans la position de la figure 289, on mettait en mouvement les pompes et on introduisait l'eau sous pression dans les vérins. Les tiges de ces derniers prenaient point d'appui sur les cintres. Ces derniers, entretoisés les uns aux autres au nombre de 30, formaient, tant par leur poids que par le serrage du terrain, une masse suffisamment résistante pour supporter l'effort des vérins. On n'a eu que rarement besoin de placer à l'arrière des contrefiches de butée. Le bouclier avançait sur les rouleaux, présentés successivement sous les sabots en fonte. Le couteau pénétrait dans le sol qui était ainsi désagrégé et, sauf de rares exceptions, tombait naturellement sans le secours des ouvriers.

Quand la course était finie, il n'y avait plus qu'à abattre le massif central.

A rarriëre, la poutre mobile qui, au début, s'était serrée contre le blindage par sa large semelle supérieure, a servi pendant toute la course à soutenir la queue du bouclier, qui se dégageait en glissant sur le blindage et la poutre. Quand la course était finie, on introduisait Teau par Tautre extrémité des vérins dont les tiges revenaient en arrière en entraînant la poutre mobile. La queue du bouclier se trouvait ainsi entièrement libre et prête à abriter une nouvelle longueur de blindage.

On montait alors un cintre en en réglant la hauteur au moyen de pièces de bois et de coins représentés figure 301, on le reliait au cintre précédent à Taide des entretoises. Le blindage se composait de couchis de 0,08x0,16 de 1,00 m. de longueur, appliqués exactement contre la queue et portant sur de faux chapeaux audessus de chaque cintre. Sur le cintre primitivement placé, l'intervalle entre le cintre et le faux chapeau, correspondant à l'épaisseur de la maçonnerie à exécuter ultérieurement, était rempli par de gros coins qui reportaient sur le cintre la pression des terres sur le blindage. Au-dessus du nouveau cintre, le faux chapeau était d'abord placé sur la couronne en fer plat, attachée à la poutre mobile, dont la distance était telle que Ton pouvait entrer librement les couchis. On plaçait ensuite, entre le cintre et le faux chapeau, des butons qui passaient par les entailles demi-circulaires ménagées dans la plaque et on les serrait, de manière à soulever le faux chapeau et à appliquer le blindage contre la queue du bouclier; la poutre mobile devenait ainsi libre pour la course suivante. Il restait à prendre une dernière précaution. Quand la queue du bouclier avançait, elle laissait un vide de 0,03 m. On essaya d'y obvier en serrant ce blindage contre le terrain à l'aide des coins, placés entre les cintres et les faux chapeaux. Pendant toute la durée de l'avancement, des hommes étaient occupés à frapper sur ces coins.

Exécution des maçonneries. — Lorsque ce blindage était établi, le rôle du bouclier était terminé et on disposait d'une fouille boisée, prête à recevoir la maçonnerie.

La maçonnerie se faisait environ 10 à 20 m. en arrière. Oo commençait par exécuter des murettes sur la hauteur du ealsge des cintres, puis on montait la voûte. A cet effets on enleyaituD à un les couchis du blindage, en déplaçant les coins et les butoDs. et on les reposait sur les cintres, comme l'indique la figure 301.

Cette opération était longue et délicate; dans les sables, il arrivait souvent qu'au moment de Fenlèvement du couchis, il se produisait des poches et même de véritables fontis venant jasqu au pavage. On était, par suite, obligé de laisser beaucoup de bois, sans cependant pouvoir éviter les tassements de la chaussée. Aussi l'entrepreneur se décida-t-il, en montant le blindage, à placer derrière les couchis des feuilles de tôle mince d'un 1/2 mm. d'épaisseur. Ces feuilles, quand on enlevait les couchis de blindage, étaient évidemment trop faibles pour supporter la poussée des terres, mais elles empêchaient le sable de couler et firent cesser complètement les excavations. Au début, quelques-unes de ces feuilles furent entraînées pendant l'avancement du bouclier; aussi prit-on soin de les replier sur le bord, de manière à ce qu'elles fussent prises entre les extrémités des couchis. Avec cette précaution, les entraînements devinrent extrêmement rares. On employa 1 261 feuilles de 100 X 100x0,0005 et 13 546 feuilles de 0,80x1,05x0,0005; ces dernières plus larges permetlaienl d'exécuter le rebord dont il vient d'être parlé.

L'exécution de la partie basse, tant comme déblai que comme maçonnerie, s'est faite par les méthodes anciennes, et il n'y a pas lieu d'en parler ici.

Organisation générale du chantier. — Les déblais, jetés sur le transporteur, tombaient dans des wagons amenés immédiatement derrière le bouclier. Ces wagons, formés en train, élaiem emmenés directement à la décharge par deux locomotives a vapeur jusque dans une île submersible de la Seine, un peu en aval du pont de Glichy. L'entrepreneur avait obtenu du propriétaire l'autorisation de déposer 60 000 m' dans cette île, de manière à la relever au-dessus du niveau des crues. Il avait, à cet effet» percé, entre l'extrémité aval du collecteur et la berge, une galerie de service boisée, et jeté une passerelle en bois sur la Seioe.

L'exécution de celte galerie, de 3,50 m. de hauteur sur 3,00 m. de largeur, fut achevée sans incident, quoiqu'en certains points il ne reste que 0,15 m. entre la chaussée et les planches de blindage.

Les matériaux nécessaires pour la confection des maçonneries, sable, meulière, ciment, etc., amenés par bateau jusqu'à une estacade de débarquement, établie un peu en amont du pont, étaient déchargés à l'aide d'un transporteur Temperley, qui les transbordait directement sur wagonnets sans aucune reprise. De là, ils pouvaient être dirigés immédiatement sur le lieu d'emploi ou mis en dépôt dans un terrain occupé par l'entreprise. Dans ce même terrain se trouvaient les ateliers et magasins de l'entreprise, ainsi que l'usine productrice d'électricité. Cette usine, d'une force de 50 chev., comprenait deux dynamos, une Gramme et une Edison, débitant chacune 80 amp. avec une tension de 220 volts, actionnées par deux locomobiles, une Weyher et Richmond de 25 à 30 chev. et une Rouffet de 15 à 20 chev.

La dynamo Gramme fournissait le courant : 1^ au transporteur Temperley, qui absorbait par intermittences 50 à 60 amp. ; 2^ à une pompe élévatoire pour le service des ateliers nécessitant à intervalles éloignés 15 à 20 amp. ; 3^ au malaxeur servant à la fabrication du mortier dont la consommation moyenne était de 15 à 20 amp. ; 4^ à deux séries de 4 lampes à arc pour l'éclairage du chantier demandant ensemble 36 amp. La marche de ces divers appareils était réglée de manière à ne pas excéder le débit normal de la dynamo.

La dynamo Edison était spécialement affectée au service du souterrain, au moyen d'une ligne composée de deux fils nus de 0,012 m . montés sur isolateurs. Les appareils branchés sur ces lignes étaient : 1^ la dynamo de 5 chevaux actionnant les pompes du bouclier avec un courant de 15 à 20 amp. ; 2"" la dynamo du transporteur de même force ; 3"" l'éclairage au moyen d'une cinquantaine de lampes à incandescence exigeant ensemble 15 amp.; 4"" une dynamo de 10 chev., 34 amp. actionnant un ventilateur Farcot, pouvant débiter, à la vitesse de 1 500 tours à la minute, 20 000 m^ d'air frais pris au dehors. Le débit de tous ces appareils, surtout en tenant compte des pertes de ligne dans un milieu humide, est supérieur à celui de la dynamo génératrice. Mais,

quand le bouclier était en marche, le transporteur était au repos et on pouvait au besoin arrêter le ventilateur.

Marche du travail. — Travaux préliminaires, — L'entrepreneur, qui n'avait qu'un très court délai d'exécution, profita, de ce qua l'extrémité aval, la couche de terre au-dessus de la voûte était plus épaisse, pour commencer le travail sur bois pendant que l'on construisait le bouclier. Il exécuta ainsi, du 10 août au 2 décembre 189S, 453 m. de voûte, soit un peu moins de 3,00 m. par jour.

Pour arriver à cet avancement, il fallut employer 3 équipes de huit heures et obtenir des ouvriers par des primes un travail exagéré.

Pendant ce travail sur bois, on observa deux tassements successifs de la chaussée, l'un au moment de l'abatage et Tautre au décintrement. Le tassement total était au minimum de 6,06 m., et rien ne prouve, en raison de la grande quantité de bois abandonné, derrière les maçonneries, que ces tassements ne continueront pas. Il a été en efTet abandonné sur ce parcours 15 733 m. linéaires de planches en sapin de 0,041 m. et 4 964 m. linéaires de bastaings de 0,08 m. X 0,16 m., soit en moyenne 46 m. linéaires de planches ou un 1/2 m^ de bois par mètre courant.

Pendant l'exécution avec le bouclier, on dut laisser encore de^ planches, tant qu'on n'eut pas recours aux feuilles de tôle, mais, après cette amélioration, la perte fut insignifiante. On abandonna en moyenne 0,054 m' par mètre courant. Encore cette perte eslelle due, non pas au bouclier, mais à l'exécution des maçonneries.

Mise en place du bouclier. — Pour construire et mettre en place le bouclier sans interrompre ni gêner la circulation, on profita d'un carrefour. On y fît une fouille boisée parallèle au boulevard National, que l'on descendit jusqu'au niveau des naissances et dans laquelle on construisit le bouclier. Le montage fait par la maison Auge fut commencé le 21 novembre et terminé le 8 décembre.

Pendant ce temps, on avait ouvert latéralement sous la chaussée du boulevard une galerie boisée à l'emplacement du collecteur.

COLLECTEUR DE CLICIIY EXTBA MOROS 323 dans laquelle le bouclier pouvait être mis en ;^^, ^ c/,^/,^ place en le ripant parallèlement. Cette opération fut faite de nuit de une heure à sept \ heures du matin pendant l'arrêt des tram- \ ways, le 10 et le 11 décembre ; et le 12, on \ pouvait faire les essais de mise en marche. (

Période de mise en train. — Pendant les ^.«^f.,

trois premiers mois le travail fut très irrégulîer, il fallut arrêter à diverses reprises pour moditier l'appareil et faire l'apprentissage des ouvriers. On dut remplacer successivement les vérins qui se brisèrent tous. Du 19 au 26 décembre, on changea, comme il a été ex- ^ ""'^

pliqué, les poutres transversales, qui gênaient '^' 2,^a^^

l'évacuation des déblais. Du 31 décembre au |« 21 janvier, on allongea l'avant-bec et on rem- l 3«^^.

plaça les pompes k bras par les compresseurs ? -^-^ "•/ mus électriquement. Enfin du 15 au 23 mars, ~ on installa le transporteur. ë ""

Néanmoins l'avancement moyen fut de 1 2,S0 m. pendant ces cent deux jours de titon- | °"^ ^^^

nement et, si l'on déduit les arrêts dus à la ^uw. transformation de l'outil, de 3,90 m., c'est-àdire bien supérieur à l'avancement avec la " "^ fouille boisée. *""«

Travail normal. — Pendant la période de 3^:^^, travail normal, qui s'étendit du 23 mars au 30 octobre 1896, le bouclier parcourut en deux cent vingt et un jours 997 m. avec un ■K—.-h.

avancement moyen de 4,51 m. Mais pour faire une comparaison complète avec les travaux ■=-"-'">' •■•'■-•»«

antérieurs où le travail s'effectuait sans aucun " s^pu^j

arrêt, il faudrait déduire trente-huit jours d arrêts dus au payes, à des inondations à la suite d'orages, etc., toutes causes indépendantes du travail, de sorte que l'avancement moyen, par 24 heures, ressort à 3,45 m.

L'avancement moyen par mois est indiqué sur le proCI (fig. 302).

L'avancement atteignit plusieurs fois 9,10 m. daos unejonmée de vingt-quatre heures.

Principaux incidents. — A deux reprises, on traversa ies sables argileux mous, et, en raison de la faible surface d'appui in

Fig. 303. — Vue du bouclier après rachi'Tement du traiail.

longerons, il fallut battre des pieux sous les semelles et oa oe put éviter un enfoncement d'environ 0,1S m. du bouclier.

L'avancement fut arrêté plusieurs fois, ou tout au moins retardé par de gros blocs de grès noyés dans les sables, de vieilles maçonneries, d'anciens égouts, etc. Comme le couteau était constamment enfoncé dans le sol, on ne voyait pas toujours les obstacles et, si les ouvriers n'observaient pas avec soin le manomètre, q"' les avertissait d'une résistance anormale, le couteau était fausse; la réparation en était d'ailleurs facile.

On rencontra, sur SO m. environ, un banc de pouddingue très dur qui ralentit la marche ; parfois on eut aflaire à des sables

secs, fins et coulants et, en raison de la grande hauteur du front d'attaque, il se produisit quelques glissements, qui déterminèrent des tassements de la chaussée. Le moindre vide, laissé sur le flanc, causait le long de la surface lisse de Tenveloppe un tassement qui venait au jour. Néanmoins, même dans ces passages difficiles, jamais la circulation ni le passage des tramways ne fut arrêté.

Il est certain qu'avec un terrain aussi ébouleux, il aurait fallu fractionner en deux étages le front de taille, et peut-être mettre des cloisons verticales qui auraient été bien moins encombrantes que les poutres elliptiques.

Eiat du bouclier, — A la fin de ce long parcours de 1 255 m., le bouclier était encore en bon état ; la figure 303 le représente tel qu'il était, après Tachèvement du travail et Fenlèvement du transporteur. On aperçoit à droite les pompes et à gauche le réservoir d'eau.

La poutre mobile était seul disloquée ; mais elle ne servait ni à soutenir la queue du bouclier, ni à reporter lefTort sur les cintres ; il eût mieux valu, pour ces derniers, que les tiges des vérins fussent munies de larges patins. Son seul usage était de soutenir le faux chapeau pendant l'exécution du blindage, et il eût été facile d'imaginer un autre dispositif.

Tassements. — En dehors des incidents dont il a été parlé, il y a eu un tassement normal de 0,06 m. comme pour l'exécution de la voûte sur bois; à savoir 0,03 m. au moment de l'échappement de la queue du bouclier, et un autre analogue au tassement des cintres pendant l'exécution de la maçonnerie.

A la fin, les tassements s'aggravèrent par suile du mauvais état des cintres ; ils s'étaient déformés sous la poussée des vérins, appliquée seulement, sur le diamètre de leurs tiges, au lieu d'être largement répartie ; les trous de boulons des éclisses s'étaient ovalisés et avaient pris du jeu ; mais ces défauts auraient pu être facilement corrigés.

Enfin, on l'a vu, dans les terrains ébouleux, les petites excavations laissées sur les flancs du bouclier étaient masquées par les

plaques de tôle du blindage, et il était impossible de les bourrer. L'exécution tardive de la maçonnerie n'a pas permis de recourir à l'injection qui eût obvié complètement à cet inconvénient inévitable.

On a eu l'occasion ultérieurement pendant l'exécution de la partie basse, dans une partie de voûte, qui avait tassé à la suite d'une forte crue de la Seine d'essayer l'injection, et on a reconnu qu'en employant du mortier de Portland les moindres cavités étaient bouchées. On est d'autant plus certain que, si Ton avait pu l'employer pendant toute la durée du travail, on eût supprimé tout tassement, que jamais, en marche normale, on n'a constaté de mouvements dans la chaussée qu'à une distance de 5 à 10 m. en arrière du bouclier.

Conclusions. — En résumé, le travail du collecteur Glichy extra muros marque la transition entre l'emploi du bouclier avec le revêtement métallique et son application à la construction d'une voûte en maçonnerie. Il a permis de constater que l'emploi d'un blindage intermédiaire était une dépense inutile et empêchait de procéder à l'injection, qui, seule, eût évité tout tassement.

Il a établi, par contre, la possibilité d'exécuter, rapidement et sans accident, un ouvrage important sous une voie publique, à une faible profondeur, sans gêner la circulation, à condition, bien entendu, de prendre les précautions nécessaires pour protéger les conduites ou les galeries voisines qui sont soumises à une forte pression, au moment du passage du bouclier.

A ce titre, il est d'une haute importance, et on ne saurait s'attarder à des critiques de détail.

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