CHAPITRE XIII
Exposé. — Ce travail est la suite du précédent et comprend la construction du collecteur à Tintérieur de Paris, entre les fortifications et la place de la Trinité.
D*apres les sondages on savait que le souterrain serait ouvert dans les marnes de Saint-Ouen, les sables de Beauchamp et le calcaire grossier et que la traversée des sables s'étendrait sur environ la moitié du parcours. L'expérience des travaux du collecteur d'Asnières avait montré que ces sables étaient noyés dans une nappe d'eau et ne pouvaient être attaqués qu'après un assèchement préalable. Pour éviter des épuisements onéreux et tout encombrement de la voie publique, les ingénieurs de l'Assainissement imposèrent aux entrepreneurs de ne faire qu'une seule attaque près des fortifications et de s'en servir pour faire passer tous les déblais et tous les matériaux.
En raison de la grande profondeur à laquelle devait se trouver l'ouvrage, il ne parut pas nécessaire de procéder, comme pour la partie extra muros, à un concours sur les procédés d'exécution et on se borna à n'admettre à l'adjudication que des entrepreneurs ayant une grande expérience des souterrains. Quoique le prix de 1130 fr. par mètre, fixé par le bordereau fût peu élevé et laissât à la charge de l'entrepreneur tous les travaux d'assèchement et l'amenée des eaux à un puisard unique à l'entrée du souterrain, quoique l'on imposât à l'adjudicataire l'obligation d'exécuter les 2500 m. de souterrain dans le délai très court de deux ans, MM. FougeroUe frères furent déclarés adjudicataires avec le rabais
énorme de 31,90 p. 100, ce qui ramenait le prix du mètre coarant à 769,55 fr. L'écart avec leurs concurrents était considérable.
Ces entrepreneurs s'empressèrent de faire connaître qu'ils n'avaient fait ce rabais que parce qu'ils espéraient obtenir une exécution à la fois rapide et économique par une nouvelle application de la méthode du bouclier.
Le bouclier (fig. 304 et 305). — Le bouclier de M. Chagnaod
Fig. 304. — Coupe longitudinale du bouclier.
était une forme de transition avec laquelle on avait conservé Texécution de la voûte avant celle de la partie basse, à l'abri d'un boisage. M. Fougerolle, un an seulement après, s'est affranchi résolument de ces dernières sujétions et a fait construire un boucher permettant d'exécuter la fouille sur toute la section et de monter la maçonnerie à l'abri même du bouclier sans rinlermédiaire d'aucun boisage.
L'enveloppe se compose de tôles d'acier de 14 mm. d'épaisseur
complètemeDt lisses à l'extérieur et doublées à l'intérieur sur tous les joints par de larges plats de mftme épaisseur. Dans la partie centrale, sur 3,65 m, de longueur, cette enveloppe épouse lafonne elliptique de l'ouvrage ; elle a 5,92 m. de hauteur et 7,27S m. de largeur. Dans l'avant-bec, cette enveloppe se prolonge an sommet sur 1,35 m. de longueur, est découpée en visière sur 2,79 m. de hauteur et 0,77 m. de longueur et se raccorde par une partie hori-
Flg. 305. — Vue srriAre du boadier.
zontale de 0,58 m. de longueur avec le reste de l'enveloppe, tandis que la partie inférieure est totalement supprimée. Dans la queue, sur une longueur de 2,275 m. l'enveloppe n'existe que sur la même hauteur de 2,79 m., est coupée par des plans verticaux et horizontaux et manque dans la partie inférieure.
Comme dans le bouclier précédent, l'enveloppe est soutenue, dans la partie centrale, par deux grandes poutres elliptiques formées d'une âme en tdle de 10 mm. d'épaisseur et de 4 cornières 80 X
80 X 10. Ces poutres ont 1,02 m. de hauteur sur Taxe vertical et 1,22 m. sur le diamètre horizontal. Elles sont réunies entre elles par 12 couples d'entretoises longitudinales de même hauteur formées d'une âme de 10 mm. d'épaisseur et assemblées aveclenveloppe et avec les poutres par des cornières 80 X 80 X 10. Eolre chacun de ces couples d'entre toises, la poutre-arrière est percée d'un trou pour le passage des vérins, au nombre de 12. Pour compenser TafTaiblissement qui en résulte, cette poutre est renforcée, dans les autres intervalles, par des fourrures de 10 mm. d'épaisseur.
Les entretoises ne sont pas également espacées ni posées exactement suivant des plans diamétraux mais groupées, de manière à rapprocher les vérins par couples de 3 des extrémités des diamètres horizontaux et verticaux. En fait, on n'a placé que les 6 vériDs correspondant au diamètre vertical et un à chaque extrémité da diamètre horizontal, soit 8 en tout. Les 4 autres vérins et les 4 couples d'entre troises correspondants n'ont pas été montés ;o& s'est contenté de remplacer les entretoises manquantes par des bois, comme l'indique la figure 303.
Les deux grandes poutres ne sont espacées que de 1,82 m. d'axe en axe, et par suite, l'enveloppe elliptique s'étend à 0,65 m. à l'arrière et à 1,20 m. à l'avant.
Dans l'avant-bec, la partie de l'enveloppe en saillie formant trousse coupante est renforcée par de forts goussets, faisant suite aux entretoises et de même construction. Dans la partie basse se terminant par un plan vertical, ces goussets, au nombre de sis, correspondant aux six entretoises posées, se composaient d'une âme triangulaire, en tôle de 10 mm. d'épaisseur, réunie à l'enveloppe et à la poutre d'avant par des cornières 80 X 80 X '0» ^^ bordée, suivant son arête sur chaque face par des cornières plus faibles. Deux des goussets, correspondant aux entretoises qui encadrent les vérins placés sur le diamètre horizontal, sont construils de même. Dans la partie supérieure formant visière, et dont la saillie maxima sur la poutre avant est de 2,55 m. les goussets sont au nombre de huit. Les deux plus bas et les quatre placés symétriquement par rapport à l'axe vertical offrent, sur une longueur de 0,90 m., une partie rectangulaire qui n'est que le prolonge-
ment des enlretoises et sont construits avec des matériaux de mêmes dimensions. Au delà et rattachée à elle par quatre cornières 80 X 80 X 10 placées sur chaque face par deux dos à dos se trouve une partie triangulaire analogue à celle du bas. Seulement Textrémité en est coupée à 0,30 m. du couteau par un plan vertical et sur la cornière du bord à une distance de 0,10 m. de Tenveloppe est rivée un fer U. On peut ainsi engager entre Tenveloppe et ce fer des palplanches pour allonger la visière, quand la nature du terrain l'exige. Les deux goussets, qui encadrent le vérin du milieu diffèrent légèrement des précédents. Pour les facilités du service ils sont triangulaires.
La queue du bouclier est soutenue par des goussets en même nombre et de même construction qu*à Tavant-bec. Dans la partie en saillie au-dessus des naissances, ces goussets triangulaires s'arrêtaient primitivement à 1,15 m. de Tarête. Mais quoique Tenveloppe fût, dans toute Tétendue de la partie nue, composée d'une façon continue de 2 iôles de 14 mm. d'épaisseur, on s'aperçut qu'au sommet elle avait une tendance à fléchir et on a prolongé les deux goussets du sommet jusqu'à 0,50 m. de Tarête.
La hauteur du bouclier est divisée, dans chacune des trois parties, par des planchers placés à des hauteurs différentes. Dans Tavantbec, les planchers, au nombre de deux, partagent la chambre de travail en trois étages sensiblement de même hauteur. Les planchers, formés de madriers reposent sur des fers boulonnés au bouclier. Ils sont en retraite de 0,70 m. l'un par rapport à l'autre. Dans le corps, et sur 1,20 m. au delà de la grande poutre d'arrière, se trouve un plancher solidement construit et destiné à porter les dynamos et les pompes d'alimentation des vérins. L'encombrement causé par les grandes poutres et les entretoises a obligé à baisser ce planchera 0,55 m. en contre-bas du plancher supérieur de l'avant-bec, de sorte qu'il ne se trouve qu'à une faible hauteur au-dessus du diamètre horizontal. Dans la queue, il n'existe qu'un plancher unique, destiné aux maçons occupés à la construction de la voûte; il s'étend à 2 m. au delà de la poutre d'arrière et est porté par deux poutres en fers à T boulonnées à l'enveloppe. Il est placé à une hauteur suffisante pour permettre aux ouvriers de travailler aisément jusqu'au sommet de la voûte.
On peut voir déjà que les grandes poutres elliptiques ne laissent que des passages assez étroits pour communiquer d'un plancher à un autre.
Les cintres. — Les cintres (fig. 306) servent tout à. la fois de
Fig. 306. — Deuils des cintres.
points d'appui pour tes vérins et de supports pour l'exécution de la voûte. Ils sont formés de quatre pièces et ont une àme de 6 mm. d'épaisseur et 0,3S3 m. de hauteur, bordée par 4 cornières 62 X 62 X 6. Les deux morceaux inférieurs s'élèvent un peu audessus des naissances et s'assemblent aux deux morceaux supérieurs par 4 boulons de 18 mm. Pour permettre le décintrement.
COLLECTEUB DE CLICHY INTRA UUROS 333
OD intercale entre les abouts formés d'une tôle de 10 mm. des coins de 0,24 m. de largeur.
Les joints des deux morceaux intérieurs ou supérieurs se font au moyen d'éclisses de 10 mm. d'épaisseur et de boulons ; on place une éclisse sur chaque face et une sur la semelle inférieure. En face du point d'appui de chaque vérin l'âme des cintres est renforcée des deux côtés par un gousset de 6 mm. d'épaisseur percé de i trous pour le passage des boulons d'assemblage des entre toises.
Ces entretoises travaillant à la compression, on a substitué avec raison aux fers à T, employés hors Paris, des pièces de fonte. Ces entretoises (Og. 3U6 et 307] se composent d'un cylindre creux de 0,12 m. de diamètre extérieur et 0,06 m.
de diamètre intérieur et se terminent par des embases carrées de 0,05 m. d'épaisseur percées de 4 Irous pour les boulons d'assemblage.
Elles ont une longueur de 0,56 m. correspondant à un p^ 3^,
écartement des cintres de Coupe longitudinale des cintres.
Pour éviter que ces cintres ne reculent sous la poussée des vérins, on a eu recours à des ancrages (fig. 308). Une lame en fer plat de 10 mm. d'épaisseur est scellée dans la maçonnerie et reliée à une entretoise par un collier et des boulons de 20 mm. Ces ancrages sont placés tous les quatre cintres ; mais ils ne sont mis en service et les boulons serrés à fond qu'un peu en arrière.
dans la partie où les mortiers ont fait une prise suffisante. Grâce aux entretoises et à ces ancrages, les 30 cintres en service formeDt une masse capable de résister à la poussée des vérins.
Pour l'exécution de la voûte, les cintres reçoivent, au lieu de couchis, des panneaux en planches de 25 mm. assemblés sur deux fers U, 50 X 23 X 6, et recouverts d'une tôle mince {fig. 309.
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