‹ De l'emploi du bouclier dans la construction des souterrainsChapitre 31 sur 63 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Il sera parlé dans ce chapitre d'un certain nombre de travaux où il a été fait emploi, soit du bouclier, soit de Tenveloppe en fonte, et sur lesquels on ne possède que peu de renseignements ou des indications partielles. L'énumération en est certainement encore très incomplète, mais ceux qui seraient omis sont d'une importance secondaire.

Anvers. — Il a été déjà dit que le premier so.uterrain, exécuté à Tair comprimé, avait été fait à Anvers en 1879 par l'entrepreneur français M. Hersent.

Ce souterrain avait pour but de mettre en communication, avec les machines d'épuisement, les puisards d'un certain nombre de formes de radoub. Il devait être ouvert, à 5,50 m. en contre-bas du niveau de Teau, dans une couche de sable vert sans consistance. Il eût été très coûteux et encore plus dangereux de procéder par épuisements, ce qui aurait inévitablement causé des alTouillements et compromis la solidité des constructions voisines.

Le travail comprenait la construction d'un puits, en maçonnerie de 3,70 m. de diamètre extérieur et 2,50 m. de diamètre intérieur. Il fut foncé, mi-partie à l'air libre et mi-partie à Tair comprimé jusqu'à 12,25 m. de profondeur; après quoi le fond fut maçonné. La partie supérieure du puits fut recouverte d'un plateau métallique et munie d'une écluse pour la sortie des déblais et le passage des pièces de fonte de revêtement du souterrain. Pendant le fonçage, on avait traversé 3,50 m. de remblai, 2,50 m. de terre végétale, 2,75 m. de sable argileux verdàtre coquiller et enfin 3,50 m. de

3S0 EUPLOI DU BOUCLIER

sable verdàtre très fin sans consistance. L'orifice pour le dé{>art it la galerie avait été préparé dans l'enveloppe en tôle du puits, et c'est sur cet orifice que sont venus se boulonner les annesox eu fonte du blindage de la galerie (fig. 317).

Pig. 317. — Coupe du puiW al de la giderie.

La galerie était en ligne droite sur 58 m., en courbe sur 16 m. et se raccordait avec le puisard des pompes par une ligne droite de 16 m. Sa forme était à peu près ovale ; elle était

318. — Coopes Iransïersale ot longitudinale du reïétemenl en fonte.

composée (fig. 318) d'anneaux en fonte de 0,50 m. de longueur, en quatre pièces, munies de nervures et assemblées avec des boulons. Les joints étaient rendus étanches par l'insertion d'une corde goudronnée, comprimée par le serrage des boulons.

Les plaques occupaient extérieurement 1,75 m. de hauteur et 1,50 m. de largeur et laissaient un espace libre de 1,50 m. sur 1,20 m.

Le déblai à ravancemeat a été fait par tranches de 1 m. de longueur à partir du dernier anneau posé ; on donnait à la fouille sur tout son pourtour 0,20 m. en plus de la dimension des anneaux, pour pouvoir les poser aisément. Aussitôt qu'un anneau était mis en place, on le bourrait tout autour avec du sable et on mettait un peu d'argile à la partie supérieure, pour empêcher lair de s'échapper. Après le démontage de Técluse, on constata que la galerie était parfaitement étanche.

Ce travail a été payé à forfait 75 000 fr. ; si Ton cumule les 12,25 m. de puits et les 90 m. de galerie, on trouve un prix moyen de 733 fr.

L'exécution de ce souterrain ne parait pas avoir donné lieu à de grandes difficultés, à en juger par la façon dontla fouille était conduite. Il n'en a pas moins le mérite d'être la première application

Fi^. 319. — Coupes transversale et longitudinale pour Texécution des déblais.

aux souterrains de l'air comprimé et de l'enveloppe en fonte et d'être peut-être le seul exemple d'une enveloppe en fonte non circulaire. C'est à ce titre qu'il est cité, alors qu'il ne sera pas parlé de bien des souterrains exécutés sous l'eau à l'air comprimé.

Glasgoi^. — Il a été construit également sous les rues de Glasgow deux petits souterrains dont l'un de 4 pieds (1 ,22 m.) de diamètre à l'air comprimé, avec revêtement métallique sans bouclier. Ce souterrain a été construit dans le sable mouillé, le gravier et le ballast, et l'avancement était de 1 1/2 yard par jour (1,37 m.).

Le procédé d'avancement ressemble beaucoup à celui en usage avec les boucliers Greathead. On avait l'habitude de faire la fouille en avant du revêtement pour 2 anneaux, soit 3 pieds (0,91 m.)

On employait pour supporter le toit pendant la pose des anneaux onze planches de blindage aa (fig. 320) maintenues en avant par les boisages bb et reposant en arrière sur les anneaux terminer Ces planches allaient en montant de 3 pouces (0,076 m.) sur leur longueur, de manière à permettre la pose du blindage pour les anneaux suivants. Pour effectuer la pose des anneaux 25 et 26 par exemple, le mineur enlevait un des étançons b sous une planche \t couronne a, et faisait une fouille en avant sur la longueur d'une planche a-, et la butait avec Tétançon^* (fig. 319). Il continuait de même en s'élargissant de chaque côté jusqu'à ce que toutes b planches a^ fussent posées et butées sur des étançons 6^ Avant de poser chaque planche on avait bien soin de la recouvrir d'uoe

Fig. 320.

Coupes transversale, longitudinale et horizontale pour la pose des anneaux.

couche d'argile bien malaxée. Ce travail occupait deux mineurs qui travaillaient alternativement dans cet espace étroit. Les étançons//' étaient alors maintenus par une couche c (fig. 320), soutenue par deux étais rf, butés contre les nervures du dernier anneau posé. On plaçait ensuite une couche c, à un peu plus de 3 pieds (0,91 m. du dernier anneau, de manière à laisser la place pour deux anneaux de 18 pouces (0,46 m.), puis une série de palplanches g"^ que ion enfonçait progressivement en suivant la fouille. Petit à petit o^ enlevait le déblai et on mettait la fouille à fond sur la moitié de la longueur. C'est à ce moment que Ton éprouvait de grandes diffi'

cultes ; si la pression venait à baisser, on était obligé de régler la fouille dans l'eau. Il fallait trois heures pour mener la fouille & ce point. Mais dès que le premier segment en fonte du bas était placé,

le danger étaitbien moindre et le travail devenait plus facile. Avant de pouvoir placer le second segment de fond, il fallait enlever les étais provisoires/. On les remplaçait par une pièce debout et un étai h %ik (fig. 319). D'ailleurs aussitôt que le second segment était placé, la coucbe c était calée contre le revêtement. On procédait enOn à l'injection de ciment par la méthode habituelle. Toutes les planches de blindage étaient perdues, mais le reste du boisage resservait indéfiniment.

Les anneaux en fonte se composaient de cinq segments et d'une clef; l'épaisseur du métal était de 3/4 de pouce (0,019 m.) et les nervures avaient une profondeur de 3 pouces 3/4 (0,095 m.)

Fig. 323. — Coupes traniversale et longitudinale du revêtement métallique.

Ce travail est très intéressant ; car il constitue la meilleure cri- Uque de l'emploi d'une galerie et d'un blindage en avant du bouclier qui a été relevée à diverses reprises & propos des travaux du

Zik EMPLOI DU BOUCLIER

City and South London, de Glasgow et du Waterloo aod Cily. Il

est inutile d'y insister ; les faits parlent d'eux-mêmes.

Blackton. — Le service des eaux de Stockton et Middtesbrough a feit construire, en 1889, un souterrain de 142 yards (129,S5 m.

de longueur et 13 pieds 6 pouces [4, il m.) de diamètre inténear. On traversa un terrain de schiste et il n'y eut pas besoin de recourir à l'air comprimé.

Le revêtement en fonte se composait d'anneaux de 21 ponce! (0,S3 m.) de largeur posés à l'abri d'un bouclier analogue à celm du chemin de fer électrique du City and South London. L'entrepreneur, M. Sewell, qui avait travaillé à ce dernier, introduisit ici on

léger perfectionnement. Pour éviter l'usure Jes cuirs des pompes de compression, due aux corps étrangers de toule nature qui tombaient dans les réseivoirs, montés sur le bouclier, il Ht fermer ces réservoirs par des couvercles et les munitde tubes de niveau d*eau, comme pour une chaudière, afin que l'on pût se rendre compte s'ils étaient pleins.

Fil,'. 321. — Vue de l'arriire du bouclier.

Kingston. — Il s'agit d'un petit ouvrage sous la Tamise exécuté pour recevoir deux conduites de 42 pouces (1,07 m.) de la distribution d'eau de Soulhwark et Vauxhall, en 1891, à Kingston, à l'amont de Londres, près de Ricbmond.

Ce souterrain a 8 pieds 4 pouces (2,54 m.) de diamètre intérieur et 540 pieds (164,39 m.) de longueur (fig. 321).

Le revêtement en fonte (fig. 322) se compose d'anoeaux de 1 pied 6 pouces (0,457 m.) de longueur, formés de 6 segments et d'une clef. Les segments ont une épaisseur de 7/8 pouce (0,022 m.) et sont munis de nervures de 1 1/4 pouce (0,032 m. d'épaisseur et 4 pouces (0,10 m.) de hauteur, ce qui porte le diamètre extérieur à 9 pieds. Les trous de boulons, au nombre de i» sur les joints verticaux pour les segments et de 1 pour la clef, soit 37 en tout et les trous de boulons pour les joints horizontaux au nombre de deux, avaient été ovalisés pour faciliter Tassemblage, ils avaient 1 pouce 1/2 (0,038 m.) sur 1 pouce 1/4 (0,032 m. et recevaient des boulons de 1 pouce (0,025 m.) de diamètre. Tous les joints étaient rabotés. Le revêtement pesait 2 t., 2 cwl, 37 livres par yard (2 352 kg. par mètre courant).

Le souterrain a été percé à sec dans Targile de Londres, sans air comprimé, au moyen d'un bouclier du type Greathead (fig. 323 et 324).

Le prix de revient de ce souterrain peut se décomposer comme suit :

Fouille, pose des segments, injections. . 12 1. 10 s. par yard, ou 348,32 fr. par mèlre

Fourniture de fonte pour les segments et ' boulons 9 1. 15 s. 6 d. — ou 267,23 —

Droit de brevet pour le bouclier, 200 1. ou . 11. 2 s. 3 d. — ou 30,38 -

Total ... 24 1. 3 s. 9 d. par yard, ou 645,93 fr. par mètre

Brooklyn. — Les Américains, on l'a vu, n'ont jamais été trop chauds partisans de l'emploi du bouclier. Us reprochent à ce procédé d'exiger une grosse mise de fonds et une machinerie considérable. En outre, soit que les boucliers construits en Amérique, comme ceux de Beach, fussent d'une construction imparfaite, soit que l'on n'apportât pas à leur conduite tout le soin désirable, on avait grand'peine à les maintenir en direction, et c'est [Dème le plus gros reproche qu'on leur ait fait.

Ainsi à Brooklyn, on en avait construit un pour la construction d'un égout sous Knickerbocker Avenue, dans un sable fin. On essaya d'abord de forcer le bouclier dans le terrain, dans l'espoir qu'il serait découpé par le couteau et que le sable coulerait par les

portes ; mais comme le sable est incompressible on ne put y réussir, et il fallut fouiller en avant de la cloison. C'était là une opération dangereuse, car le couteau était disposé, comme dans tous les boucliers anglais et américains dans un plan vertical. On dut y renoncer et finalement abandonner le bouclier derrière les maçonneries.

Cet échec établit nettement la supériorité du type à visière en terrain sec, qui a si bien réussi aux travaux du collecteur de Clichy, dans un terrain certainement très analogue à celui où le bouclier de Brooklyn a échoué.

Edimbourg. — A Edimbourg, une levée connue sous le nom de Mound, sert à franchir un ravin et à réunir la vieille et la nouvelle ville. Les voies d'accès à la gare du North British Railway passent sous cette levée. En 1893, cette compagnie dut pour les besoins d'exploitation augmenter le nombre de ces voies et résolut de franchir le Mound par deux nouveaux souterrains à voie unique.

Comme d'importants monuments publics s'appuient sur cette levée et qu'elle est entièrement faite de remblais, on lui imposa l'exécution à Tair comprimé dans le but d'éviter des tassements.

Ces deux souterrains ont 16 pieds 4 pouces (4,98 m.) de diamètre intérieur et 230 yards (228,60 m.) de longueur. On y a employé un revêtement en fonte.

Les anneaux ont 1 pied 6 pouces (0,457 m.) de longueur et se composent de 14 segments de 4 pieds 4 pouces 15/16 (1,34 m.) de développement circonférentiel et d'une clef de 9 pouces (0,23 m.). La fonte a 1 pouce 3/4 (0,044 m.) d'épaisseur, et chaque segment est muni de nervures de 7 pouces (0,18 m.) de profondeur et 1 pouce 3/8 (0,036 m.) d'épaisseur, ce qui porte le diamètre extérieur à 17 pieds 6 pouces (5,33 m.). Les nervures sont, en outre, munies de renforcements de 1 pouce 5/8 d'épaisseur (0,041 m.). Tous les joints sont rabotés et l'assemblage fait avec des boulons de 1 pouce 3/8 (0,036 m.) de diamètre.

Ce travail a été terminé avec succès en 1894.

Melbourne. — Le souterrain de Melbourne est tristement célèbre par le grave accident qui se produisit en avril 1895.

Les eaux d'égout de la ville de Melbourne et de ses faubourgs devaient être refoulées sur des champs d'irrigation. Il fallait pour cela construire un souterrain sous la rivière Yarra dont le fond se compose de sable, d*argile et de tourbe. Le diamètre avait été Gxé à 11 pieds (3,35 m.), et on avait placé le dessus de la galerie à environ 25 pieds (7,62 m.) au-dessous du niveau des hautes eaux, de manière à réserver un minimum de 11 pieds (3,35 m.) déterre entre la galerie et le fond du lit.

Le souterrain fut attaqué en parlant d*un puits de 61 pieds (18,59 m.) de profondeur et s'exécuta sans difficultés sur environ 300 pieds (91,44 m.). A ce moment on rencontra un terrain mou et friable. On employa une enveloppe métallique en fonte du type ordinaire, mais revêtue intérieurement d'un blocage en bélon e( d*un enduit de ciment qui réduisaient le diamètre intérieur libre à 9 pieds (2,74 m.) La fouille était faite avec un bouclier du type dit type Grealhead, analogue au bouclier du City and South Loddon Railway. Chaque course était de 2 pieds 9 pouces (0,83 m. correspondant sans doute à la largeur de deux anneaux. Ce bouclier était mû par des vérins hydrauliques et avait une ouverture centrale rectangulaire de 6 pieds (1,83 m.) de hauteur et 4 pieds (1,22 m.) de largeur. Quand on eut atteint le mauvais terrain el résolu de recourir à Tair comprimé, on installa deux compresseurs au sommet du puits qui pouvaient fournir de Tair comprimé BOUS une pression 14 à 13 livres (0,984 kg. à 1,054 kg.) bien supérieure à la pression hydrostatique. Au moment de laccident, la galerie avait une longueur de 132 pieds (40,23 m.) au delà de récluse. Le front de taille présentait en bas du sable argileux, au milieu une couche de sable, el, en haut un sol argileux. Le revêtement en bélon était exécuté jusqu'à Técluse, mais dans la chambre à air, les anneaux de fonte élaient seuls posés.

L'écluse se composait de deux murs de briques de 5 pieds 6 pouces (1,68 m.) d*épaisseur, laissant entre eux un espace libre de 12 pieds (3^66 m.) ; ils limitaient une chambre à air qui était voûtée en briques. On accédait à ce sas par des portes de 4 pieds 6 pouces (1,37 m.) de hauteur placées au niveau du sol; ces portes étaient en fonte et munies dans leur partie haute d*ua regard en verre.

L'après-midi du 2 avril 1893, il y avait 6 ouvriers à Tavancement. Une autre équipe venait de faire entrer dans Técluse un truck chargé de segments en fonte ; la porte d'entrée était fermée et le robinet ouvert pour mettre Técluse à la pression de 15 livres (i,03 kg.) de la chambre à air, ce qui pouvait demander deux à trois minutes. Tout à coup, un homme apparut dans la galerie devant la porte de Técluse et essaya de l'ouvrir ; mais elle était maintenue par l'excès de pression de Tair dans la galerie. Immédiatement après apparut l'ingénieur M. Buchanan qui fit avec sa lumière des signaux pour inviter les ouvriers à se hâter d'ouvrir la porte. Mais au même moment la galerie retombait dans l'obscurité et on vit monter l'eau au-dessus de la fenêtre. Les hommes de l'écluse s'empressèrent de retourner au puits pour avertir de ce qui se passait.

On espéra pendant quelque temps qu'il était resté assez d'air dans la galerie pour que les hommes pussent respirer ; mais quand on vit, le lendemain matin samedi, l'air s'échapper dans la rivière, on crut devoir renoncer à cette chance de salut. L'entrepreneur M. Robb et un frère de M. Buchanan descendirent et constatèrent qu'il sortait à travers le mur de l'écluse un filet d'eau de 3 pouces (0,076 m.). Ils pénétrèrent dans l'écluse et essayèrent le robinet qui ouvrait la communication avec la galerie et se trouvait en haut de l'écluse ; ce robinet donna de l'eau et on en conclut qu'il n'y avait plus aucun espoir de sauver les hommes.

On fit alors descendre un plongeur pour explorer le fond du lit de la rivière. Il reconnut qu'il existait un trou de 10 pieds (3,05 m.) de diamètre et 9 pieds (2,74 m.) de profondeur avec environ

2 pieds (0,61 m.) de boue au fond, au-dessus du bouclier; dans ce trou on sentait très bien l'air s'échapper. Sur les flancs de cette excavation, l'argile était dure et en surplomb. Le plongeur redescendit, après avoir rendu compte de la situation, avec une bâche, qu'il devait placer au-dessus du trou. Mais l'échappement de l'air l'empêcha d'y réussir et on dut insérer dans la bâche un tuyau de

3 pouces (0,076 m.) de diamètre qui descendait jusqu'au bouclier et permettait à l'air de s'échapper. Après que le plongeur eut placé dans ce tuyau un fil à plomb destiné à servir de repère à la surface de l'eau, on lui descendit des bateaux des sacs d'argile

qu'il plaça au-dessus de Texcavation. On y fil enlrer cinq cents sacs d*argile, au-dessus desquels on coula deux charges de bateau, d'argile pure.

Quand ce travail fut terminé, on retourna à Técluse et od reconnut qu'il ne venait plus d'eau par le robinet, mais rien que de l'air : ce qui prouvait que sous la pression de Tair^ Teau avait baissé. Néanmoins, personne ne voulut pénétrer dans la galerie et on se contenta d'y envoyer de l'air jusqu'au lundi soir, soixantedouze heures après Taccident. On essaya alors d'extraire Teau par le tuyau de vidange ; elle s'échappa avec violence, les hommes en eurent bientôt au-dessus du genou et la poussée de l'eau était si forte qu'on ne put refermer le robinet. Les ouvriers se décidèrent à entrer dans Técluse et, après l'avoir mise en pression, ils pénétrèrent dans la galerie ; ils commencèrent par tamponner de l'intérieur le tuyau de sortie de l'eau, puis ils cherchèrent et trouvèrent les corps des victimes. Cinq étaient sur le dos l'un à côté de l'autre près de la porte, et l'autre était à quelque distance. Il ny avait pas trace de blessure et tous semblaient dormir. Quoique l'accident fût arrivé le vendredi à 1 heures du soir, la montre de M. Buchanan était arrêtée à 2 heures. On constata que l'arête du couteau du bouclier était à 2 pieds 9 pouces (0,83 m.) du front de taille, c'est-à-dire que la fouille était terminée et que Ton était prêt à avancer le bouclier. La plupart des boisages provisoires de la fouille étaient en place et on pouvait constater que la communication avec la rivière s'était faite dans le banc de sable à hauteur de l'axe. Gomme on avait rencontré dans ces sables des blocs de pouddingue, quelques jours avant, on supposa que c'est en voulant enlever un de ces blocs que l'on avait déterminé l'accident. Pour être complet, il convient d'ajouter que le 21 mars un navire à vapeur, passant à marée basse au-dessus du bout de la galerie, avait touché S fois le fond de la rivière et avait dû avec sa quille tracer des sillons de 2 à 3 pieds (0,61 m. à 0,91 m.) de profondeur. On crut même retrouver la trace d'un de ces sillons, à côté de l'excavation.

Quelles sont les leçons à tirer de cette triste expérience ? Sans entrer dans les polémiques qui suivirent l'accident, on peut dégager quelques points essentiels.

On s'est tout d^abord étonné que Tair ait pu s'échapper de la partie de la galerie située au-dessus de la porte du bouclier qui, on s*en souvient, n'avait que 6 pieds (1,83 m.) de hauteur; ce qui, en la supposant au milieu, devait constituer dans la galerie une cloche de 2 pieds 1/2 (0,76 m.) dont Tair ne pouvait s'échapper. Car, ajoutait-on, puisque les compresseurs avaient suffi à alimenter la chambre à air jusqu'à ce moment, puisqu'il ne s'était produit aucun désordre et aucune fuite nouvelle dans la galerie mais uniquement au centre du front de taille, il devait être facile de maintenir la pression dans cette cloche. On a avancé que les compresseurs avaient été arrêtés quand on avait constaté que le robinet, situé au sommet du sas à air, donnait de l'eau et qu'il n'en sortait plus d'air. Enfin, comme par suite du peu de hauteur de ce sas, ce robinet ne pouvait se trouver qu'en contre-bas de la hauteur de 2 pieds 1/2 (0,76 m.) où l'air devait être cantonné, on en a conclu que cet arrêt avait été une grosse faute. On s'est même appuyé sur ce que la montre de Tingénieur Buchanan était arrêtée à 2 heures, c'est-à-dire sept heures après l'accident, pour en conclure que les victimes avaient pu survivre assez longtemps. Peut-être celte dernière conclusion est-elle peu sûre, car la montre a pu marcher jusqu'au complet déroulement du ressort, si elle était bien étanche. Tous ces regrets sont superflus ; en réalité, la faute est d'avoir

employé un type de bouclier dangereux, muni d'une porte que l'on ne pouvait fermer, sans divisions à l'avancement pour briser

l'efl^ort de l'eau et permettre de clore plus aisément des ouvertures

moins larges. Celte défectuosité a été signalée maintes fois au

cours de cet ouvrage, et les faits sont malheureusement trop

frappants pour qu'il soit utile d'y insister.

Ce n'est pas tout : avec un terrain aussi perfide on aurait dû

employer, soit le système du sas de sécurité, ou tout au moins, un

écran, comme au souterrain de Blackwall.

C'est certainement l'emploi irraisonné d'un type de bouclier,

créé pour une tout autre nature de terrain et Tabsence de toute

mesure de précaution auxquels il faut attribuer l'accident ; et c'est

en cela qu'il doit servir de leçon.

Emmersberg. — En exécutant un souterrain en Suisse, aux

abords de la ville de SchafTouse en 1894, daas des terrains de sable et d'eau, on se vit obligé, à la suite de graves éboulemeate, d'employer l'air comprimé et de construire une petite galerie avec revêtement métallique et à l'aide d'un bouclier.

;. 325. —Coupe» lonjçiiudinale ei

- Plan du Imuclier.

Les installations furent faites sur les conseils de M. le professeor Conrad Zschokke. La figure 325 représente le revêtement métïllique de cette petite galerie et le bouclier rudimentaire qui yfnl employé. Il n'y a de ce petit travail à retenir que deux choses. En premier lieu, la partie vraiment utile de l'avant-bec du bouclierea terrain ébouleux, c'est le toit, ce qui justifie bien la forme en

Fig. 3!9. — ProÛl ei

visière. En second lieu, on constata que, dans un terrain de sable, il était très difficile de maintenir la pression et absolument iDdispensable de garnir d'argile tous les joints et toutes les parli« découvertes.

Berlin. — Il a été exécuté, & Berlin, par une société de chemiBi de fer souterrains une galerie d'essai sous la Sprée. Cette s»i^^^

qui devait faire partie d*une ligne reliant Treptow à Stralau a été poussée en 1895-1896 sur 160 m.

Ce souterrain devait avoir 453 m. et franchir la Sprée dont la largeur à cet endroit est d'environ 200 m. Son radier était prévu à 10,70 m. au-dessous du niveau de Teau, de manière qu'au point le plus profond de la rivière, où il existe une hauteur d'eau de 3,30 m., le souterrain supposé de 4,00 m. de diamètre fût encore protégé par une couche de terre de 3,40 m. La portion construite se trouve dans la rampe d'accès de 1/20 et s'étend sur 35 m. sou& le lit de la rivière.

Fig. 327. — Coupes transversale et longitudinale du revêtement.

Les figures 326 et 327 donnent les dimensions et dispositions, de ce souterrain. Le revêtement métallique circulaire se compose d'anneaux de 0,65 m. de largeur, entre lesquels sont boulonnés, comme dans le pilote de M. Andersen, sous la rivière de THudson, des plaques de renforcement de 15 mm. d'épaisseur. Chaque anneau comprend 9 segments de 10 mm. d'épaisseur avec nervure» de 0,10 m. de hauteur et de même épaisseur; la clef est de dimension très réduite et d'une forme un peu spéciale. Le diamètre intérieur libre est de 3,80 m. Les plaques de renforcement, placées, dans les joints verticaux entre les anneaux, font saillie de 50 mm.

à l'extérieur, mais à rintérieur soot eo retrait de ^5 mm. snrlu nervures des segments. La saillie a pour but de préparer des chambres isolées à l'arrière du bouclier pour l'iDJection du morliei; le petit retrait devait servir comme d'habitude à cimeaterlesjoiDis à l'intérieur. Il existait naturellement dans les segments des trom préparés pour l'injection.

Tout ce revêtement était en fer au lieu de fonte. Ou estimait que l'on obtiendrait ainsi, avec la faible épaisseur donnée au méUl. une grande résistance avec ud poids bien moindre, à coudilion. bien entendu, de le protéger pai' un enduit de ciment contre lac-

Fig. 328. Fig. 32B.

Premier tjpe. — Coupes longitudinale et traiisTCïSide.

tion de la rouille. Le poids par mètre courant était seulement Je 4 800 kg. environ, chiffre évidemment très faible pour le diamètre-

On appliqua, pour raidir ce revêlement, le principe très hcurew. et dont il a été déjà parlé, de croiser les joints homonlaux.

On construisit tout d'abord une fosse maçonnée de 19 ta. de longueur sur la rive au fond de laquelle on monta quelques anneaux, bien butés contre les parois, ainsi que le bouclier. O"^" ce montage fut terminé, on installa à l'intérieur une cloiaou et des sas à air pour mettre le souterrain en communication avec la surface, et, au-dessus du bouclier et des anneaux, on remplit la fos» de sable. On put alors envoyer de l'air comprimé dans ia chambre

OUVRAGES DIVEBS

de travail el attaquer le souterrain en perçant la paroi de la fosse. Le bouclier était d'un type particulier inventé par M. Mackensen,

Fis:. 330. — Coup* IraniTeraale. Fig. 331. — Vue en bout.

ingénieur allemand. Les premiers brevets de l'inventeur comportaient 3 types de bouclier.

Le premier représenté par les figures 328 et 329 parait direc-

Fig. 332. — Deuiiùcne tvpe. — Coupe loiigitudiiiale.

tement inspiré par le taret de Brunel avec l'addition de l'emploi de l'air comprimé.

Le bouclier est monté sur un axe W. 11 se compose d'une enveloppe générale, m r, qui peut progresser sous l'action des

vérins hydrauliques h. Ces derniers prennent point d'appui sut ]e revêtement par l'intermédiaire d'un plateau g, étanche, de sorte que le souterrain lui-même n'a pas besoin d'être maioteou en pression. Les trousses coupantes, p, sont réunies à la partie vitnl r, du bouclier par un plateau k, de manière à corriger le mouvement de rotation qui se produit si souvent dans les boucliers. En outre, des presses spéciales, 2, servent à avancer les trousses conpantes à l'intérieur du bouclier, de manière à elTectuer le déblii. qui est d'ailleurs évacué automatiquement sous l'action de la pression par le tuyau, e. Un dernier plateau, q, fixé sur l'arbre, W. sert à maintenir la pression au front de taille, quand on ealèrelt

Fig. 333. — Vue en boul. Fj«. 334. — Coupe iraniTerî..le.

plateau, g, pourplacerun anneau de revêtement avant de reprendre l'avancement.

On espérait ainsi, en réglant la position de l'arbre W, obtenir une direction parfaite, et on comptait beaucoup sur l'exéculion mécanique de la fouille.

Dans son second appareil (fig. 330, 331, 332), M. MackeD»^ remplaçait les trousses coupantes rectilignes, par des trousses cylindriques en forme de socs de charrues, G, à l'intérieur desquelles se meuvent des vis p pour débiter et évacuer le déblai. U fallait par suite ajouter une troisième série de presses hydraul'' ques, y, pour mouvoir ces vis et des moteurs électriques, a, peif les faire tourner.

Lederniermo(lèle(rig.333, 33i, 335) ne diffère du pré- ; cèdent que parce que l'on a donné au bouclier la forme en visière du talus naturel des terres et diminué le nombre des vis, de manière à permettre le dégagement des blocs que l'on pourrait rencontrer.

Le bouclier employé à ^

Berlin était de ce type avec 1

cette modification que le pla- .^

teau g tut supprimé; l'em- %

ploi d'un sas à air dans la |

galerie le rendait tout à fait 5

inutile. Il ne parait pas non '

plus que l'on ait conservé ^

l'arbre W dont le rôle est - - g

bien théorique. is

Quels furent les avantages H

et les inconvénients de ce '

système nouveau , qui ne %

diffère en résumé des bou- â>

cliers parisiens que par l'emploi d'un revëlement métallique en fer et par un procédé de fouille mécanique?

1° Le revêtement paraît s'être bien comporté au point de vue de l'étanchéilé et de la résistance aux pressions. Maison peut sedemander, en raison de sa faible épaisseur, quelle sera sa

durée et s'il n'eût pas été prudent de donner au revèlement intérieur en maçonnerie une épaisseur suffisante pour résister par lui-

même. En ce cas, il constituerait une grosse dépense peut-être inutile.

2"^ Le procédé mécanique de fouille derrière les cloisons a donné de médiocres résultats. La terre s'éboulait, sous l'action des outils. indéfiniment dans les parties tendres, et il se produisait des vides qui entraînaient des tassements à la surface. Un mur d essai. chargé de sable, construit au-dessus de la galerie, s*est enfoncé et lézardé. Ce résultat, d'ailleurs facile à prévoir, a dû être aggravé par la saillie à l'extérieur des plaques de renforcement des joints verticaux. Elle avait pour effet d'augmenter de 50 mm. le vide produit par le jeu du revêtement dans le bouclier et renveloppede ce dernier, et, bien que Ton fit des injections de mortier, ce vide, qui pouvait atteindre 0,08 m., constituait un véritable danger.

S"" Les presses eurent à développer un effort total de 900 L. notamment quand on n'en employait qu'un certain nombre pour rectifier la direction. On n'a d'ailleurs pas eu de courbes à franchir.

i"" L'avancement fut au début de 0,70 m. à 1,00 m. par jour et s'éleva à 1,70 m. et même à 2,00 m. Il est assez faible pour la section et dans un terrain aussi facile, composé uniquement de sable avec quelques racines d'arbre.

En résumé, le procédé Mackensen parait inférieur à tous points de vue à celui employé à Paris aux travaux du collecteur de Clicby.

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