‹ De l'emploi du bouclier dans la construction des souterrainsChapitre 32 sur 63 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Exposé. — Un premier enseignement ressort d'une manière frappante de Tétude qui vient d'être faite des divers travaux exécutés en France et à l'étranger par la méthode du bouclier. Le bouclier n'est pas un outil universel et ses dispositions doivent varier suivant la nature des terrains, dans lesquels il doit travailler.

Le bouclier du souterrain de la Tour, du Cily and South London, etc., celui que Ton a appelé bouclier Greathead, avec ses formes ramassées, avec sa large ouverture ménagée dans la cloison, le couteau dans un plan vertical, convient admirablement aux terrains fermes comme largile de Londres, qu'il y a simplement lieu de maintenir et de soustraire à Taclion de Tair.

Dans les terrains mous, qui coulent et ne peuvent se tenir sous aucun talus, le couteau peut encore être conservé dans un plan vertical, mais en plaçant, presque immédiatement derrière lui, une cloison munie d'ouvertures petites et nombreuses, par où s'écoule naturellement la masse fluide du terrain, et en avant de laquelle il n'ait jamais pénétré, comme à la rivière Saint-Clair, à rfludson, à Liverpool, au Blackwall.

Si, au contraire, il s'agit de terrains ébouleux, soit naturellement secs, soit asséchés à Tair comprimé, qui prennent un talus bien déterminé, il faut éloigner la cloison du couteau, ou même la supprimer, de manière à avoir la place de travailler au front de taille et souvent même donner au couteau la forme en visière correspondant au talus naturel des terres, comme il a été fait aux travaux du collecteur de Clichy.

Ces trois grandes catégories, si nettes qu'elles apparaissent, comportent dans la pratique beaucoup de nuances et de formes intermédiaires et le talent du constructeur consiste précisément à bien

déterminer la forme qu'il convient d'adopter dans chaque cas. L'examen qui va être fait des divers organes du bouclier, portera tout particulièrement sur les différences caractéristiques, correspondant à chacune des trois grandes divisions indiquées.

Enveloppe. — Dans tous les cas il faut que l'enveloppe métallique soit absolument lisse et par suite assemblée avec des rlTeis à tête fraisée et qu'elle affecte une forme cylindrique et non celle d'un cône. Cette conicité diminuerait, il est vrai, le frotlemenl, mais, en ouvrant la fouille trop large, elle permettrait des tassements à l'arrière. L'enveloppe enfin doit être aussi mince que possible pour réduire le vide laissé autour du revêtement lors de l'avancement, tout en ayant une rigidité suffisante pour ne pas se déformer sous la pression des terres, notamment dans la queue où la place est laissée entièrement libre pour la construction du revêlement sans qu'il soit possible d'introduire aucun support de renforcemeDt.

On s'accorde pour faire cette enveloppe en tôle d'acier et généralement on la forme d'au moins deux épaisseurs, de manière à pouvoir recouper les joints et éviter l'emploi de couvre-joinls donl la saillie serait aussi gênante à Textérieur qu'à l'intérieur. Iln'\ a que de rares exceptions à cette règle.

Les épaisseurs des enveloppes des divers boucliers décnls cidessus, sont réunies dans le tableau ci-après :

Jusqu'à 4,00 m. de diamètre, l'épaisseur totale moyenne est Je 0,02 m. Au delà, il paraît y avoir quelques hésitations; cependant en laissant de côté le bouclier de Glasgow, qui paraît faible, en tenant compte qu'à la rivière Saint-Clair, l'enveloppe était renforcée par des cornières ou des couvre-joints, en se souvenant enfin qu'au collecteur de Clichy l'enveloppe s'est déformée à diverses reprises, on peut dire approximativement qu'à l'épaisseur mmima de 0,02 m. il faut ajouter 0,01 m. par mètre de diamètre en plus de 4 m. Cette épaisseur dépend cependant de Tentretoisement intérieur destiné à raidir l'enveloppe et peut varier suivant la force de ce dernier.

Couteau. — Greathead a, dès l'exécution du souterrain de la Tour de Londres, senti la nécessité de renforcer la partie de Tenve-

loppe formant couteau par une pièce massive, taillée en biseau et jouant le rôle des douves de Brunel. Il a placé, à Tintérieur de l'enveloppe, un lourd anneau en fonte. Un peu plus tard, il a formé Tarète de pièces en acier vissées sur Tanneau en fonte et faisant saillie au delà de Tenveloppe, qui n'avait par suite plus à découper le terrain. Dans sa pensée primitive, ces pièces devaient même pouvoir être ajustées, de manière à faire varier la dimension de la fouille, notamment au passage dans les courbes ; mais cette dernière disposition, théorique et dangereuse, n'a pas été conservée.

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