DU CHLORAL, DU CHLOROFORME ET DE L’OPIUM
L’éther et le chloroforme ont été les prédécesseurs du chloral. A l'hexre actuelle encore, le chloral occupe une place fort modeste à côté de ce dernier agent. Mais nous espérons que bientôt, en obstétrique, deux médicaments seuls tiendront le haut bout : le chloral et l’ergot de seigle.
Comparons en effet le chloroforme et le chloral. Chacun paraît avoir des indications spéciales suivant les diverses formes de douleur. Le chloroforme convient mieux dans une opération chi- Turgicale où la douleur est violente, mais de courte durée, car il procure une anesthésie prompte et profonde. Mais on a tout avantage à employer le chloral quand il s’agit de lutter contre uue douleur prolongée, car on peut multiplier des doses élevées de ce médicament, on peut les répéter pendant longtemps, sans que l'on ait à redouter les effets toxiques auxquels peut donner lien une action prolongée du chloroforme. Sans doute on a essayé de détruire cette mauvaise renommée du chloroforme. On a tenté de prouver par des stastistiques que le nombre de morts par le chloroforme élait relativement infime; mais il suffit qu’un accident funeste puisse être redouté pour faire préférer à cette anesthésique ua médicament d’une innocuité absolue. D'ailleurs les cas de mort subite après quelques inhalations de chloroforme ne sont pas aussi rares qu'on a bien voulu le dire. Et ce n’est pas sans raison que M. Sédillot a dit: «Toutes les fois qu’on a re-
cours au chloroforme, la question de vie ou de mort se trouve
posée ». Dans l’emploi du chloroforme, nous pouvons noter trois choses. La première période d’excitation est génante et ne sert à rien ; la deuxième période d’anesthésie est la seule utile, mais clle a ce grand défaut d’être suivie de la période de coma,
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qui peut arriver brusquement après quelques inhalations et qui le plus souvent est mortelle. Aussi M. Pajot a-t-il pu dire : « Provoquer l’anesthésie chloroformique, c’est provoquer le danger». Au contraire, tous les accoucheurs s’accordent à reconnaître que le chloral n’amène jamais d’accident, et l’on a pu voir Verneuil donner en vingt jours 200 gram. de chloral, et l’un des professeurs de notre École donner jusqu’à 16 gram. de ce médicament en un jour.
Le chloral, à nos yeux, a un autre avantage : il peut se doser parfaitement. Le médecin tient dans ses mains une arme dont il connaît la valeur et la portée. De plus, il ne produit pas de période d’excitation. Enfia il agit à la fin comme anesthésique et comme hypnotique.
Cette qualité d’hypnot'que nous amène à comparer cette fois le chloral à l’opium. Dans quelques cas, on a essayé de remplacer l’un par l’autre. Mais Demarquay, résumant l’opinion de tous les observateurs, a reconnu que le chloral était le plus prompt des hypnotiques. L’opium fait souvent vomir, ôte l’appétit, échauffe, excite la transpiration, fait dormir lentement et lourdement. Quelquefois même, le sommeil ne vient pas et le malade se trouve plongé dans des rêvasseries pénibles ou disposé aux hallucinations par congestion du cerveau. Le réveil est pénible ets’accompagne de malaise, somnolence, lourdeur de tête.
Avec le chloral au contraire, le sommeil est rapide et léger : point de vomissements ni de céphalalgie, point d’action fâächeuse sur le tube digestif. Le réveil est naturel, et si l’action du médicament se fait encore sentir, s’il y a un léger trouble de l’idéation, les idées sont gaies; le malade semble être dans un état d'ivresse légère. À haute dose, le chloral produit l’algidité, au contraire de l’opium, qui provoque la chaleur et la diaphorèse. De plus, on s’accoutime très facilement à l’opium. Il faut alors augmenter les doses, et l’on arrive à des effets d'empoisonnements, tandis que l’on n’acquiert pas l’accoutumance du chloral.