‹ De l'emploi du Persulfate de Soude dans le Traitement du TétanosChapitre 17 sur 21 · DA · texte numérisé non relu

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- Nous conseillons le repos complet dans une chambre obscure et continuons 6 grammes de chloral.

4 octobre. Notre confrère et ami, le docteur Lyonnet, venu en consultation examiner le malade, confirme notre diagnostic. Du reste, dans la nuit le malade avait eu brusquement des contractures généralisées à intervalles irréguliers, contractures suivies de transpirations très abondantes.

La contracture au moment de l'examen est généralisée, le malade ne pouvant pas fléchir les membres inférieurs qui, au contact du doigt, sont pris de trépidation épileptoïde impossible à arrêter.

La mâchoire, la face, la nuque, les muscles du tronc, les masses sacro-lombaires, les muscles de l’abdomen sont contracturés. Le corps, complètement raide, est en orthotonos.

Le pouls est irrégulier, un peu petit ; la température est normale. On ne note pas de douleur dans la plaie.

Comme traitement : injection de sérum antitétanique 10 cent. cubes ; chloral en lavement, 6 grammes en vingtquatre heures ; lavement d’eau salée matin et soir.

La journée est mauvaise ; le malade, très agité, prend des crises de contracture fréquemment, crises suivies d’une transpiration très abondante. Urines rares ne renfermant pas d’albumine ; le soir, la température monte à 38°5.

5 octobre. Nuit agitée, crises plus fréquentes que la veille : trismus plus accentué. Le malade peut à peine parler. Il prend une crise violente au moment de notre approche, avec difficulté de la respiration.

Le facies est mauvais, les traits sont tirés, les yeux sont moins vifs. Injection de morphine, lavement salé et lavement de chloral, 3 gr., calment un peu la malade ; mais, cependant, il a des crises de contracture assez fréquentes et

s’alimente très difficilement. Le soir, les crises de contracture en orthotonos reparaissent. Le pouls irrégulier bat à 104 ; il est impossible de prendre la température du malade, car le moindre contact provoque des crises violentes ; respiration rapide. Deuxième injection de sérum antitétanique de 10 cc.

6 octobre. La nuit est mauvaise ; le malade a des crises très rapprochées ; le pouls irrégulier bat à 109. Le malade délire : une injection de 2 centigr. de morphine et un lavement de 5 grammes de chloral ne calment pas le malade qui, à 8 heures du matin, est dans le même état. Le facies est mauvais, d’une coloration subictérique, les yeux expriment l’angoisse. Pendant la journée, la déglutition difficile empêche le malade de s’alimenter. La contracture de tout le corps, sauf des membres supérieurs, rend tout mouvement impossible.

Le malade est gêné par le poids de ses couvertures ; le pouls très irrégulier bat à 112 ; la respiration est rapide, la parole très difficile. C’est alors que connaissant les expériences de MM. Lumière et Chevrotier sur les injections hypodermiques de persulfate de soude dans le tétanos expérimental, nous avons injecté dans la cuisse 10 cent. cubes d’une solution de persulfate de soude à 5 °/,. L'injectiou, douloureuse, provoque une crise violente.

7 octobre. La nuit est meilleure. Les crises moins violentes et moins fréquentes permettent au malade de dormir un peu.

Le malade, calme, ne prend pas ses crises à notre approche. La parole est difficile ; les muscles du thorax, de l’abdomen, de la nuque et des membres inférieurs sont toujours contracturés : le trismus est aussi accentué. Le pouls irrégulier bat à 84.

À 9 heures du matin, nouvelle injection de 10 cc. de la

solution de persulfate. La journée est bonne : on ne note que deux crises insignifiantes : la parole est plus facile, le trismus est le même.

À 5 heures du soir, troisième injection de 20 cc.

8 octobre. La nuit est bonne; pas de crises. Nous trouvons, à 8 heures du matin, le malade avec une physionomie plus calme, plus reposée ; les joues commencent à reprendre leur teint naturel. Le trismus a diminué ; on peut glisser un doigt entre les machoires écartées ; la nuque est moins raide, les muscles du tronc, les masses sacro-lombaires sont bien moins contracturés, et la flexion des membres inférieurs possible, permet au malade de s’asseoir sur son lit un peu péniblement. La trépidation épileptoïde est moins accentuée.

Le pouls plus régulier, bat à 80. Le malade a vu en notre présence des personnes de sa famille sans prendre de crises. Il s’est alimenté facilement dans la journée avec du lait, des potages, des œufs, de la poudre de viande.

Quatrième injection de 10 cc. de persulfate.

Le soir, le malade, agité, délire, il veut se lever. On ne note pas de crises.

La nuit, tantôt le malade parle et gesticule, demande des nouvelles des Boërs, qu’il veut rejoindre, tantôt dort d’un profond sommeil.

9 octobre. À 8 heures du matin, le malade, agité, parle beaucoup à:tort et à travers ; il se plaint de céphalée. On ne note pas de crises, mais la raideur généralisée a reparu, le trismus n'étant pas modifié, et le malade ne pouvant pas s’asseoir sur son lit. Nous prescrivons un bain tiède d’une heure.

Le soir, le malade, plus calme, délire encore ; il est content de sonsort, a confiance en ses entreprises, est enchanté de ce qui lui arrive ; c’est un délire béat, ressemblant à la

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mégalomanie du paralytique général. Le trismus est plus accentué que ce matin ; on note des nausées et deux ou trois petites crises pendant l’examen. Injection de 20 cc. de persulfate de soude.

M. Lyonnet, venu examiner le malade, le trouve beaucoup mieux. Les nausées persistent, et le pouls irrégulier bat à 80.

11 octobre. Nuit assez bonne ; un peu d’agitation, mais pas de délire. Le matin, le malade est raide ; le trismus est accentué et on note des sueurs très pénibles. Cette raideur persiste toute la journée et le malade reprend des crises dans la nuit. La parole est difficile.

12 octobre. Le malade ne peut pas ouvrir la bouche, est dans l'impossibilité de s’asseoir ; tous les muscles sont de nouveau contracturés. Nous notons deux crises en notre présence, et cherchant ce qui a pu faire reparaître les contractures, nous nous apercevons qu’une des loupes opérées par le guérisseur suppure. Pensant à un foyer infectant constamment l’organisme, nous faisons un curetage de cette loupe, suivi d’une cautérisation au thermocautère et d’un pansement à l’eau oxygénée. Le liquide qui s’échappe de la loupe est brunâtre, mélangé à des fongosités.

Après le curetage, nous faisons une injection de 20 cc. de persulfate de soude. Le soir, le malade n’ayant pas eu de contractures dans la journée, nous faisons une nouvelle injection de 20 cc.

13 octobre. Nuit agitée, cauchemars. Pas de contractures. Le matin, on note une diminution sensible de la raideur. Le malade s’assied sur le lit, demande à manger et écarte un peu les mâchoires. Le pouls bat à 80, et il est plus régulier. Le pansement de la loupe laisse échapper un liquide brunâtre. Le malade mange beaucoup dans la journée.

1# octobre. Excellente nuit sous tous les rapports; le

sommeil est régulier, on ne note ni angoisse, ni cauchemars, ni délire. Le trismus a diminué ; un bouchon pénètre presque complètement entre les dents.

La raideur du corps est bien moindre ; les mouvements dans le lit se font presque normalement, la parole est plus aisée. On permet quenelles, poissons.

15 oclobre. Pansement de la loupe avec une mèche. On remet de l’eau oxygénée.

La nuit a été bonne, la bouche s'ouvre de mieux en mieux. Pour éviter de nouvelles contractures dues à la sécrétion de la loupe, nous faisons une nouvelle injection de 10 cc. de persulfate.

18. L'amélioration s’accentue, le malade remue facilement les membres ; il descend de son lit. La marche est difficile, le malade étant très faible. Il a beaucoup d’appétit et dort très bien.

Les réflexes rotuliens sont à peine exagérés.

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