CHAPITRE PREMIER
Considérations étiologiques et pathogéniques.
En France, le tétanos provoque environ les deux millièmes de l’ensemble des décès, c'est donc une affection relativement rare.
Il survient chez l’homme à la suite de la pénétration et du développement, dans l'organisme, du bacille de Nicolaiër. Il existe bien aussi quelques cas où l'infection est due à la toxine tétanique seule qui frappe dans les laboratoires ceux qui la manipulent (cas de M. le Professeur Nicolas), mais, la plupart du temps, l'infection se fait par le bacille.
Très répandu, ce bacille se rencontre dans tous les milieux extérieurs. La terre en renferme presque toujours, mais on le trouve également dans les poussières des habitations, dans celles qui se déposent sur les végétaux, dans les déjections animales (chez le cheval en particulier, Verneuil) et dans les eaux.
HE Oo Vent
La porte d'entrée peut être vaste, fréquemment elle passe inaperçue, tant elle est insignifiante. Le plus souvent, il s’agit d’une plaie extérieure, accidentelle ou opératoire, dont le tétanos des nouveauxnés et le tétanos utérin constituent des variétés un peu spéciales ; dans d’autres cas, on aura affaire à une plaie intérieure, comme dans le tétanos d’origine digestive qu’on a rencontré chez les dysentériques et les typhiques.
Mais la pénétration du bacille tétanique dans une plaie est insuffisante pour produire l'infection et, le plus souvent, la maladie n’éclatera que lorsque viendront s'y ajouter certaines circonstances adjuvantes, réalisées surtout par le traumatisme et les associations microbiennes. Le bacille de Nicolaïer étant anaérobie, la pullulation concomittante de bacilles avides d’oxygène favorisera son développement en soustrayant ce principe nuisible à sa vitalité.
Le bacille reste localisé au point d’inoculation et bien qu’on ait trouvé dans divers organes des spores transportées là par les globules blancs, on admet qu’il ne se généralise pas. Il sécrète au foyer de sa culture un poison très actif, la toxine tétanique, qui se répand dans l'organisme et va se fixer électivement sur les cellules nerveuses qu'elle modifie de manière à provoquer les symptômes faces Eat de la maladie.
Quant au mode d'action de cette substance, il est, à l’heure actuelle, difficile de le définir. Pour certains auteurs, le bacille sécrète bien le poison tétanique ; d’après MM. J. Courmont et Doyon, la sécrétion du
nl —
bacille ne serait qu'un ferment soluble, dénué de toxicité par lui-même, mais capable de déterminer une fermentation de certaines substances de l’organisme d'où résulterait la toxine.
Ce phénomène pourrait expliquer l’incubation qu'on rencontre dans le tétanos, les symptômes de l'affection se montrant assez longtemps après l’intoxication. Une autre hypothèse, non moins plausible, permet de donner l'explication de ce retard dans l'apparition des symptômes. On peut, en effet, au lieu d'admettre une action directe et immédiate de la toxine tétanique sur les centres nerveux, penser que celle-ci agit à la manière du virus rabique, d’abord sur le système nerveux périphérique, et gagne ensuite les centres par une ascension progressive le long des éléments nerveux. L’apparition des contractures, d’abord au pointd’inoculation, indique bien une localisation primitive sur les nerfs périphériques.