‹ De l'emploi méthodique des anesthésiques et principalement du chloroforme à l'aide de l'appareil réglementaire dans le Service de santé de la MarineChapitre 8 sur 16 · FAITS D’ÉTHÉRISATION · texte numérisé non relu

FAITS D’ÉTHÉRISATION

L’inhalation de l’éther fut tentée à Brest à l’aide de divers appareils.

Celui de Charrière d’abord employé, mais sans succès complet, céda promptement la place au sac de M. Jules Roux et surtout à la double vessie que M. Marcellin Duval, alors 2® chirurgien en chef, avait imaginée et qui a spécialement servi dans 18 opérations sur 24.

Il est à remarquer que l’insensibilité paraît avoir été assez lente à obtenir dans les premières expériences, car il fallait de 5 à 13 minutes d’inhalation pour quelle fût complète dans les 7 premières opérations ; il ne fallut pas moins de 22 minutes dans un cas où l’on avait eu recours à l’appareil de Charrière ; encore dut-on suspendre l’éthérisation dans 4 circonstances pour faire respirer largement l’air pur aux opérés.

Dans les 17 dernières opérations au contraire où les appareils Roux et Duval furent exclusivement employés, le premier 5 fois et le dernier 12 fois, l’anesthésie et le relâchement musculaire furent atteints dans une période de temps comprise entre 2 et 6 minutes, en moyenne dans 3 minutes.

Los quanlilés d’éüior consoniinées n’onl pas toujours été indiquées, mais il y a lieu de croire quelles étaient fixées à GO grammes (I) que l’on versait dans le sac , ou dans la vessie inférieure de l’appareil Duval dont le fond plongeait dans l’eau tiède.

Assez souvent l’anesthésie s’est opérée sans période marquée de lutte pendant les premières inspirations ; la toux et l’expectoration ont été notées dans quelques cas et surtout des mouvements convulsifs ou des contractions musculaires, qui, bien que ne paraissant pas perçues par le blessé, ont forcé d’interrompre les inhalations dans? operations.

On a rarement rencontré l’état vullueux ou apoplecliforme de la face; la dilalalion extrême de la pupille n’est signalée qu’une fois.

La période d’état de l’anesthésie n’a été d’ailleurs qu’exceplionnellement troublée, la loquacité, les plaintes et les gestes désordonnés n’ont été nolés que 3 fois.

Le pouls s’est même généralement bien maintenu pendant toute la durée du plus grand nombre des opérations ; une seule fois le sang a paru s’échapper a.vcc une coloration noire de l’artère péronière ouverte dans une amputation.

22 fois sur 24 , la déclaration formelle du malade a servi à constaler que l’insensibilité avait été parfaite jusqu’au moment du pansement définitif.

Les opérés ont accusé trois fois seulement des rêves pendant lesquels l’un croyait lutter contre un ennemi, deux autres ressentir des piqûres ; un seul a été saisi de

(1) Chiffre indiqué dans plusieurs observations.

fréniissemenl ilont il n’avait pas conscience, mais qui était facilement observé par l’opérateur et les assistants.

Les suites de l’élhérisation ont été du reste constamment bénignes et marquées seulement, dans 6 cas par de l'hébélude, des paroles incohérentes, du bavardage, des pleurs ou des gémissements ; dans 4 autres il y avait somnolence, une extrême lenteur du pouls et des sueurs abondantes ; après 3 opérations enfin des nausées et vomissements répétés.

Tel est le résumé des observations du registre de Brest; elles sont évidemment trop peu nombreuses pour qu’on puisse en tirer des conclusions rigoureuses et générales, analogues à celles que nous aurons bientôt à faire ressortir de l’analyse des opérations où le chloroforme a été employé ; mais elles ont cependant leur imporlance dans la considération de la rapidité d’action des vapeurs d’éther sulfurique dirigées vei’s les ouverlures extérieures de la respiration à l’aide des appareils de i\UI. Duval et Roux, et, de plus, en raison de l’innocuité de leur administration.

Quant à l’allention avec laquelle on notait les symptômes particuliers de l’éthérisation, la citation textuelle d’une observation lèvera les moindres doutes.

Observation 23<=.

Michel, Louis-Julien, 49 ans, journalier au port, entré à riiopital le 10 décembre 1847, (salle 5, n° 13), pour luxation de l’épaule droite, est soumis aux inhalations d’éther le même jour à 4 h. 15' du soir dans le but de rendre la réduction des os plus prompte et plus facile.

L’appareil de M. Marcellin Duval est employé: on ne remarque point de dilatation de la pupille ; absence de signes apo-

pleclirormcs ; cependant un peu de vultuosité de la face qui est nalui'cllenient très-colorée ; pas de mouvements convidsifs, pas de lutte pour accomplir la respiration qui est très-facile ; fréquence du pouls.

A 4 h. 21', c’est-à-dire après 6 minutes d’inhalation, (desquelles il faut retrancher une minute pendant laquelle le malade a respiré une assez grande quantité d’air qui pénétrait par la soupape laissée ouverte), l’éthérisation a été complète et l’on a réduit la luxation aisément et d’une manière presque instantanée.

Après avoir retiré l’appareil , le sujet a présenté un peu de loquacité et 5 minutes après, tout était rentré dans l’état normal.

11 est à remarquer que cette luxation datait de 48 heures, et qu’elle avait été l’objet de plusieurs tentatives de réduction infructueuses qui avaient beaucoup exalté la sensibilité des parties.

FAITS DE CHLOROFORMISATION

On remarquera la même précision, la même mélhocle dans les observations relalives à l’emploi du chloroforme.

Elles ont été recueillies, comme les précédentes, d’une manière lout-à-fait indépendante des faits cliniques de l’affection qui avait rendu nécessaire l’intervention du chirurgien 5 elles ont par suite uncaracteie de spécialité qui en augmente considérablement la valeur.

Les exemples qui suivent correspondent aux piincipales catégories d’opérations que nous avons établies en

coimnençanl. el nous les avons Ions réunis pour ne pas scinder les considérations qui se rallachenl à rénumération comme à l’appréciation des symptômes observés dans l’ensemble des faits recueillis.

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