OBSERVATIONS
Nous commencerons notre exposition par une observation relative aux amputations et conservée dans le registre de la salle de clinique chirurgicale de l’hôpital de Toulon.
En voici le texte :
Gaulliier (François), âgé de 23 ans, ouvrier aux constructions navales, atteint de tumeur blanche du genou gauche, est amputé de la cuisse le 16 juin 1854.
Il est à jeun, couché horizontalement sur le lit d’opération, la tète un peu relevée , pouls peu développé , au-dessus de 100 pulsations ; pupilles médiocrement dilatées.
A neuf heures sept minutes, 10 grammes de chloroforme sont versés dans le cornet Reynaud, que l’on approche peu à peu des voies respiratoires et le malade est invité à respirer largement.
Pas de lutte, pas de toux pendant les premières inspirations, pas de période appréciable d’excitation.
Après une minute le malade paraît plongé dans l’insensibilité.
Après deux minutes l’opération est commencée et l’incision des parties molles n’est pas sentie.
Après trois minutes le cornet est retiré et l’opération continue.
Pendant la ligature des artères, l’aide chargé du cornet croit
devoir le i-approclicr de la l)ouclie du blessé qui reprend ainsi du chlorolbmic peiidaiil queb[ues secondes.
Après 15 minuler, le malade se réveille, il recouvre l’usage de ses lacullés : la lace est pAle, couverte de sueur ; les pupilles sont un peu plus dilatées qu’avant l’emploi du clilorot'ormc ; le jiouls, toujours au-delà de 100, est plus plein et plus développé qu’avant l’opération. 11 n’a du reste présenté ni dépression, ni ralentissement pendant tout le temps qu’elle a duré.
Le malade déclare n’avoir pas éprouvé de douleur et n’avoir eu aucune conscience de ce qui se passait autour de lui ; il n’a pas de nausées, pas de céphalalgie ; il accuse de la faiblesse. (Quelques- cuillerées de Malaga sont prescrites.)
Reporté dans son lit, il éprouve des douleurs et des élancements dans le moignon ; les sueurs continuent pendant une partie de la journée. (La température est, du reste, très-élevée.) La pâleur de la hice diminue peu à peu, et tous les eficts du chloroforme s’épuisent lentement.
Pendant les jours qui ont suivi l’opération, il n’y a presque pas eu de réaction traumatique.
Comme on le voit, il a suffi dans le cas qui précède de
10 grammes de chloroforme pour déterminer l’insensibilité absolue pendant la durée d’une grande amputation; c’est la règle ordinaire dans ce genre d’opérations, mais
11 est cependant des circonstances où une nouvelle administration est nécessaire ; l’observation suivante en est un exemple.
Observation 87 du registre de Brest.
Le Donné, Théodore, âgé de 43 ans, distributeur au port^ s’est engagé le pied, le 2 septembre 1849, entre deux pierres
solideinenl scellées, pendant une course précipitée pour se mettre à l’abri d’un grain de pluie violent.
Dans la vivacité du mouvement il n’a rien senti et c’est en retirant le pied enclavé entre les deux pierres qu’il s’est broyé les os de la jambe droite, et ouvert largement l’articulation tibio-tarsienne.
Une hémorrhagie d’uiie abondance excessive a eu lieu dans la maison où le blessé a d’abord été transporté, mais cette circonstance n’a été connue qu’après l’opération.
A onze heures du soir, il est porté à l’hôpital ; l’opération jugée indispensable est renvoyée au jour ; une légère hémorrhagie survient et s’arrête ; le malade est calme toute la nuit,
A 8 heures 49 minutes 10 grammes de chloroforme sont versés dans le cornet ; le malade est à jeun ; lesr pupilles sont contractées ; le pouls est régulier, à 100.
A 8 heures 50' contraction musculaire générale très-vfolente, dilatation de la pupille.
A 8 heures 51' assoupissement profond , pouls régulier à 100 ; compression de la fémorale et commencement de l’opération.
A 8 heures 54' le blessé prononce des paroles incohérentes, le réveil semble commencer ; on verse de nouveau 5 grammes de chloroforme sur l’appareil et è la première inspiration le malade s’endort ; l’opération continue.
A 9 heures 1' section des os.
A 9 heures 5' réveil ; l’insensibilité a été complète pendant 15 minutes ; le blessé déclare n’avoir rien senti et éprouve seulement dans le moment un sentiment de cuisson, de brûlure dans la partie opérée, le pouls est régulier , la pupille est contractée, pas de nausées, pas de vomissements.
Je pourrais borner là les citalions de même genre, mais le crois utile cependant de joindre aux précédentes une
des premières observations conservées à liresl, pour toiiinii line preuve sans réplique de l’ancienneté de la méthode d administration du chloroforme dans les hôpitaux de la mai'ine.
Obsei'valion 17 du rcgislre indiqué (1).
Couchciyui , Jacques , journalier au port, ûgé de 40 ans, entre à l’hôpital, le 27 lévrier 1848 (salle 5, n» 48), pour fracture coinminulive du tibia et du péroné, avec déchirure des parties molles et saillie au dehors du tibia dénudé de son périoste.
L’amputation de la jambe est décidée et fixée au lieu d’élection.
Peu d’heures après l’entrée à l’hôpital, le malade est soumis h l’action des vapeurs anesthésiques au moyen de l’appareil de M. Marcellin Duval. La dose du chloroforme est de 25 , grammes.
Avant de commencer, on constate : pouls à 100 pulsations, peau froide, un peu de spasme , face pâle , pupille contractée.
A 4 heures 58' l’appareil fonctionne et après quelques inspirations, le malade éprouve quelques contractions musculaires, profère quelques cris désordonnés, en un mot il divague comme dans l’ivresse.
Au bout de deux minutes on obtient une résolution complète , un sommeil calme avec ronflement , une insensibilité absolue.
A 5 heures précises l’amputation commence et l’on continue encore pendant quelques secondes les inspirations de chloroforme.
(1) Cette observation est comprise dans une catégorie particulière comprenant 42 faits où la dose initiale de chloroforme n’avait pas encore été réduite à lO grammes. — Voir plus loin (analyse des faits).
A 5 heures 3' le pouls est régulier, bat 78 pulsations, la respiration est stertoreuse.
L’opération a duré 5', et ramputaliou s’est accomplie sans que le malade ait donné le moindre signe de douleur ou de sensibilité.
A 5 heures T l’anesthésie persiste, le malade prolere quelques paroles incohérentes.
A 5 heures 9' la contraction des muscles reparaît, mais il existe encore de l’insensibilité.
A 5 heures 10' rintelligence reprend son type normal , le malade cause et assure n’avoir rien éprouvé [lendant l’opération.
,- 11 est à noter que le sang qui s’écoulait de la plaie avait le caractère du sang veineux ; il a été impossible d’établir une distinction réelle entre celui des deux systèmes circulatoires.
A 5 heures 15' la pupille est fortement dilatée, le pouls est régulier et le malade est placé dans son lit.
Dans la soirée, il se manifeste par la plaie un suintement sanguinolent assez abondant pour faire croire à une hémorrhagie en nappe déjà observée après l’emploi du chloroforme.
Il est aussi certaines ainpulalions moins réglées pour ainsi dire, que celles qui viennent d’èlre rappelées et qui exigent plusieurs reprises des inhalations pour que l’insensibilité persiste jusqu’à leur terminaison. L’observation suivante est remarquable sous ce rapport.
Observation 30 de Brest.
Legoff, Jean, matelot, âgé de 19 ans, est porté à l’hôpital le 21 août 1848, à 5 heures du soir.
Il a eu l’extrémité du pied droit enlevée par le jeu du contrepoids d’un des tiroirs de h machine du Darien. Les désordres
sont (les plus graves • les orleils sont, sépan'-s, rcxlrémilé du premier mélalarsieii, brisée, l'ail saillie à l’angle inlerne de la plaie, les 3“ el 5« mélalarsiens sont Cracturcs ; les surfaces ar- Uciilaires soûl dénudées ; l’élal des parlics rend une opéralion i m m é d ia le m e n l n écossai re .
L’étendue de la contusion, la forme des lambeaux existants, ne permettent pas de tenter l’ampulatipn partielle de Lisfranc, ni même celle de Glioparl. L’opérateur s’arrête à l’idée de la dissection des mélalarsiens el à l’amputation dans leur continuité.
Vers 5 heures 30', le blessé conduit dans la salle des opérations est soumis au chloroforme, les pupilles sont contractées, le pouls est à 80.
Les mouvements convulsifs surviennent après 30 secondes d’application ducornet où 10 grammes ont été versés ; la pupille se dilate, el la résolution complète s’obtient en 2 minutes.
Alors commence l’opération, elle est longue, laborieuse ; elle se compose de plusieurs teins : deux incisions latérales ; dissection d’un lambeau supérieur ; section isolée des !*'■ el 5® métatarsiens après leur séparation des chairs; section simultanée des 2®, 3® et 4®.
Les difficultés sont augmentées par d’énergic|ues contractions du sujet, ce qui exige de nouvelles inhalations.
Deux ligatures sont jetées sur deux petites artères ; pendant ro[iération le pouls s’est conservé plein, mais il a perdu de sa fréquence, il ne bat plus que 60.
20 grammes de chloroforme ont été dépensés. Six fois le cornet a été appliqué et malgré l’insistance du moyen-, la température du corps ne s’est pas abaissée ; la circulation ii’a pas été entravée ; la distinction des deux espèces de sang a été manifeste , le blessé n’a piili qu’à la fin de l’opération , au moment du retour delà sensibilité.
Malffrp line vive agitation, de fréquentes et violentes contractions, il n’a pas eu conscience de l’opération qu’il vient de subir, ou du moins il n’en peut rendre compte.
Il n’a éprouvé dans les heures qui ont suivi ni céphalalgie, ni mal de gorge, ni toux, ni nausée, ni vomissement.
L’influence du chloroforme ne s’est traduite que par une assez grande tendance à la somnolence.
La nuit a été bonne, le pouls s’est maintenu à 60 pendant plusieurs heures ; le suintement de la plaie a été normal, les douleurs ont été assez vives au pied.
Je n’ai pas besoin de faire remarquer ici l’innocuité des inhalations répétées de chloroforme , quand elles sont méthodiquement dirigées et surveillées ; j’aurai plus tard à revenir sur cette question.
Les réductions de luxations peuvent fournir des exemples analogues et les observations qui suivent n’ont été choisies que pour leur date reculée, l’importance des articulations atleintes et surtout l’ancienneté de l'accident.
Elles appartiennent au port de Brest et offrent quelques détails particuliers intéressants.
Observation 58 du registre.
Leroux, .lean-Marie, ciillivateur, est conduit le 17 décembre 1848 à la clinique de M. le chirurgien en chef.
Cet homme présente une luxation de l’iiumérus droit sous glénoïdienne ; la tête de rimmérus peut être sentie en haut du creux axillaire, elle archonte fortement contre les côtes ; le deltoïde est violemment contracté.
Cette lésion remonte à trente et quelques jours 5 ce paysan eut d abord recours à un rebouteur de campagne qui lui conseilla l’application d’un emplâtre sur le moignon de l’épaule.
Peu satisfait des effets de ce moyen, il s’adressa à un second charlatan qui lui laissa peu d’espoir de guérison, et il eutenlin l’idée d’entrer ù l’hôpital. La réduction est résolue sous l’in- Huenco du chloroforme.
On en commence l’inhalation à 8 heures 2.3', les pupilles sont contractées ; le pouls bat à 72 ; 15 grammes de chloroforme sont versés sur le diaphragme du cornet.
Après une minute, peu d’elTel ; le malade ne respire pas, l’appareil est un instant enlevé et presque immédiatement réappliqué ; quelques inspirations suffisent alors pour donner lieu à de fortes contractions musculaires.
Le cornet est maintenu 2 minutes encore pour produire une résolution complète des forces musculaires et à 8 heures 2(V, c’est-à-dire 3 minutes après l’application, le résultat est obtenu ; le pouls n’a pas varié. '
De puissantes tentatives de réductions sont faites, elles produisent un déplacement considérable, mais insuffisant de la tête de l’humérus.
Pendant ces tentatives, l’elïet du chloroforme est atténué ; les contractions menacent de reparaître et forcent de revenirà l’emploi du cornet.
Quelques inspirations placent de nouveau le malade dans le relâchement musculaire, et à peine, celle fois, les tentatives de réduction sont-elles reprises que la tête de l’os du bras vient reprendre sa place dans la cavité glénoïdienne avec le bruit caractéristique de la rentrée.
A 8 heures 37', 14 minutes après le début des essais de réduction, la sensibilité est revenue, le malade ne présente que quelques signes d’ivresse que dissipent bientôt le repos et la position horizontale.
Ce n’esl pas la seule fois que l’incurie du public et l’ignorance des rebouleurs combinées ont eu des consé-
(jiiGnco*? aussi fâcheuses ; le regisli’C de nos observations renferme un autre fait dont nous avons spécialement écrit la rédaction.
11 fallut dans ce cas amputer la cuisse pour sphaccle très-étendu et profond des parties molles de la jambe , déterminé pai‘ l’application de, 4 petites planchettes serrées outre mesure autour du siège de la fracture du tibia et du péroné.
La résolution musculaire produite par le chloroforme facilite, du reste, à merveille la réduction des luxations récentes, quelle que soit leur situation. Notre travail publié en 1857 en renfermait un exemple remarquable (1), choisi parmi les faits de ta clinique de Toulon, et nous reproduisons ici le texte de deux opérations analogues pratiquées à Brest.
Observalion 150.
Diéper, Joseph, musicien du régiment d’infanterie de marine, est entré ;i l liopital le 4 avril 1833, pour luxation en arriére du coude droit causée par une chute faite 12 heures auparavant.
Le 5 avril, à la visite du matin, ce blessé est soumis à l’inlluence du chloroforme dans le but d’obtenir le relâchement musculaire et de faciliter ainsi la réduction.
Le malade est placé dans la position horizontale, il esté jeun, les pupilles sont médiocrement dilatées, le pouls est plein , régulier, à 64 pulsations ; dix grammes de chloroforme sont versés sur le diaphragme du cornet qui est .appliqué â 8 heures 28 minutes.
(1) Gazette des Hôpitaux, 1857, page 359.
Les premières inspirations s’edèctuenl sans lutte, le pouls s’accélère a[)rès la première minute et après deux minutes l’insensibilité étant obtenue, des tractions sont opérées sur l’avantbras dont l’extension devient facile.
Il n’est pas nécessaire de tirer fortement sur la partie itiférieure du membre, le rehkhement musculaire est si complet que les surfaces articulaires reviennent à leur position normale avec la plus grande facilité ; le bras peut être flécbi sans difficulté.
A 8 heures 33 minutes le malade reprend connaissance, il déclare n’avoir pas souffert pendant la réduction et même éprouver un soulagement marqué dans l’articulation lésée.
Dans la journée, il n’y a en ni nausées, ni vomissements, pas de céphalalgie; la nuit le malade a peu dormi mais n’a pas souffert.
Peu fie jours après le dernier accident s’en présentait un second du même genre, mais plus grave et que le chloroforme a permis également de faire cesser promptement.
Observation l5t de Brest.
Guermeur Noël, ouvrier du port, âgé de 38 ans, est entré à rhôpital le 15 avril au matin.
La veille au soir, étant dans un état d’ivresse prononcée , (qui n’est pas encore entièrement dissipée,) il est tombé du quai de Recouvrance sur la grève du port.
Cette chute a donc eu lieu d’une hauteur de 5 mètres environ.
L’examen du malade fait reconnaître une luxation de l’extrémité supérieure du fémur gauche ; après quelques tentatives de réduction qui n’ont aucun résultat, l’inhalation du chloroforme est décidée.
Le malade esl à jeun, il est placé dans la position horizontale, les pupilles sont dilatées, le pouls est régulier à 88 pulsations , 10 grammes de chloroforme sont versés dans le cornet à 8 heures 40 minutes.
Pas de lutte pendant les premières inspirations ; après une minute la période d’excitation commence ; le pouls s’accélère un peu.
A 8 heures 43’, une légère tendance au relâchement musculaire se manifestant, on suspend l’inhalation du chloroforme ; 30 secondes après, la résolution est complète.
Les manœuvres de réduction sont opérées et suivies d’un succès rapide annoncé par le bruit caractéristique déterminé par la rentrée brusque de la tête du fémur dans la cavité cotyloïde. 11 est 8 h. 44'.
L’état d’anesthésie se continue, le pouls est à 80 (maximum d’abaissement chez le sujet).
A 8 heures 52' le malade reprend graduellement ses sens ; interrogé sur les sensations qu’il a pu éprouver , il répond qu’il n’a senti qu’une légère douleur à la région trochantérienne, la pupille est un peu dilatée, point de pâleur du visage, point de céphalalgie , de vomissements , ni inênn! de nausées. Le malade peut imprimer au membre inférieur gauche tous les mouvements normaux sans douleur bien appréciable.
Les observations qu’on vient de lire démontrent sans peine l’immense avantage de l’emploi des anesthésiques dans les cas de ce genre ; le succès ne vient point, il est vrai, couronner toutes les tentatives ; mais, pour n’être pas infaillible , le moyen ne perd pas de son importance et ne saurait dans aucun cas être négligé.
Nous allons maintenant terminer cette partie de notre
niémoirc par la reproduction do fjtichjues exemples d’observations relatives à des opérations soit de nature trèsdouloureuse, telles que les cautérisations multiples; soit d’une durée qu’on no peut fixer à l’avance, telles que les ablations de tumeurs , les ciïorls de taxis et la herniotomie.
Observation 131 de Brest.
Caillé, Martin, menuisier, 48 ans, alleinl de tumeur blariclie de l’articulation tibio-tarsienne droite, est soumis à la caiilérisation transcurrente et ponctuée le 25 juin 1851.
Le malade est à jeun, position horizontale, pupille médiocrement dilatée, pouls régulier à 72.
10 grammes de chloroforme ; pas de lulte pendant les premières inspirations ; la pupille se dilate , le pouls s’accélère ; après une minute paroles incohérentes; après deux minutes anesthésiovet l’opération commence.
5 raies de feu sont pratiquées sur la malléole interne et quelques pointes entre ces raies ; cette première application dure une minute et demie et n’est pas sentie.
Quelques gorgées (1) sont données de nouveau et 10 pointes de feu sont appliquées sur la malléole externe sans plus d’apparence de sensibilité.
La température de la peau ne s’est pas abaissée, le pouls quj s’était activé revient à son type normal ; le malade s’éveille et déclare n’avoir rien senti.
C’est la rédaction presque textuelle de toutes les observations ayant trait aux cautérisations pratiquées en nombre considérable, comme nous l’avons dit (2).
L’ablation de plusieurs tumeurs a donné lieu à quel-
(1) Synonyme ici d’inspirations.
(2) Nous en avons analysé 74.
qiios détails particuliers , en raison do la longueur souvent obligée des dissections, et nous aurons plus loin l’occasion de montrer la facilité avec laquelle le chloroforme a été supporté pendant le maintien devenu nécessaire de l’anesthésie.
'En voici des ce moment un exemple chez un homme âgé.
Observation 92 de Brest. ,
Gloanec, Vincent , charpentier au port, 53 ans , est soumis aux inhalations de chloroforme le 24 septembre 1849.
Il porte une tumeur volumineuse du testicule gauche dont il fait remonter l’apparition au mois de mars 4845 et qu’il attribue à l’etfet d’un effort violent ou d’un choc direct sur les bourses.
Après une séance d’essai qui fait craindre une certaine résistance à l’action de l’anesthésique , l’opération est décidée.
Dispositions morales très bonnes, le malade est à jeun , pupilles contractées, pouls à 90. 10 grammes de chloroforme sont versés dans le cornet ; il est 8 h. 48'.
Pas de lutte dans les premières inspirations , mais bientôt le malade est en proie à des convulsions musculaires violentes auxquelles succèdent le collapsus et l’insensibilité ; l’action du chloroforme est suspendue, il est 8 h. 52'.
Le doute qui règne sur la nature réelle de l’atîection fait procéder à une ponction exploratrice qui amène l’issue d’un liquide rougeâtre, sanieux et fétide. On agrandit l’ouverture, on reconnaît une poche à parois épaisses, dures, carnifiées; le testicule est tuméfié, bosselé.
Le malade revient à lui à 9 h. ; le cornet est réappliqué sans qu’on y verse de nouveau du liquide et après quelques inspirations l’insensibilité reparaît.
Exjiloralion do la poclie , dôcisioti d’exciser une parlie de ses parois. Il est 9 h. 10'. Gloanec a repris loule sa connaissance, 4 grammes de chloroforme sont versés dans l’appareil ; lutte prompte, cris inarticulés, contractions musculaires [)endant une minute.
A 9 h. 12' on enlève le cornet, pupilles légèrement dilatées, pouls à 80.
A 9 h. 10' retour de la sensibilité; h 9 h. 17' fin de l’opération.
Le blessé ne semble point fatigué de l’action du chloroforme qui chez lui a été répétée 3 fois et prolongée pendant 29 minutes avec un double intervalle de deux minutes. La chaleur delà peau est normale, le pouls est régulier à 70; pas de céphalalgie, pas de nausées, réponses calmes et lucides.
Le fait suivant est tout aussi concluant.
Observation 139 de Brest.
Goulven, Pierre , forgeron au port, est chloroformisé le 10 mai 1852 pour l’ablation d’une tumeur squirrheuse à la cuisse.
Le cornet est appliqué à 8 h. 35'. Les conditions ordinaires sont observées. 10 grammes de chloroforme.
Pas de lutte pendant les premières inspirations, après une minute et demie des contractions musculaires ont lieu.
Après deux minutes l’opération est commencée , elle comprend deux incisions semi-elliptiques suivant l’axe du membre, la dissection de deux lambeaux jusqu’à l’os reconnu sain, et la mise à nu du périoste qui ne présente pas d’altérations assez notables pour qu’on ait recours au cautère actuel.
Pendant toutes ces manœuvres le cornet a été éloigné ou rapproché pour entretenir ou suspendre l’insensibilité qui a été absolue pendant un quart d’heure.
Le pouls s’est à peine accéléré , la respiration n’a pas été altérée ; pas de céphalalgie , pas de nausées , pas de vomissements. Les pupilles sont restées dans un état intermédiaire à la dilatation et ù la contraction. Pendant tout le temps babil continuel et gai.
Le malade qui a dit dans son ivresse entendre tinter des cloches, revient à lui presqu’immédiatement après l’opération, déclare ne pas ressentir la moindre indisposition et se trouver dans son état normal.
Nous allons enfin donner ici in extenso une dernière observation de quatre séances prolongées de chloroformisation pratiquées, sans aucun inconvénient sur le mê me sujet, en moins de 48 heures; elle complétera et confirmera toutes celles qui précèdent.
Observations 153, 154, 1S5, 1S6 de Brest.
Duplessis, nermann, âgé do 20 ans, sergent-fourrier au 34® de ligne, est entré à l’hôpital de la marine le 20 avril 1853, à une heure et demie de l’après-midi, atteint de hernie inguinale du côté gauche avec symptômes d’étranglement.
A son entrée, quelques tentatives de réduction sont pratiquées parM. le Prévôt de l’hôpital, -mais la tumeur reste tendue, rénitente, très-douloureuse au loucher et l’on renonce promptement au taxis pour recourir aux bains généraux, aux antiphlogistiques (sangsues et cataplasmes), et aux onctions d’onguent belladoné.
A 10 h. 1/2 du soir, nouvelles tentatives par M. le l®*" chirurgien en chef Reynaud ; elles sont répétées le 21 avril à la visite du matin.
Le taxis pratiqué pendant 4 minutes, détermine une vive douleur , il a pour résultat la diminution notable du volume de la tumeur.
A la visile du soir (.'] h.), nouveaux essais de réduction pendant lesquels on a recours au cldorolorme. Conditions ordinoircs, jiouls presque dur, plein, régulier à 62 pulsations, 10 grammes de chloroforme à 4- h. 51'.
Pas de lutte au début, après une minute (4 h, 52') la pupille se dilate, on commence à agir sur la tumeur.
Après une minute 30 secondes, relâchement musculaire, ivresse bien caractérisée ; on suspend l’administration du chloroforme après 3 minutes.
Le Iaxis se prolonge pendant 7 minutes.
A 4 h. 58' le malade reprend connaissance, le pouls est encore à 62 pulsations, comme avant l’opération.
La douleur a été nulle ; point de vomissements, ni même de nausées ; faciès pfilc, un peu défait.
La tumeur n’a pu être entièrement réduite, la partie qui reste à l’anneau paraît appartenir spécialement à l’épiploon.
Le 22 avril au matin, la tumeur a diminué d’un tiers de son volume, elle est moins douloureuse au toucher, le scrotum a pris de la souplesse, il est moins coloré, de nouvelles tentatives de réduction sont décidées.
Mêmes conditions du sujet que la veille, sauf le pouls à 100 [Ailsations, régulier ; 10 grammes de chloroforme.
Pas de lutte pendant les premières inspirations ; après une minute, période d’excitation, puis ivresse ; à une minute et demie, manœuvres de réduction.
Après 3' d’inhalation, cessation du chloroforme. Le taxis est prolongé 8 minutes.
La tumeur a diminué des 2/3 du volume qu’elle avait avant l’opération , le malade n’a rien senti pendant son sommeil
imcslhésicjuc ; yprès son révGil gI à Ifl fin du Uixis Igs douleurs sont assGz vives ; pas (Ig vomissGiUGUls, pas de nausées. •
Le 22 avril, à 4 li. 25' , nouvelles tentatives dans les mômes conditions que dessus, pouls à 100.
Pas de lutte au début ; après 4 secondes, période d’excitation ; après une minute, le taxis est commencé ; après 2 minutes, cessation de l’emploi du chloroforme, le taxis n’est pas continué après 7 minutes.
Môme résultat que précédemment, une partie de la tumeur ne peut être réduite, elle paraît surtout épiploïque. La pupille est dilatée ; le pouls qui s’était ralenti et déprimé se relève et donne de nouveau 100 pulsations, pas de nausées.
Le 23 avril èla visite du matin, l’inutilité du taxis répété et la persistance des symptômes généraux et locaux d’étranglement fout décider l’opération du débridement.
Quatrième administration du chloroforme d’après les règles indiquées, è 8 h. 46 minutes.
Pas de lutte au début ; au bout de 30 secondes période d’excitation ; quelques cris, quelques paroles inarticulées ; à 8 h. 47', l’opération commence.
L’ivresse continue et ne cesse que peu après la découverte du sac herniaire ; pendant ce temps le malade n’a donné aucun signe de sensibilité.
A 8 h. 58', il a repris connaissance, s’agite et gène l’opérateur par ses mouvements.
5 grammes de chloroforme sont de nouveau versés dans le cornet, qui est appliqué peu d’instants et ne produit qu’une insensibilité incomplète.
On procède à l’ouverlurc du sac, à son dcbridcmcnt, puis h celui de l’anneau inguinal externe. La tumeur se compose d’une anse d’intestin recouverte par un vaste gâteau d’épiploon, les viscères reconnus sains sont successivement rentrés dans la cavité abdominale. Pansement.
Le pouls est moins fréquent qu’avant l’opération, pas de vomissements, pas de nausées.
Ici se terminent nos citations , nous aurions pu sans peine en augmenter le nombre, mais nous n’aurions fait que répéter les mêmes détails, presque les mêmes termes, tant il y a de ressemblance entre les observations qui se rattachent soit aux mêmes catégories d’opérations, soit aux opérations de toutes les catégories.
Cette ressemblance fera peut-être trouver trop longue au contraire notre exposition à quelques lecteurs ; c’est pour ces derniers que nous ajoutons que notre but a été, non seulement de bien mettre en lumière la précision presque mathématique avec laquelle les faits qui servent de base à notre travail ont été recueillis, mais encore de faire mieux apprécier les règles d’administration qui doivent présider aux inhalations.
Nous allons du reste y revenir.