‹ De l'empoisonnement par la nicotine et le tabacChapitre 13 sur 18 · EFFETS LOCAUX · texte numérisé non relu

EFFETS LOCAUX

Les elîets locaux se produisent chez les priseurs et les chiqueurs, coniine chez les fumeurs. Le tabac à priser, par l’irritation qu’il exerce sur la pituitaire, émousse l’odorat, produit l’hyperémie, le catarrhe, l’inflammation, l’épaississement do cette muqueuse , et quelquefois détermine l’apparition à sa surface d’ulcérations libelles, d’incrustations, de dartres, de polypes et même de cancers, d’après M. Bouisson.

L’inflammation peut se propager par continuité de tissus : aux sinus, d’où céphalalgie; à la trompe, d’ûù surdité; aux voies lacrymales, d’où épipliora, dacryocystite, fislules ; à la peau, où elle produit soit l’érythème de la lèvre inférieure et des ailes du nez, soit cette disgracieuse allèction qu’on appelle l’acné rosacée. Quelquefois même elle coïncideavec une pharyngite ou une dyspepsie, et exceptionnellement avec des ulcères et des cancers de l’estomac, chez les sujets qui ne se moucbenl pas assez souvent; alors le mucus nasal tombe dans l’arrièrebouche et l’estomac, où il entraîne toujours une certaine quantité de tabac, cause du mal. Mais les priseurs ne sont pas seuls exposés à ces accidents, car les chiqueurs et les fumeurs qui avalent leur salive chargée de nicotine ou de j)rincipos acres, peuvent contracter les mêmes maladies. Du reste ces derniers, outre les affections locales qui leur sont communes avec les priseurs, doivent encore en iN^douter bien d’autres.

En premier lieu, ils doivent craindre la destruction de leur système dentaire. Tantôt c’est le jus du tabac, qui, en pénétrant dans les sertissures des gencives, les rend fongueuses et fait tomber les dents ; tantôt c’est la fumée, qui, après avoir attaipié l'émail parla chaleur et les acides résultant de la combustion du tabac, détermine la carie de l’ivoire. D’antres fois le tuyau de la pipe érode ou use directement la dent qui lui sert de point d’appui.

En outre, on peut, voir survenir chez ces sujets un ptyalisme

assez abondant pour devenir une cause d’épuisement; un aflaiblissemenl quelquefois énorme du s'eût et de l’odorat, puis des s^ins^ivites, des stomatites simples ou aphteuses, des slossites, des amygdalites.

Chez les sujets en puissance de syphilis, la fumée du tabac favorise certainement les manifestations buccales de la diathèse, et les perpétue lors qu’elles existent.

L’action irritante s’étend beaucoup plus loin. Très-fréquemment, les fumeurs présentent une pharyngite chronique, et surtout la variété la plus rebelle, la pharyngite granuleuse, avec toutes ses conséquences fâcheuses. Cette affection procède en quelque sorte par poussées, qui apparaissent au moindre changement d’habitude : c’est ainsi qu’un fumeur habituel de cigarettes, verra survenir des granulations pharyngées, passagères, s’il fume par hasard un certain nombre de cigares.

Dans quelques cas relatés par Triquet, ces granulations se sont propagées à la trompe d'Eustache, et ont entraîné une surdité plus ou moins accusée.

En môme temps que ces granulations pharyngées, on peut observer un accident moins connu et plus pénible encore, c’est la laryngite chronique, fréquente surtout chez les fumeurs de cigarettes. Ceux-ci, comme on le sait, avalent la fumée, ou plutôt la font passer dans le larynx et les bronches, avant de la rejeter au dehors ; dans ces conditions, la fumée phlogose le larynx, au môme Litre qu’elle détermine la rougeur des paupières et de la muqueuse oculaire chez les personnes qui vivent ou passent un certain temps dans un atmosphère qu’elle vicie. (Esquimaux.)

Le développement de cette laryngite (l).est favorisé ordi-

(1) Il arrive assez souvent que la rougeur des cordes vocales no s’accompagne pas de gonflement ; celui-ci n’apparait guère que dans les cas ou l’action du tabac a été prolongée. La rougeur elle-même n’est pas toujours uniforme, elle est quehjuefois disséminée par plaques comme des ecchymoses; cela s’observe surtout chez les personnes qui en même temps qu’elle fument font abus de la voix, (avocats, chanteurs.)

nairomcnl par Tusagc simultané dos alcools du tabac, mais il ))CLit arriver que l’un de ces facteurs soit seul en cause.

Une observation très-intéressante, que nous devons à l’oblii^’eance de M. Poyet, interne des hôpitaux et chef de clinique de M. Gh. Fauvel, ne laisse aucun doute à cet égard.

GraniUaliuns phurij)igiennes et laryngite chronique entretenues par l'abus du tabac. — M. W..., âgé de 30 ans, consulte le docteur Fauvel, en 180S, j)Our une raucité très-prononcée de la voix datant déjà de trois ans. La santé générale du malade est très-bonne, il est grand, blond, fort bien constitué et n’accuse aucun antécédent spécilique.

Il attribue lui-même l’altération de sa voix à l’abus du cigare; cependant, ayant à dilférentes reprises cessé de fumer, il ne s’est produit dans son état aucune amélioration.

Outre la dysphonie, il ressent, dans le larynx, une sensation désagréable de chatouillement; il éprouve à chaque instant le besoin d’élernuer, et lorsqu’il déglutit sa salive, il éprouve dans le pharynx une légère douleur.

Pas de toux, pas d’hémoptysies. La percussion et l’auscultation ne dévoilent aucun symptôme morbide. Le malade se plaint de bourdonnements d’oreilles.

Examen du pharynx et du larynx :

Nous trouvons toute la muqueuse buccale fortement hyperémiée. Les dents, à leur surface interne, sont recouvertes d’un dépôt noir très-adhérent, qu’on retrouve chez tous les fumeurs invétérés. Le voile du palais est très-rouge, la luette légèrement œdématiée. Le fond du pharynx est recouvert de granulations du volume d’une petite lentille, beaucoup plus nombreuses sur les côtés que sur la ligue médiane, qui paraît plutôt être sèche et vernissée.

Derrière le pilier gauche, on trouve deux granulations, plus volumineuses que les autres et (jui nous paraissent expliquer la gêne éprouvée pendant la déglutition.

L’application du laryngoscoi»e est rendue difticile par la sensibilié du malade. Cependant, après l’avoir fait gargariser avec une solution concentrée de bromure de potassium, et après lui avoir fait .-^ucer quelques morceaux de glace, nous ])arvenons à faire un examen complet.

Nous retrouvons là une hyperémie analogue à celle que nous avons trouvée dans te ])harynx,

La rougeur, qui est uniforme, est cependant accentuée au niveau

dft la pointa des cartilaîîes de Saulorini et de Pépiglotte, Ce ((ui nous IVappe surtout, c’est la coloration des cordes vocales inlërieures.

Blanches et nacrées à l’état noiTual, nous les trouvons d’un rouge intense. Ün pourrait croire qu’une couche de carmin acte passée à leur surface. De plus, elles sont épaissies et leurs bords sont arrondis, ce qui, indépendamment de la rougeur, explique très-bien la dysphonie du malade.

Cautérisations dos plus grosses granulations pharyngées aVec un crayon de nitrate d’argent taillé en [»ointe. Gargarismes de guimauve et de biomure de potassium. Pulvérisations avec une solution d’acide i)hénique au Bains de sudation sèche. Défense de fumer. Quelques jours après l’étahlissement do ce traitement, la gêne do la déglutition et le chatouillement laryngé avaient disparu, mais ce ne fut ({u’au bout de trois mois que la voix recouvra son timbre normal.

La fumée de tabac a paru aussi favoriser quelquefois le développement des cancers primitifs du larynx (Fauvel).

En tout cas, elle peut provoquer des bronchites, et s’opposer à la guérison de celles dont les fumeurs seraient atteints.

Mais quoique très -fâcheuses, ces alTections seraient sans gravité, d’après quelques observateurs, relativement à une autre plus redoutable, qu’il croient produite par la pipe, je veux parler du cancer des lèvres.

D’après Roux, Lallemand, Leroy d’p]tiolles, Rigal de Gaillac, Lebert, Bouisson (I), l’habitude de fumer une de ces pipes à tuyau court, vulgairement appelées brûle-gueule, suffirait à elle seule pour engendrer répithélioma des lèvres ou do la langue.

Mais le fait a été Lrès-contesté, non qu’on ait jamais voulu nier riniluence ({uo l’ii'ritation répétée do la chaleur et du jus de tabac pouvait exercer sur la production de celte redoutable maladie. On a seulement objecté que la cause précitée n’agissait qu’à titre de cause occasionnelle et non efficiente, sur un sujet déjà prédisposé. Nous ne nous prononçons pas catégoricpiemenl

(1) Bouisson. — Dn cancer buccal chez les fumeurs. (Tributs à la chirurgie, Paris I8()t, t. Il, p. 259.

contre la première de ces opinions, mais nous avouons que nous adopterions de préférence la seconde, qui a été soutenue du reste par des hommes d’une rare compétence, MM. Nélaton, liichet, etc.

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