‹ De l'empoisonnement par la nicotine et le tabacChapitre 18 sur 18 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

De nos jours, ainsi qu’aux xvi° et xvji° siècles, le tabac rencontre encore des détracteurs passionnés et des défenseurs convaincus. Ceux-là, l’incriminent outre mesure, ceu.x-ci l’innocentent complètement.

Il faut se tenir à égale distance de ces opinions extrêmes.

La clinique a démontré avec évidence, que Viisaye excessif' du. tabac pouvait engendrer des atfections multiples. C’est donc à tort que des médecins, s'appuyant sur certains cas d’immunité, nient son rôle pathogénique.

L’immunité,dont beaucoup do iiriseurs ou do fumeurs jouissent vis-à-vis du tabac, ne milite pas plus en faveur de l’innocuité de cette plante, que la tolérance alcoolique de quantité de grands buveurs, n’inlîrme les observations d’alcoolisme. Sans aucun doute, il y a des hommes modérés qui boivent du vin toute leur vie, et qui meurent sans avoir jamais connu l’ivresse ; il y a des hommes robustes qui, en vertu d’une idiosyncrasie ou d’une accoutumance particulières, peuvent , selon l’expression vulgaire, boire comme deux ; nvcùs quelle conclusion peut-on tirer de ces faits? Invoquera-t-on l’exemple des gens sobres pour prétendre que le vm ne produit jamais l’ivresse? Ou, parce que certaines gens ingèrent impunément, par joui', des quantités relativement énormes de cette boisson, soutiendra-t-on que tout individu peut faire de même? Certes, personne n’oserait émettre de telles idées !

Il enestcependantdu tabaccommedcralcool : Icsuns usent, les autres abusent; les uns n’éprouvent aucun trouble dans leur santé, les autres ont des stomatites, des laryngites, des dyspepsies, des palpitations, de l’amblyopie, etc., etc. Aussi lorsqu’on généralise, sans dislinguer l’usage de l’abus, sans faire la part de l’idiosyncrasie et sans avoir observé un nombre de cas suffisants, on arrive à des conclusions erronées, sinon absurdes. On

voit, par exemple, des çens qui, en fumanl n’ont jamais dé])assc les bornes de leur tolérance particulière , nier que d’autres puissent être incommodés par suite d’excès de tabac. C’est comme si un homme bien portant, n’admettait pas que son voisin [)ût être malade.

Nous croyons au nicotisme chronique, c’est-à-dire à l’influence pathogénique du tabac chez ceux qui en abusent ; mais nous ne condamnons pas systématiquement la pipe, le cigare ou la prise. Nous sommes persuadé, non-seulement que Vusarje modéré ùw tabac n’est pas toujours nuisible, mais qu’il peut môme, quelquefois, être utile. On ne doit pas plus proscrire le tabac parce que ctjrtains individus en abusent, qu’on ne doit interdire le vin parce que cerlaines gens se grisent. Ici, comme en tout, ce qu’on doit éviter, c’est l’excès.

Quant à l’alius lui-meme, il nous semble qu’on a de beaucoup exagéré ses conséquences. Nous le regrettons, car cette exagération est une des causes principales, qui, souvent, empochent les fumeurs de voir le mal qui les menace. Les fumeurs, en voyant tant d’accusations mal fondées, tant de réquisiburcs systématiques, lancés contre l’usage du tabac, sont devenus incrédules ; ils sont tombés en défiance, non vis à-vis du tabac, mais à l’égard de ses détracteurs, et les méfaits qu’on lui reproche sont pour eux des fables inventées à plaisir.

Il faut donc, dans l’usage du tabac, comme dans les accusations dirigées contre lui, ne pas se départir de modération. Les défenseurs du tabac doivent toujours, aussi bien que ses détracteurs. se souvenir de cette vieille maxime :

Est modus in rebus, sunt certi denique fines.

Quos ultra ci traque nequit consistere rectum.

(IloBACE, Sat. I, V. 106-107.) '

Paris.— A- PARENT, lmp. delà Faculté de Médecine, rue M'-le-Priuce, 29-31.

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