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ACTION SUR LES ORGANES GENITAUX

Un des effets les plus ignorés, et cependant les plus incontestables du tabac, est l’action dépressive qu’il exerce sur Vappareil génital.

Celte propriété élail très-connue autrefois en Italie, où dans les nombreux couvents de ce pays, on employait le tabac

comme anaphrodisiaquc (1), mais, depuis, on l’a tcllemenl exagérée, qu’on a fini par ne plus y croire et l’oublier.

Aussi, lorsqu’on 1852, M. le D'’ Demeaux proposa l’introduction du tabac dans les lycées comme un des moyens de combattre l’onanisme, son Mémoire n’eut qu’un succès de singularité. Certes, nous sommes loin de préconiser une telle innovation dans le régime universitaire, et nous sommes persuadé que ce moyen, en supposant qu’il fut efficace, produirait sur de jeunes organismes, un elTet peut-être aussi fâcheux que la mas- (urbation, mais enfin nous devons dire que la note de M. Demeaux était moins originale et moins excentrique qu’on le crut alors.

L’anaphrodisie nicotique est un fait démontré par l’expérimentation et la clinique.

Wright, en faisant manger à des chiens du tabac mêlé à leurs aliments, a observé, chez ces animaux, la perte apparente des facultés génitales, et un éloignement absolu pour les approches sexuelles. Les testicules de ces chiens se ramollissaient et se ratatinaient, demême que les muscles volontaires (2).

Les chiqueurs qui avalent le jus de tabac sont donc exposés aux mêmes accidents que les chiens sur lesquels a expérimenté Wright.

Il en est de même des fumeurs, comme le prouvent les observations suivantes, que nous choisissons entre beaucoup d’autres.

Première observation. — Un jeune homme qui passait une partie de sa journée dans un cercle où il fumait plus de vingt cigares par jour, vit, à un certain moment, ses fonctions digestives s’altérer, ses forces diminuer, sa mémoire s’affaiblir et devint absolument im puissant.

Sur le point de se marier, il vint consulter M. Scgalas. Le judi-

(1) Ce fut pour ce motif qu’on appela le tabac: herbe sainte, sacrée divine.

(2) London medical gazette, t. III, 1846.

cieux nicdecin, informé des habitudes de son client, se borna, pour tout traitement, à lui conseiller de changer de milieu et de cesser l’usage du tabac.

Le malade suivit ces sages avis et recouvra, avec la santé, ses aptitudes génitales.

Deuxième, observation. — M. Martin - Damourette est consulté par un jeune médecin affecté de frigidité génitale complète, pour laquelle le malade s’était soumis de lui-même à l’usage de la strychnine à doses progressivement croissantes.

11 était arrivé à prendre 33 centigrammes de strychnine par jour, sans obtenir le moindre effet curatif, ni éprouver aucun accident strychnique.

Aux questioïis faites par M. Martin-Damourette, qui ne pouvait croire à l’innocuité d’une aussi forte dose de strychnine, le malade répond que l’alcaloïde dont il fait usage a été acheté chez MM. Rousseau, droguistes, qu’elle est parfaitement tolérée par les organes digestifs, sans diarrhée, ni vomissements.

D’autre part, le sujet de cette observation est d’une bonne santé habituelle, n’a subi aucune privation alimentaire et a un bon régime; il n’a éprouvé aucune fatigue exceptionnelle, aucune maladie ni commis d’excès d’aucune sorte, qui puissent rendre compte de l’impuissance virile.

C’est alors que M. Martin-Damourette songe au tabac, comme à la cause probable de la maladie.

Le jeune médecin lui raconte alors, qu’en effet, il |fumait, mais seulement des cigarettes. La vérité est que des cigarettes étaient fumées pendant la plus grande partie de la journée et que la fumée était avalée, sans compter l’imprégnation niconitique de la salive.

D’ailleurs, le malade reconnut que sa force musculaire et sa résistance à la fatigue étaient sensiblement amoindries.

Dans la pensée de notre maître, M. Martin L'amourette, l’incroyable tolérance de ce fumeur pour la strychnine était due à la paresse profonde des nerfs moteurs, engendrée par un usage abondant et graduellement croissant du tabac.

Le fait est que le sujet de cette observation, ayant renoncé à ce fu-' neste abus du tabac, guérit parfaitement de sa frigidité génitale, sans avoir besoin de recourir de nouveau rà la strychnine ni à aucun autre moyen médicamenteux, ni même hygiénique (1).

Troisième observation. — Un jeune polytechnicien robuste, d’une

(1) Ces deux observations sont empruntées au cours de thérapeutique de le M. D'' Marlin-Damourette..

bonne santé et d’uno bonne liygiéne, entre comme inspecteur la manufacture do tabac.

Au bout de quelque temps, il éprouve un affaiblissement considérable de l’activité génésique et devient impuissant.

Le malade et le médecin tombèrent d’accord sur la cause probable de la frigidité; et, après l’essai infructueux d’un certain nombre de moyens toniques et stimulants, le jeune inspecteur se décida à (luitter la manufacture pour une autre situation, où il no tarda pas à recouvrer son aptitude génésique.

Qu’elle peut être la cause physiologique de l’anaphrodisie nicotique? Cette infirmité est-elle consécutive, comme le prétendent certains auteurs, à des troubles circulatoires qui détermineraient la contraction des artères hélicmes ou des modifications du testicule?

Résulte-t-elle de ce que la nicotine , apparaissant dans le sperme, viendrait agir sur la vitatité des animalcules, les engourdirait, les tuerait et supprimerait ou diminuerait par suite les excitations génésiques qu’ils provoquent? Est-elle liée à l'affaiblissement général de l'organisme ou à une parésie des nerfs qui président aux fonctions génitales? Ce sont là autant de questions que nous poserons sans les résoudre, mais nous dirons, toutefois, qu’il est possible que toutes les causes indiquées agissent simultanément dans la production des effets signalés.

On s’est demandé pourquoi les Turcs, qui fument énormément, et qui ont une grande activité génitale, ne subissent pas les effets du tabac. A cela M. Paul Jolly répond que les Orientaux absorbent très-peu de nicotine pour des raisons multiples : 1° leur tabac ne contient que des traces d’alcaloïde; 2® ils se servent de nargilliés, dont l’eau dissout la nicotine; 3° les tuyaux des pipes turques et des nargilliés étant généralement très-longs, leurs parois retiennent une partie de la substance toxique volatilisée.

Les Allemands, ajoutent M. Jolly, se trouvent à peu près dans les mêmes conditions : leur tabac contient peu de nicotine, leurs pipes sont longues, etc. De plus, les pipes ustitécs chez

nos voisins, étant généralement munies de petits réservoirs, s’échauiïent moins et condensent plus facilement les vapeurs nicütiques.

La vérité est que l’impuissance nicotinique est assez rare, aussi bien chez nous que chez nos voisins.

On a encore accusé le tabac de produire des pollutions nocturnes, par relâchement du sphincter des vésicules séminales, mais nous ne savons j usqu’à quel point cette assertien est’exacte.

Nous ne nous prononcerons pas d’avantage sur l’influence que le tabac peut avoir sur la descendance des grands fumeurs; nous ne savons si, comme on l’a dit bien souvent, ceux-ci sont susceptibles, de même que les alcooliques, de transmettre à leurs enfants une prédisposition aux maladies nerveuses.

Effets du tabac sur les facultés intellecluelles et les centres nerveux. — Gomme l’alcool et le café, le hachisch et l’opium, le tabac détermine d’abord une excitation cérébrale qui le fait rechercher, non-seulement par les gens oisifs et blasés, mais encore par les hommes d’étude et les penseurs. Sous l’influence de cette stimulation (on pourrait même dire ivresse), plus douce que celle des autres nervins, l’application au travail est plus suivie, la compréhension plus facile, l’imagination plus vive, les idées, les inspirations arrivent avec plus d’abondance, en un mot, il y a une exaltation heureuse de toutes les facultés Intellectuelles. Puis, en vertu de cette loi physiologique constante, qui veut que l’abus de l’excitant entraîne la dépression, celte première période fait place, si la quantité de tabac a été trop considérable, à une apathie momentanée de l’esprità delà nonchalance.

L'excitation initiale déterminée par l’usage du tabac en fait, à un moment donné, un agent précieux pour les fumeurs qui la transforment en travail utile, en études, encombinaisonsàbut défini; ils trouvent dans la fumée de tabac un moyen de faire produire à leur cerveau, lorsqu’il en est besoin, une plus erande somme de travail.

Mais il n’cn est pas de môme chez les gens oisifs. Si la suractivité cérébrale n’est pas utilisée, si le fumeur assis à une table de café, accoudé à sa fenêtre ou perdu dans la campagne, ne recherche l’excitation cérébrale qu’à cause du sentiment de plénitude vitale qui l’accompagne, si cette suractivité, disonsnous, au lieu d’être employée en occupations intellectuelles réglées, est dépensée en rêveries stériles, l’imagination s’affranchit peu à peu de la raison, et la rêverie devient, si l’on s’y abandonne trop souvent, une habitude de l’esprit. 11 n’est pas rare même de rencontrer de grands fumeurs qui vivent dans un monde purement idéal : les objets et les personnes qui les entourent attirent de moins en moins leur attention ; ils deviennent indifférents à tout, et se montrent quelquefois irritables, lorsqu’on trouble leur quiétude et leurs pensées extatiques. Ils perdent la mémoire, sont incapables d’attention, d’application, et on peut parfois voir survenir chez eux toute l’apathie intellectuelle et musculaire, toute la nonchalance et la dépression nerveuse qu’on retrouve chez le fumeur d’opium ou de hachisch, chez l’alcoolique, chez l’homme qui abuse du café, etc.

Cependant il ne faudrait pas, en s’exagérant les effets nocifs du tabac, se faire l’écho de ses détracteurs à outrance, et lui attribuer la dégénérescence morale que de nos jours, ainsi que de tout temps les esprits chagrins ou pessimistes constatent toujours chez les contemporains. Milton, Walter Scott, Byron, Haller, Boerrhaave fumaient.’; Napoléonprisait; Bacon, Locke, Newton, Kant, étaient à la fois priseurset fumeurs. Cependant ces noms personnifient en quelque sorte le génie et la puissance intellectuels !

Outre la diminution de l’acuité intellectuelle que néanmoins l’abus du tabac entraîne quelquefois, il peutencore occasionner dos congestions, des vertiges, des éblouissements ; mais là s’arrêtent peut-être ses méfaits sur l’encéphale, car rien ne prouve qu’on doive, comme on l’a déjà fait souvent, l’incriminer dans la production de la paralysie générale. Les fumeurs no sont pas plus que d’autres à l’abri de cette maladie et de ce qu’elle

coïncide chez eux avec Tiisage du taliac, il n’y a pas lieu de conclure à un rapport de cause à efïel.

Ainsi, M. Jolly constate que la consommation du tabac d’une part, et la fréquence de la folio paralytique de l’autre, ont augmenté simultanément dans ces dernières années, et il en conclut à une connexion. Mais le fail est loin d’être aussi simple que ne l’affirme le savantacadémicien. Si la proportion des cas de folie paraît avoir augmenté, cela pourrait résulter, en partie du moins : 1° de la fondation récente d’un grand nombre d’asiles, d’où l’introduction dans la statistique de beaucoup d’aliénés, qui autrefois n’étaient pas recensés; 2® de ce que la paralysie générale n’ayant réellement été connue que depuis peu, beaucoup de cas de folie échappaient autrefois au diagnostic. (Lefébure.)

Si, du reste, l’augmentation du nombre des aliénés est vraie d’une façon absolue, ce que tout porte à admettre, il y a là une résultante de tout état de civilisation très-avançé : les besoins • augmentent proportionnellement aiLX moyens de les satisfaire ; le luxe engendre souvent des préoccupations de toutes sortes, des excès quelquefois, et par suite une excitation cérébrale excessive : d’où, sans doute, cet accroissement dans le nombre des affections cérébrales et de l’aliénation qui en est le symptôme.

Enfin la consommation de l’alcool s’élève dans une proportion bien plus accusée encore que celle du tabac, et l’on sait qu’il est maintenant l’agent le plus redoutable dans la genèse des affections mentales.

En procédant ainsi à l’analyse des causes qui ont pu augmenter les cas de folie, ont voit que le tabac est loin de justifier les accusations excessives qu’on a élevées contre lui (1).

(l) On sait que les orientaux sont grands fumeurs et cependant la paralysie générale est rare chez eux (Moreau de Tours). Est-ce la conséquence de l’emploi du nargilhé, qui dépouille la fumée de la plupart de ses principes nuisibles ? Nous pensons que la principale cause réside ailleurs et qu’elle consiste dans l’abstension des alcools (loi de Mahomet), comme aussi dans le peu d’intensité de la vie cérébrale particulière à ces peuples.

Quoi qu’il on soit, nous ne prétendrons pas que, chez les sujets déjà menacés de paralysie générale, les excitations, les congestions répétées, suite d’abus de tabac, soient absolument sans influence sur la prolifération des éléments conjonctifs; nous ne contesterons pas davantage l’action nocive du cigare, etc., dans les cas de foliecilés par MM.Druhen,Turck,etc.; mais les cas de ce genre sont tellement rares, qu’on ne peut rien induire de pareille exception.

Les tremblements, l’impuissance, l’aslhénie, exceptés, nous croyons qu’on ne doit admettre qu’avec réserve certains phénomènes spinaux attribués au tabac : hémiplégie, paraplégie, épilepsie, etc. La plupart des observations citées à l’appui comporteraient probablement d’autres interprétations;

NICOTISME PROFESSIONNEL.

De toutes les questions qui se rattachent à l’histoire médicale du tabac, celledunicotisme professionnel est assurément une des plus controversées. Ramazzini , Fourcroy , Percy , Mérat. Pâtissier, etc., ont attribué au travail dans les manufactures des affections multiples, depuis les plus légères jusqu’aux plus graves. Pointe, Parent-Duchatelet, d’Arcet l’ont innocenté ou à peu près. Le vicomte Siméon a non-seulement essayé de le justifier, mais l’a représenté comme un préservatif de la fièvre typhoïde, de la phthisie, de certaines maladies parasitaires ou épidémiques, delà goutte, du rhumatisme, etc., etc.

La vérité est que toutes ces opinions n’ont pas été émises à la même époque, et portent toutes une empreinte de particularité propre aux circonstances et aux temps où elles se produisirent. Autrefois, on n’employait que la main-d’œuvre dans les manipulations du tabac, et alors les ouvriers étaient exposés à des affections fréquentes ; mais de nos jours, on a substitué au travail de l’homme celui des machines, et depuis cette heureuse innovation, le nombre des maladies professionnelles est considérablement restreint.

Toutefois la porfcclion apportée à l’outillage, l’excellent aménagement intérieur des ateliers et les précautions prises aujourd’hui par l’administration des tabacs, n’ont pas suffi pour faire disparaître complètement les accicîents morbifiques.

Les nouveaux venus dans les manufactures éprouvent des sternutations continuelles, de la céphalalgie, des vertiges, de l’inappétence, des nausées, des vomissements, des coliques, et ont de la diarrhée qui, dit-on, atteindrait surtout les temmes. Quelques-uns sont obligés de s’éloigner, mais la plupart finissent par s’acclimater au milieu où ils vivent. A part certaines conjonctivites ou laryngites rebelles, et de la polyurie, ceux qui restent ne s’aperçoivent plus, pendant plusieurs années souvent, de troubles dans leur santé.

Après un temps qui n’excède pas deux ans, en moyenne, les ouvriers présentent une altération spéciale du teint; c’est une pâleur particulière de la face d’un gris jaunâtre, une nuance, dit M. Méfier, qui tient de la chlorose et de certaines cachexies. Elle coïncide avec une diminution considérable de la fibrine du sang, et paraît devoir être rapportée à l’anémie ; les sujets ont fréquemment des congestions passives, et lorsqu’on les saigne, le caillot sanguin se recouvre rarement d'une couenne, ou tout au plus lorsque celle-ci existe, elle est fort mince. Aussi d’après M. Hurteaux. qui a surtout observé les faits que nous indiquons, l’emploi des ferrugineux suffirait dans les cas de ce genre pour faire disparaître les accidents.

Outre cette anémie plus ou moins cachectique, la santé des ouvriers paraît encore subir d’autres modifications : d'après M. Gasc (de Tonneins), les afl'ections nerveuses, les tremblements, les paralysies seraient des maladies très-communes parmi eux, et suivant d’autres observateurs, ils seraient souvent atteints de pertes séminales, d’impuissance ; leur vie aurait même une durée inférieure à la moyenne. Nous n’avons pas l’expérience suffisante pour nous prononcer dans une telle matière, mais si nous jugeons par analogie, et d’après l’effet qu’engendre chez les fumeurs l’abus du tabac, nous croyons que le travail dans les manufactures pourrait, dans des cas ra-

rcs à la vérité, entraîner des inconvénients aussi grands que ceux qu’on lui reproche. En tout cas il est certain, comme dit M. Métier, que parmi les ouvriers <lont nous parlons, on ne trouve jamais de beaux vieillards. Ceci n’a rien de surprenant : on ne vit pas toujours dans un milieu comme celui des manufactures, vicié par des poussières irritantes, de l’ammoniaque, de l’huile essentielle et la nicotine, sans en ressentir à la longue les inconvénients. Les poussières, les émanations ammoniacales produisent, après les sternutations du début, les conjonctivites et les laryngites dont nous avons parlé. L’huile essentielle occasionne la céphalalgie, les vertiges et les nausées. La nicotine détermine, outre ces accidents, d’autres troubles nerveux, et enfin toutes ces causes réunies concourent à la production de la cachexie professionnellè.

Les ouvriers les plus exposés sont ceux qui démolissent les cases du tabac à priser, mais tous, quoique à des degrés moindres, sont sujets à l'empoisonnement chronique par la nicotine.

Il paraît certain en effet que l’organisme absorbe cette substance. C’est l’avis de MM. Ruef et Boudet, qui, bien que n’ayant jamais pu découvrir la nicotine, ni dans le sang, ni dans les urines, n’en croient pas moins qu’elle y existe. C’est aussi celui de Drysdale, qui dit qu’à Vienne on a retrouvé l’alcaloïde dans le lait des jeunes femmes employées à la manufacture des tabacs; il ajoute que leurs enfants mouraient pour la plupart, si elle les allaitaient. De plus, on a remarqué que chez ces ouvrières, les eaux de l’amnios étaient quelquefois imprégnées de l’ocleur de tabac (Stoltz, à Strasbourg), et que fréquemment elles avortaient ou accouchaient d’enfants qui ne vivaient pas longtemps (Drysdale, etc.).

Si enfin on se souvient que des hommes sont morts pour avoir couché dans une pièce où on avait entassé des balles de tabac, il nous semble qu’on croira comme nous à l’absorption de la nicotine par le poumon ou la peau ; par suite, on no regardera pas comuio exempt de tout danger pour la santé le travail dans les manufactures do tabac.

Quant aux immunités dont jouiraient les ouvriers vis-à-vis

de certaines afl’ections, on les a de beaucoup exagérées. Voici loul d’abord la phthisie. C’est à tort que Siméon et Ruef (de Strasbourg) ont prétendu que cette affection n’apparaissait pas dans lès manufactures de tabac ; on l’y observe, quoique assez peu souvent, et en tout cas cette rareté ne doit pas être attribuée au tabac : les sujets atteints ou prédisposés à la tuberculose quittent de bonne heure les ateliers, parce qu^’ils ne peuvent en supporter l’atmosphère, d’où le petit nombre de phthisiques qu’on rencontre dans ces établissements.

Le tabac ne préserve pas davantage des fièvres intermittentes et de la fièvre typhoïde, et l’opinion contraire ne repose comme la précédente que sur des erreurs d’observation (G. Sée).

En revanche, il paraît exercer une influence favorable sur le rhumatisme, la goutte et les névralgies ; mais ce sont là, il faut l’avouer, de bien faibles avantages, auprès des inconvénients nombreux et graves qu’entraîne quelquefois pour les ouvriers la manipulation du tabac.

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