ANNALES D'HYGIÈNE PUBLIQUE ET DE MÉDECINE LÉGALE
2e SÉRIE, 1865, T. XXIV.
Journal rédigé par : MM. Andral, Boudin, Brierre de Boismont, Chevallier, Devergie, Fonssagrives, Gaultier de Claubry, Guérard, Michel Lévy, Mêlier, Pr.de Pietra Santa, Ambr. Tardieu, Trebuchet, Max. Vernois. Avec une Revue des travaux français et étrangers, par M. le docteur Beaugrand.
Publié depuis 1829, tous les trois mois, par cahier de 250 pages avec planches, PRIX DE L'ABONNEMENT ANNUEL :
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Lorsqu'à la suite des émouvants débats de l'affaire Palmer, M. A. Tardieu (2), entreprit d'écrire une étude médicolégale de l'empoisonnement par la strychnine, tout était encore à faire sur cette question délicate et difficile, sur laquelle aucun travail dogmatique d'ensemble n'avait été publié. — Cependant, avec la rectitude de jugement et la sûreté de vues qui le distinguent, le savant médecin-légiste français sut tirer du petit nombre de faits (seize seulement, presque tous incomplets) qui étaient alors connus et épars dans les divers recueils scientifiques, des conclusions d'autant plus remarquables, qu'elles trouvent, pour la plupart, une nouvelle confirmation dans les observations recueillies depuis, avec tout le soin et toute l'exactitude désirables.
Il semblerait donc imprudent de s'attaquer à un sujet aussi complètement élucidé par le premier auteur qui s'en soit occupé; si cet auteur, tout en traçant de main de maître les signes caractéristiques de l'empoisonnement par la strychnine, et en résolvant avec autorité les questions les plus ardues que cet empoisonnement puisse soulever devant la justice,, n'avait reconnu lui-même l'insuffisance des do-
(1) Mémoire lu à l'Académie impériale de médecine, dans les séances des 17 septembre et 7 octobre 1862. — Voyez Rapport de M. Reynal [Bulletin de l'Académie de médecine. Paris, 1864, t. XXIX, p. 877).
(2) A. Tardieu, Mémoire sur V empoisonnement par la strychnine, contenant l'affaire Palmer (Ann. d'hygiène publique, 1856, 2e série, t. VI,
cuments sur lesquels il s'appuyait et demandé à des observations ultérieures, plus nombreuses et plus complètes, la confirmation de vérités, qu'il avait plutôt entrevues que démontrées.
C'est pourquoi j'ai cru ne pas faire une chose tout à fait inutile en colligeant et analysant les observations plus récemment introduites dans la science.
Les auteurs de ces observations, instruits par la lecture du mémoire de M. A. Tardieu, ont certainement dû apporter à l'examen et à la constatation des faits qui se sont passés sous leurs yeux, une attention toute particulière, qui nous permettra de retirer de l'étude de ces faits un enseignement d'autant plus fructueux pour nous.
Si ces faits nous révèlent quelque particularité nouvelle, nous nous empresserons de la mettre en lumière. Mais, quand bien même nous n'aurions rien de nouveau à signaler, nous ne regretterions pas d'avoir entrepris ce travail ; car, dans ces questions de médecine légale qui intéressent à la fois la science et la justice, l'essentiel est moins de faire du nouveau que d'arriver à la précision la plus rigoureuse, et à la certitude la plus absolue.
A côté des questions médico-légales relatives à l'empoisonnement par la strychnine, viennent se poser les questions de traitement, dont l'intérêt n'est pas moindre pour le médecin, et qui peuvent, ce nous semble, être agitées avec quelque utilité pratique, tant au point de vue de laguérison possible qu'au point de vue des modifications imprimées à la symptomatologie de cet empoisonnement, par les divers agents thérapeutiques qui peuvent lui être opposés. D'où la division de ce travail en deux parties. La première, purement médico-légale, dans laquelle les faits observés sur l'homme devront être seuls invoqués. — La deuxième, plutôt thérapeutique, dans laquelle je donnerai la relation d'expériences que j'ai instituées sur divers animaux.