ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Dans tout le cours de ee travail, je me suis étendu sur F anatomie pathologique de chaque fait en particulier, aussi aurai-je peu à en parler dans ce chapitre.
Dans les cas où les enveloppes du testicule ont été examinées, elles ont toujours été trouvées saines. La tunique vaginale ellemême a rarement présenté les signes de T inflammation; encore, dans ces cas, il faut attribuer l’état morbide à une lésion traumatique, à une vaginalite exsudative ou à une hydrocèle. Dans un cas, cependant, et sans cause connue, la tunique vaginale présentait un épaississement de 2 à 3 millimètres avec oblitération de la cavité; il n’y avait là nul signe de fausse membrane. Chez le malade de M. Verneuil, l’oblitération de la cavité était due à une vaginalite exsudative. L’inflammation avait été assez vive pour souder au feuillet de la vaginale l’enveloppe fibreuse externe du cordon et la couche crémastérique.
Quoi qu’il en soit, les enveloppes sont ordinairement saines et la tunique vaginale est épaissie. Dans tous les cas, la tunique albuginée est distendue et amincie.
La tumeur cartilagineuse siège ordinairement dans la glande testiculaire, quelquefois dans le testicule et l’épididyme, très-rarement dans l’épididyme seul.
En incisant l’enveloppe de la tumeur, on a souvent constaté la présence d’une couche mince de tissu séminifère qui coiffait les masses cartilagineuses, ce qui avait fait supposer que le cartilage refoulait la glande et l’atrophiait ; mais on a trouvé aussi, par un examen plus attentif, que les tubes de cette couche étaient rompus et détruits en partie, que de semblables tubes se trouvaient dans toutes les portions de la tumeur et à toutes les profondeurs, et qu’enfin la tunique albuginée enveloppant toute la masse, il fallait
bien qu’elle eût pris naissance dans une des parties constituantes de la glande, Cette couche superficielle n’existe pas dans tous les cas. Elle se sépare facilement de la tumeur qui toujours est ovoïde, régulière, et a conservé la forme primitive du testicule. Une couche celluleuse mince enveloppe la masse entière, et envoie dans l’intérieur des cloisons qui toujours n’ont pas la même consistance et, même dans certains cas, présentent la texture soit du fibro-cartilage, soit du cartilage.
La surface de la tumeur est légèrement mamelonnée, présente de nombreuses circonvolutions à peu près semblables cà celles du cerveau. Un tissu rosé et la couche celluleuse remplissent les circonvolutions. A l’œil nu, la tumeur semble lisse ; mais à la pression les inégalités se font sentir, soit sous la forme de pointes aiguës, soit sous la forme de plaques dures, ou enfin donnent la sensation de petits corps durs arrondis. Il est rare de constater une égale densité dans tous les points du sphéroïde, et nous verrons que ces sensations diverses dépendent du degré de développement du cartilage.
Ou le cartilage n’occupe qu’une portion de la glande, ou il occupe cette glande tout entière. Dans le premier cas, il s’y rencontre souvent sous la forme marronnée. Ce sont alors de petits grains blancs et brillants peletonnés en masse, et réunis par du tissu fibreux. Ces masses peuvent être séparées, soit par du tissu séminal sain, soit par du tissu fibreux, soit encore par des canaux séminifères altérés, ou du tissu connectif hypertrophié, soit enfin par des amas ramollis et formés d’épithélium nucléaire.
Si le cartilage occupe toute la glande, il peut s’v trouver en même temps à ses trois périodes: de formation, de crudité, de ramollissement.
Le cartilage de nouvelle formation se distingue par son peu de densité; il se laisse facilement écraser sous le doigt, se sépare en grumeaux et ne présente aucune trace de vaisseaux. Quelques noyaux et quelques plaques plusdures, plus brillantes, sont mélan-
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gés à la masse. Dans d’autres points, il présente une couleur blanche avec un léger reflet bleuâtre, il est dur et élastique ; ses cellules sont régulières, ont pris leur développement complet, contiennent leurs noyaux et leurs nucléoles. Il y a déjà présence de vaisseaux très-ténus. La période de crudité est complète en ce point. La masse est homogène. Le cartilage se présente sous la forme de tubes entortillés ou de grains très-serrés, difficilement énucléables du tissu connectif qui les réunit, à moins cependant que la maladie kystique ne coïncide avec l’enchondrome. Quelques-uns de ces grains sont entourés d’une substance fibro-membraneuse qu’a décrite Muller, et que M. Cruveilhier a trouvée quelquefois dans d’autres régions en assez grande épaisseur pour appeler cette forme de cartilage aréolaire.
Dans d’autres points enfin le ramollissement a commencé ou il est complet. Dans le premier degré, on constate la couleur jaunâtre du tissu celluleux et du tissu connectif, et la couleur terne du cartilage : le microscope montre de nombreuses granulations graisseuses. Dans le deuxième degré, l’on trouve de petites tumeurs au centre des lobes cartilagineux ou à leur surface, tumeurs contenant une matière jaune verdâtre de la consistance du miel. Ces tumeurs, comme l’a fait remarquer M. Lebert, sont de véritables kystes auxquels la paroi cartilagineuse sert de coque. Dans ces cavités on ne trouve pas ordinairement de globules de pus. M. Verneuil y a rencontré des corpuscules granuleux, un grand nombre de granulations et des gouttelettes graisseuses très-abondantes, enfin une énorme proportion de corps irréguliers d’un jaune brillant, n’étant autres que les nucléoles des cellules cartilagineuses altérées. Dans les cloisons de ces cavités, on aperçoit des vaisseaux nombreux et, dans quelques points de la tumeur, des cavités complètement remplies de sang ou d’un liquide vicié. Ces collections sanguines viennent de la rupture des vaisseaux des cloisons pendant le ramollissement. Elles tiennent à l’état de vascularisation
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propre à l’enchondrome. Ces cavités kystiques sont moins considérables dans le testicule que dans les enchondromes des autres parties du cotps.
Nous avons déjà dit que l’enchondrome de la maladie kystique avait une forme spéciale, qu’il se développait dans les tubes du rele testis , dans les ampoules kystiques, et qu’il finissait quelquefois parles remplir complètement. Dans cescas,lesgrainssontfacilement énucléables, ils semblent nager au milieu d’un liquide, ou n’être que juxtaposés à la couche cellulo-membraneuse qui les entoure.
Dans l’enchondrome type on trouve aussi des kystes qui ne sont pas dus au ramollissement du cartilage dans les lobules : ces kystes ont 2 à 3 millimètres de diamètre ; les uns sont arrondis, les autres allongés et semblent être des canaux séminifères dilatés. Leur enveloppe est mince, celluleuse, et ne se déchire pas quand on ouvre la tumeur par arrachement. Leur contenu est albumineux et, la plupart du temps, transparent. Le liquide contient souvent des cellules épithéliales, quelquefois des noyaux cartilagineux à l’état naissant.
Si fenehondrome des parties molles présente la plupart des caractères extérieurs de l’enchondrome des os, il en diffère par la rareté extrême de présenter dans son intérieur des noyaux d’ossification. Le musée de l’hôpital Saint-Thomas à Londres présente cependant un exemple d’eu chondrome du testicule avec dépôt de matière osseuse. Dans la série histologique du musée huntérien (vol. 1, p. 7), M. Quekett a décrit plusieurs pièces de tumeurs cartilagineuses du testicule, dont chacune présente à son centre une petite masse osseuse; mais il n’a jamais trouvé dans cette masse ni cellule osseuse, ni corpuscule, et il appelle cette matière osseuse anormale.
Dans 1 observation de tumeurs cancéreuses et cartilagineuses de J . Paget, il est indiqué que quelques parcelles d os étaient mêlées à la masse cartilagineuse. Dans la pièce de M. Lhonneur, il y avait
de la substance osseuse vraie ; je l’ai vue dans le corps d’Highmore,
formant des arborisations et envoyant des aiguilles osseuses du rete
testis vers le centre de la tumeur. M. Verneuil nous a parfaitement montré les corpuscules caractéristiques; mais rien n’indiquait le passage du cartilage à l’ ossification, et nous en sommes encore à nous demander si cette matière osseuse s’était formée d’elle-même ou si elle n’était qu’une transformation de l’enchodrome.
Dans l’épididyme, le cartilage offre les mêmes caractères que dans le testicule. Quelquefois cet organe a été trouvé sain, quelquefois atrophié et perdu dans la tumeur. Eqfin, dans certains cas où deux tumeurs étaient parfaitement distinctes, l’une occupait l’épididyme, l'autre le testicule. Une fois celle de l’épididyme était ramollie, quand celle du testicule n’avait encore subi aucune altération.
Le cordon est ordinairement sain, souvent plus gros qu’à l’état normal. Cet accroissement de volume tient soit au développement variqueux du plexus pampiniforme, soit à la période avancée de la maladie, soit enfin au siège du cartilage dans le testicule. En effet, dans le cas de Paget, il était grossi par les lymphatiques cartilagineux ; dans le mien, par la substance grise et ramollie contenue dans le cordon épididvmaire ; et enfin, chez le malade de M. Llionneur, le volume diminuait dans la position horizontale.
Loin de moi la pensée de vouloir ici donner la théorie de l’évolution du cartilage, son étude microscopique, son analyse chimique, et enfin tout ce qui tient à l’anatomie pathologique générale de l’encondrome. Cette étude est aussi complète que possible dans le livre de Muller, dans celui de Lebert, et enfin dans les thèses plus récentes de MM. Fayou et Audé. Je veux et dois m’en tenir ici à l’étude de l’enchondrome dans le testicule. Un des points les plus importants de la question est de rechercher l’origine de la formation du cartilage dans la glande. Voyons en quelques mots le siège anatomique du cartilage dans l’enchondrome des parties molles.
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On a dit que les tumeurs cartilagineuses peuvent se rencontrer dans toutes les parties du corps et dans tous les organes, mais plus spécialement près des articulations et dans les endroits où se trouve le cartilage naturel. M. Dolbeau a rapporté des faits d’enchondrome développé dans les glandes sébacées (Gaz. des hôp., 18 octobre 1860). M. Buez (Gaz. des hôp., 1859, 24 novembre) a trouvé les mêmes tumeurs dans le tissu musculaire. En étudiant l’enchondrome dans la parotide, M. Dolbeau a placé le siège anatomique du cartilage dans les ganglions parotidiens, dans les ganglions voisins, et enfin clans les cloisons de la glande salivaire. 11 a donné de cette dernière hypothèse une explication fort ingénieuse : les cloisons interlobulaires subiraient une sorte d’hypertrophie, pendant laquelle se formeraient les éléments cartilagineux; ces cloisons seraient d’abord fibro-cartilagineuses, et deviendraient parla suite cartilagineuses. Quoi qu’en dise M. Audé (Thèse de Paris, 1859, Du parallélisme de formation des tissus fibreux et cartilagineux dans les enchondromes, sans aucune transformation), je ne saurais m’empêcher de croire à la nature cartilagineuse des cloisons interlobulaires dans le testicule présenté par M. Lhonneur. Sur cette pièce on voyait quelques cloisons simplement fibreuses, d’autres plus résistantes, mais sans matière amorphe, et fibro-cartilagineuses, d’autres enfin plus blanches, plus dures et tout à fait cartilagineuses. Le cartilage peut donc se développer dans les cloisons interlobaires du testicule; mais il peut se développer, je crois, dans toutes les parties constituantes de cette glande et dans toutes ses portions. Dans la maladie kystique, Curling l’a trouvé dans les conduits du corps d’Highmore; Paget l’a rencontré dans les lymphatiques du rete teslis et du cordon; dans un autre cas, je l’ai trouvé dans le cordon épididymaire en même temps que dans les lymphatiques du corps d’Highmore. Dans la pièce de M. Verneuil, il paraît siéger dans le tissu connectif; enfin, dans la pièce présentée par M. Lhonneur, on le trouve partout : dans les cloisons interlobaires, dans
le tissu connectif, dans les tubes séminifères et dans le rete testis. Enfin M. Sonon dit l’avoir vu dans la gangue fibreuse de l’albuginée. Dans les pièces de MM. VerneuiletLhonneur, le ramollissement occupe une partie superficielle de la tumeur ; il est donc supposable que l’altération avait débuté par la périphérie. Dans un autre fait, c’est l’épididyme qui s’est ramolli le premier. Dans la pièce d’Astley Cooper, le point ramolli était au. centre du testicule. Cette diversité de siège indique bien qu’il n’est pas possible d'assigner au cartilage un siège anatomique précis dans le testicule ; il est aussi impossible d’indiquer l’ordre de révolution de l’affection dans les différentes parties de la glande séminifère.
Dans les Archives de mai 1856, M. Robin avance que tous les sarcocèles encéphaloïdes et kystiques sont entourés par une couche de substance séminifère amincie. Il en conclut que ces tumeurs ont toujours leur origine dans l’épididyme. Il est en désaccord avec Curling pour les deux affections. A cause de cette couche séminifère et pour des motifs plus sérieux, Curling place le siège de l’affection kystique dans le corps d’Highmore. Je n’ai pas à entrer pour l’enchondrome dans cette double discussion. Evidemment l’épididyme n’est pas toujours le point de départ de l’enchondrome, puisque cet organe a été trouvé sain dans plusieurs cas. Evidemment le corps d’Highmore n’est pas l’unique lieu d’origine et de développement du cartilage, puisque nous avons trouvé des tubes séminifères rompus dans toutes les portions d’une tumeur et entourant des noyaux cartilagineux disséminés dans toutes les parties de la glande. La substance séminifère étalée sur la masse morbide ne différait pas de celle qu’on rencontrait entre les différents lobes dans l’intérieur de cette masse.
Enfin, pour terminer ce chapitre déjà trop long sur l’anatomie pathologique de l’enchondrome testiculaire, je dirai que plus souvent que dans tout autre enchondrome des parties molles, on y rencontre le cancer encéphaloïde. Dans la majorité des cas, les
deux tissus sont séparés par une capsule distincte, et dans les cas de récidive qui ont été observés les tumeurs lombaires n’ont présenté au microscope que l’élément cancéreux.
La matière tuberculeuse s’est rencontrée aussi deux fois dans la même affection; ici encore elle paraissait séparée du cartilage.
Enfin, dès le commencement de ce travail, j’ai dit que pour Curling le cartilage compliquant la maladie kystique se développait dans les tubes du corps d’Highmore et dans leurs dilatations.
ÉTIOLOGIE.
L étiologie de f enchondrome des parties molles est encore entourée d’un voile bien épais. Dans les causes générales, il est impossible de s’arrêter sérieusement à l’une des diathèses qui sont la source de tant d’affections locales. La scrofule n’a jamais été notée chez nos malades; le virus syphilitique paraît sans influence sur la production du cartilage. La diathèse cancéreuse semblerait avoir plus d’effet; mais sa coïncidence fréquente avec l’ enchondrome ne semble avoir lieu que dans le testicule, et ce siège de prédilection dans un seul organe prouve seulement que le cartilage peut se développer chez les sujets cancéreux, mais sans avoir avec le cancer le moindre rapport de cause à effet.
Avec tous les auteurs qui ont écrit sur l’ enchondrome en général, je me vois forcé d’admettre une prédisposition inhérente à la constitution de certains sujets ; et les nombreux exemples d’enchond rouies multiples en sont la meilleure preuve.
Les rares observations dans lesquelles l’hérédité a été invoquée sont dues à Boyer, à Paget et à Bickersthet, cité par ]VL Broca. Ces faits sont trop rares pour être d’un grand poids; ils doivent cependant être invoqués dans les causes prédisposantes.
L’âge exerce une influence bien manifeste sur la production de renchondrome du testicule. Dans les quinze cas où l’age a été noté*
l’évolution s’est faite, dix fois entre vingt-deux et trente ans, quatre fois entre trente et quarante ans, et une fois à quarante-cinq ans. L’opéré de Dieffenbach seul était un vieillard.
Pour Muller, les lésions mécaniques seraient la principale cause de l’enchondrome des os. Sans partager ici l’ opinion du physiologiste allemand, je suis porté à croire que les violences extérieures entrent pour beaucoup dans le développement du cartilage. Elles ne le produisent pas, mais elles aident singulièrement à son accroissement rapide.
Dans dix cas, j’ai pu trouver une cause invoquée par le malade.
Six fois il y avait eu contusion du testicule .
Deux fois les malades accusaient un violent effort.
Une fois il y avait orchite blennorrhagique.
Enfin le malade de Paget, après avoir constaté une augmentation légère du testicule survenue sans cause, vit cette glande prendre un développement considérable après le froissement de l’organe par une barre de fer.
Enfin, dans cinq cas dont les renseignements étiologiques ont été pris avec soin, il a été impossible de trouver aucune cause. N’est-i1 pas possible, avec l’hypothèse d’une prédisposition constitutionnelle spéciale, d’admettre que, sous l’influence des phénomènes morbides de l’inflammation, le cartilage, s’il existe à l’état naissant ou déjà complètement formé, puisse, dans le premier cas, achever son évolution et, dans le second, prendre un développement considérable?
Après l’exposé des cinq faits dont les renseignements étiologiques sont négatifs, il faut bien croire à l’évolution spontanée du cartilage. On est donc forcé d’admettre, sous la forme du nescio qirid habituel de toutes les maladies, une espèce de diathèse cartilagineuse, une sorte de prédisposition constitutionnelle à produire ce tissu homœomorphe. Avec cette hypothèse, on pourra alors expli-
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qaer et l’enchondrome multiple, et sa généralisation, et sa tendance à récidiver.
SYMPTOMATOLOGIE.
Dans l’exposé des symptômes de la maladie, on peut admettre encore trois degrés, le début, F accroissement, et enfin le ramollissement de la tumeur.
Dans le début, les symptômes diffèrent d’après les causes de l’affection, ou plutôt les circonstances qui accompagnent sa production. Après un coup, un froissement, un tiraillemement ou une uréthrite, on voit apparaître une orchite qu’une médication appropriée fait bientôt cesser. Pendant les premiers jours, les symptômes inflammatoires voilent la véritable affection; mais aussitôt qu’ils ont cessé, la peau du scrotum reprend sa couleur normale, le gonflement diminue, mais ne disparait pas, et le malade constate un point de la glande plus dur que les parties voisines. Chaque jour cette nodosité grossit, s’étend et semble faire corps avec le reste du testicule. C’est ordinairement dans un des points de la convexité antérieure de la glande ({lie siège cette tumeur primitive. N'est-ce pas là aussi la portion la plus exposée aux violences extérieures ? Les phénomènes douloureux semblent ne tenir qu’à l’orchite, ils cessent avec elle, et si, par la pression, le testicule devient douloureux, il faut attribuer cette douleur à la sensation spéciale de la portion restée saine, ou à la compression de celle-ci par la tumeur primitive. 11 n’y a jamais alors de douleurs dans les lombes.
La sensation douloureuse n’existe pas ou est insignifiante, quand il n’y a eu ni coup ni froissement. Dans ce cas, le début est rarement constaté par le chirurgien; car celui-ci n'est appelé que pour les symptômes inflammatoires.
Bientôt la tumeur prend un développement régulier et de forme ovoïde. Le testicule semble s’hypertrophier en masse et sur toute sa périphérie. 11 est partout élastique et résistant. 11 n’a pas encore
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de dureté caractéristique. La consistance est homogène. La tumeur met ordinairement de six à huit mois pour arriver à son développement complet. Pendant ce laps de temps, elle est rarement douloureuse, et si le malade accuse de la douleur, on peut croire à coup sûr à une vaginalité exsudative, comme chez le sujet de M. Verneuil. C’est surtout à la pression que la masse est indolente. A cette époque, son volume est ordinairement celui d’une grosse orange. La tumeur arrivée à cet état présente presque 'toujours une période stationnaire qui peut, durer plusieurs mois; elle n’est gênante que par son poids. Si le malade accuse quelque douleur dans l’aine ou dans les reins, cette douleur, disparaissant dans la position horizontale ou avec le suspensoir, ne doit être attribuée qu’au tiraillement du cordon. Pendant cet état stationnaire, on peut constater une augmentation de dureté et de poids.
Enfin, le plus souvent sans cause appréciable, la tumeur prend un développement subit, et le point correspondant à la portion primitivement indurée devient douloureux. Le malade, effrayé, consent alors à entrer à l’hôpital ou à se faire opérer. On constate l’état suivant : la tumeur est ovoïde, régulière, du volume du poing pour le moins ; le scrotum est sain et glisse facilement sur la masse morbide. Sa surface est lisse et n’est pas parcourue par un réseau de vaisseaux flexueux, irréguliers, à moins que l’affection ne soit très-avancée. Le cordon est ordinairement sain. 11 est souvent plus gros qu’à l’état normal, mais ce volume ne tient qu’à l’état variqueux du plexus pampiniforme. On ne sent pas de ganglions dans l’aine. A la palpation on sent de petits mamelons, de petits lobules qui souvent ne sont perçus qu’à la pression et ressemblent à des noyaux durs, séparés par du tissu élastique moins résistant. Ces noyaux présentent quelquefois une dureté spéciale et caractéristique. Dans certains cas, ce sont des pointes aiguës trè^-dures qui ne laissent plus aucun doute sur la nature de la maladie. Mais le plus souvent cette sensation est voilée par l’ épaisseur de la tunique
vaginale, par la petite quantité de liquide qu elle peut contenir, et enfin par une mince couche de substance tubuleuse étalée sur la partie antérieure de 1a. tumeur. Dans le cas de M. Verneuil, l’existence de ces pointes a pu permettre à l’habile chirurgien de porter un diagnostic d’emblée.
En certains points de la masse morbide et ordinairement à l’ endroit où le malade place l’origine de son mal, on trouve une sorte de rénitence; la tumeur est moins dense, elle est dépressible. La pression en cet endroit est douloureuse. Cette rénitence et cette douleur correspondent alors à un point en voie de ramollissement. Ce ramollissement se fait par place et nullement sur toute la périphérie, comme celui que produit, dans les premiers temps, le traitement ioduré. Ce ramollissement, dû à l’ioclure de potassium, n’est le plus souvent que momentané et peu sensible ; la dureté primitive se fait sentir de nouveau et démontre l’inutilité de ce traitement. S’il y a un peu de transparence en un point, cette transparence est très-limitée, difficile à percevoir, et tient à un peu de liquide contenu dans une portion non oblitérée de la cavité vaginale. Le trocart, en donnant issue à ce liquide, permet au doigt de sentir plus facilement les nodosités cartilagineuses. Enfin, si le ramollissement est plus avancé , on peut reconnaître en certains points une espèce de fluctuation, tenant à des kystes volumineux nés de la vascularisation propre à l’enchondrome.
Les trois périodes ne sont pas toujours aussi distinctes ; l’évolution du cartilage peut être plus rapide, et son ramollissement commencer en un point de la tumeur, quand la période de crudité et celle de début existent dans d’autres portions. 11 est rare que l’enchondrome du testicule présente des lésions extérieures plus avancées que celles que je viens de décrire. L’opération étant toujours proposée et acceptée, quand la tumeur devient gênante ou douloureuse, jamais F ulcération du scrotum n a été observée dans cette maladie.
Chez le malade de M. Richet, on faisait sortir par la pression sur la prostate un liquide purulent de l’urèthre, il est fâcheux que ce liquide n’ait pas été examiné au microscope. Peut-on croire que l’affection née dans le testicule ait pu se propager à l’un des lobes prostatiques, lobe que M. Richet a noté plus volumineux cjue l’autre?
Jusqu’ici, toutes les fois qu’il a été possible de percevoir une tumeur inguinale ou lombaire, on concluait à la présence du cancer; le fait de Paget et le nôtre doivent apporter quelques restrictions à ce diagnostic. Chez le malade de M. Godard, la tumeur lombaire n’a pu être perçue qu’ après son inflammation ou son ramollissement ; à partir de l’opération elle a pris un développement considérable, elle a amené la paralysie du membre correspondant, et des symptômes d’étranglement intestinal ; auparavant elle n’a donné aucun signe d’existence, et je crois être dans le vrai en faisant dater son origine et son évolution du jour où le fongus du cordon a paru, c’est-à-dire dix jours après la castration. Il est facile, dans ce cas, d’expliquer la gravité de l’état général, la fièvre, la maigreur extrême, la teinte terreuse de la peau et l’état cachectique observés, sans faire intervenir la diathèse cancéreuse.
Quand des symptômes particuliers seront observés du côté des organes respiratoires, tels que dyspnée suffocante, submatité, souffle tubaire, etc., on pourra soupçonner la présence du cartilage dans les poumons.
Le volume de la tumeur, est variable ; il n’a jamais été moindre que celui d’une grosse orange, il a atteint celui de la tête d’un fœtus.
Sur les dix cas dans lesquels on a noté le testicule affecté, sept fois c’était le gauche, trois fois le droit. Dans sept cas, la durée a été relevée. La moyenne a été de vingt et un mois.
Je ne décrirai pas ici les symptômes de l’encbondrome mélangé à l’affection kystique, au cancer ou au tubercule : ces symptômes,
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si l’on en excepte le volume de la tumeur et sa dureté spéciale dans les points correspondants au cartilage, sont ceux de chacune de ces maladies en particulier.
Dans les vingt-huit faits connus d’enchondrome testiculaire, un seul testicule était malade.