DIAGNOSTIC
Quand tous les signes énumérés plus haut se trouvent réunis chez le même malade, il est facile de reconnaître la nature de la tumeur ; mais il est rare que tous les symptômes soient aussi bien tranchés, et que tous les renseignements fournis par le malade soient aussi exacts.
La sensation de pointes dures et élastiques peut à elle seule, quand elle existe, fournir un élément de diagnostic certain, car on ne la trouve dans aucune autre affection du testicule ; mais j’ai déjà dit pourquoi elle manquait souvent. Voici l’ensemble des signes probables que l’on rencontrera le plus souvent : longue jdurée de la maladie, lenteur dans l’évolution, indolence à la pression, état sain du cordon et des enveloppes testiculaires, dureté spéciale, élasticité, volume et poids considérables de la tumeur, forme ovoïde, régulière et légèrement mamelonnée.
L’absence de transparence et la forme ovoïde écarteront l’idée de l’hydrocèle vaginale.
Dans l’hématocèle, la tumeur ne sera jamais aussi volumineuse, aussi dure, aussi résistante ; elle sera le plus souvent piriforme et légèrement fluctuante ; en outre, il y aura douleur spéciale vers la partie postérieure.
L’acuité des symptômes de l’orchite aiguë ne saurait permettre de la confondre avec aucune des affections chroniques du testicule.
Il n en est pas de même de l’orchite chronique. Dans la période
de début, quand l’enchondrome n’a pas encore pris son développement, quand il y a encore quelques douleurs, et surtout quand la maladie apparaît après une contusion de l’organe, il sera quelquefois difficile de se prononcer. Cependant, dans l’orchite chronique, la maladie a débuté par l’épididyme, la tumeur est peu volumineuse, a pris rapidement son développement; elle n’est jamais aussi dense, aussi lourde, et du reste la compression exercée sur la masse morbide produit la douleur spéciale du testicule comprimé.
Ce que je viens de dire à propos de l’orchite chronique peut s’appliquer aussi à l’orchite syphilitique. Mais quand un homme se présente avec des antécédents syphilitiques avérés, et que la tumeur n’a pas acquis tout son volume, la difficulté sera plus grande encore. Je veux parler, bien entendu, de l'orchite survenue pendant la période tertiaire de la syphilis; car l’orchite de la période secondaire survient ordinairement dans la première année de l’infection et au milieu des symptômes habituels de cette période, symptômes assez tranchés pour faire reconnaître tout de suite l’ affection vénérienne. Dans l’orchite tertiaire, l’indolence est trèsmarquée ; la maladie a débuté par le corps de la glande ; le volume de la tumeur peut égaler celui d’une orange, mais rarement elle le dépasse. Mais les deux testicules peuvent se prendre, ce qui n’arrive pas dans l’enchondrome ; mais la dureté n’est jamais aussi grande, surtout en arrière, et, du reste, le traitement antisyphilitique vient promptement lever tous les doutes.
La série des symptômes habituels énoncés plus haut empêche qu’on ne confonde l’enchondrome avec les tubercules et l’encéphaloïde. Du reste, dans deux observations, je me suis étendu sur le diagnostic différentiel de ces trois espèces de tumeurs. Il me suffira de dire que, dans les cas de tubercules, la tumeur est irrégulière et peu volumineuse, et souvent l’affection coexiste dans les vésicules séminales, la prostate et les poumons.
Dans l’encéphaloïde, la tumeur s’accroît d’une manière très-irré-
M. DAUVÉ. — DE L’ENCHONDROME DU TESTICULE.
gulière, elle devient molle en certains points et donne une fausse sensation de fluctuation; elle prend des adhérences avec le scrotum, qui rapidement revêt l’apparence variqueuse. Il y a douleurs sourdes d’abord, puis lancinantes. Le cordon et les ganglions lombaires parti cipeut ordinairement à la maladie. Jamais le volume de la tumeur ne devient aussi considérable que dans l’enchondrome.
La maladie kystique du testicule est celle que I on confondra le plus avec l’enchondrome arrivé à sa période de ramollissement. Tous les symptômes, excepté la sensation de pointes dures et la densité spéciale, sont communs aux deux affections, et quand ces signes n’existeront pas ou plutôt seront douteux, on pourra diagnostiquer soit un enchondrome arrivé à une période avancée de vascularisation ou de ramollissement, soit une maladie kystique contenant du cartilage ; dans les deux cas, l’ablation de l’organe devant toujours être recommandée, la méprise ne saurait être préjudiciable.
Il ne reste plus maintenant qu’à écarter l’idée de l’hvdrocèle avec épaississement. « Dans celle-ci, a dit M. Gosselin, en quelque point qu’on explore la région scrotale, les doigts sont arrêtés tout de suite par la résistance des enveloppes, tandis que, dans les tumeurs solides, la dureté est également superficielle en arrière; mais quand on explore en avant et sur les côtés, on ne la rencontre habituellement qu’ après avoir déplacé un peu de liquide, ou refoulé une couche de parties molles assez épaisse pour donner à la sensation quelque chose de spécial. » De plus, dans l’épaississement la tumeur est très-lisse et ne présente jamais de mamelons ; cependant, dans tous les cas, il convient de faire une ponction exploratrice, quand ce ne serait que pour évacuer la petite quantité de liquide contenue quelquefois dans la tunique vaginale, et pour mieux assurer le diagnostic.