NATURE DE LENCHONDROME ; PRONOSTIC
La majeure partie des auteurs qui ont écrit sur l’enchondrome en général, l’ont rangé parmi les tumeurs bénignes. M. Cruveilhier dit qu’un des grands caractères de ces tumeurs est l’impossibilité de dégénérer en cancer. Pour M. Lebert l’enchondrome est une maladie essentiellement locale, qui n’envabit qu’ exceptionnellement les tissus voisins, n’exerce ordinairement sur eux qu’une gène, très-peu considérable du reste, tant que le développement est lent. Mais il ajoute (pie ce développement peut devenir rapide, et que le chirurgien doit être prévenu de la possibilité d’une marche grave et destructive de l’enchondrome. Enfin, dans le travail plus récent de M. Dolbeau (Gaz. hebd ., 1858), on lit que «l’enchondrome est une maladie bénigne qui ne tue pas par infection» ; mais cela ne veut pas dire que les tumeurs cartilagineuses ne soient pas susceptibles de récidiver après une et même deux ablations successives. Sont-ce des récidives ou simplement des tumeurs secondaires formées par le développement de quelques parties de la tumeur primitive, ou bien des tumeurs à l’état de crudité développées après l’opération?
Dans son Traité des maladies du sein (2e édit., 1858, p. 458), M. Velpeau professe une tout autre opinion, quand il dit « que la masse colloïde seule est une tumeur bénigne; la masse colloïde, mêlée de tissu chondroïde et fibro-plastique ou encéphaloïde, est un cancer particulier » . Pour le savant professeur, c’est le cancer nappiforme ou chondroïde. Chez le malade de M. Godard, M. Velpeau eut assurément diagnostiqué un cancer ; il y avait là tumeur colloïde, tissu fibreux et chondroïde, mais ces tissus n’étaient pas mélangés. Le microscope n’a démontré la présence d’aucun élément cancéreux. Dans les accidents consécutifs, il y eut dépérissement, teinte terreuse de la peau et la plupart des signes extérieurs de la
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diathèse cancéreuse. M. Lebert explique les faits de ce genre dans les lignes suivantes empruntées à son Anatomie pathologique , page 224: «Ces malades peuvent succomber enfin dans un état de dépérissement qui pourrait faire croire à l’existence d’une affection cancéreuse, si l’examen anatomique ne mettait pas hors de doute la structure non carcinomateuse de |la lésion. On ne saurait donc être assez pénétré du fait que la marche clinique des tumeurs non cancéreuses peut souvent concorder avec celle des affections carcinomateuses, et que, par conséquent, il n’y a de classification naturelle pour les tumeurs que celle qui est basée sur l’analyse de tous leurs caractères. »
Je ne crois point que l’enchondrome soit une affection maligne, dans le sens scientifique attaché à ce mot, quand il s’applique au cancer; mais les faits prouvent que les tumeurs cartilagineuses peuvent se généraliser dans les viscères, se développer dans les ganglions lymphatiques et entraîner, dans ces deux cas, par leur développement rapide ou leur ramollissement, les désordres les plus graves.
Sans parler des cas toujours graves dans lesquels l’enchondrome coïncide avec l’encéphaloïde ou les tubercules, les résultats amenés par la castration n’ont pas toujours été favorables.
Sur les huit observations que j’ai pu réunir, le résultat n’est pas connu chez un malade; le dernier opéré est encore à l’hôpital; trois opérés sont sortis guéris de l’hôpital et n’ont pas donné de renseignements ultérieurs. Enfin trois sont morts : le premier avec des tumeurs cartilagineuses dans les poumons et les lymphatiques du cordon ; le second avec des tumeurs secondaires contenant du cartilage et ayant perforé le duodénum; le troisième cinq mois après l’opération avec des symptômes inexpliqués du côté des organes respiratoires.
Ces chiffres parlent assez haut pour la gravité de l’enchondrome du testicule, et doivent prévenir le chirurgien de la possibilité de
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graves accidents et lui faire établir son pronostic en conséquence.
En présence d’un malade supposé atteint d’enchondrome testiculaire, le chirurgien devra, suivant les cas, essayer les médications antiphlogistiques, révulsives, fondantes et antisyphilitiques, et ce n’est qu’après avoir constaté l’inutilité de tous les médicaments ordinaires qu’il devra proposer la castration.
A quelle époque doit-on opérer? On a vu que l’enchondrome du testicule pouvait rester stationnaire pendant plusieurs mois et même pendant plusieurs années; ce n’est guère pendant cette période que les malades réclament le grand remède, car la tumeur les gène modérément, ils ne souffrent pas, et toujours ils espèrent guérir par une médication nouvelle. Mais quand l’accroissement rapide sera survenu, quand la gêne sera considérable, quand un ou plusieurs points ramollis auront amené leur douleur habituelle, le malade demandera lui-même à être opéré. Dans les cas de tumeur indolente perçue dans un point du cordon, l’opération devra être proposée et acceptée sur-le-champ. Quelque procédé qu’il emploie pour la castration , le chirurgien devra toujours, avant de porter le bistouri ou la chaîne de l’écraseur sur le cordon, examiner si les éléments de ce dernier ne sont pas envahis et, dans ce cas, pratiquer la section aussi loin que possible du point malade. En un mot, la castration doit être proposée aussitôt que la nature de l’affection est bien connue, et pratiquée aussitôt que le malade y a consenti.