LES PLANS SUCCESSIFS DE L'ÉDUCATION
C'est aux personnalités successives de l'enfant que doivent correspondre des plans d'éducation successifs.
Nos méthodes ne sont pas orientées selon certains principes, mais selon les caractères inhérents aux différents âges. Il s'ensuit qu'elles comportent plusieurs plans.
On pourrait comparer ces âges différents aux métamorphoses des insectes. Or, quand l'insecte sort de l'œuf, il est tout petit et présente certaine forme et certaines couleurs. Puis, peu à peu, il se transforme, tout en restant un animal du même genre, qui conserve les mêmes besoins, les mêmes habitudes. C'est un individu qui évolue. Mais, un beau jour, il se produit un fait nouveau : l'insecte file son cocon et devient chrysalide. Puis, la chrysaUde, à son tour, subit une nouvelle et lente évolution. Enfin, l'insecte sort du cocon sous la forme d'un papillon.
Nous pouvons établir un parallèle entre la
vie de cet insecte et celle de l'enfant. Mais le passage des caractères n'étant pas aussi délimité, aussi net chez l'enfant que chez l'insecte, il serait plus exact de parler plutôt de « renaissances ». En effet, nous avons devant nous à chaque étape nouvelle un enfant différent, qui présente des caractéristiques différentes de celles qu'il accusait aux âges précédents.
1. Notre premier plan d'éducation s'adresse donc au petit enfant, de sa naissance à l'âge de 7 ans environ et, comme bien des transformations s'opèrent en cette période si importante, nous avons établi les subdivisions suivantes :
a) pour les deux premières années ;
b) de 3 à 5 ans ;
c) les 6® et y® années.
2. Dans la période de 7 à 12 ans, c'est-à-dire celle qui précède l'adolescence et qui peut, d'ailleurs, se subdiviser, elle aussi, c'est à un plan différent que nous aurons recours. Si les changements qui se produisent au cours de la première période peuvent être considérés comme de la croissance, ce sont de véritables métamorphoses qui surviennent pendant la période suivante.
3. 12 à 18 ans : on peut en dire autant de cette période de l'adolescence.
Dans chacune, nous retrouvons un être en croissance, mais qui est chaque fois un être différent.
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Ce sont ces deux derniers plans que nous allons considérer successivement^ le premier l'ayant déjà été^.
Seule, une analyse serrée peut repérer les changements se succédant sans solution de continuité chez Tenfant qui croît jusqu'à devenir un homme ; et ce sont précisément ces changements qui ont la plus grande importance pour la méthode d'éducation.
Les principes qui s'appliquent utilement à toute la première période ne sont pas les mêmes que ceux qui doivent s'appliquer à la deuxième. Et nous entrons ainsi dans la partie pratique de Véducation.
Prenons un exemple : quand le petit enfant commence à sentir branler une dent, c'est le signe que la première période de son enfance est terminée. L'événement se déroule sans autre importance dans la famille. Quand la dent branle de trop, on l'arrache ; on donne pourtant une certaine publicité à l'événement : on conserve la dent, et cette petite cérémonie constitue le premier temps d'une nouvelle période de la vie de l'enfant. Il faut encore longtemps avant que toutes ses dents de lait tombent, et que l'enfant acquière ses dents nouvelles. Mais si, par malheur, il est nécessaire d'arracher l'une
I. Pédagogie scientifique, 2 vol. Larousse. — L'Enfant, i vol. Desclée de Brouwer.
de ces nouvelles dents, ce ne sera plus d'un fil de soie que l'on devra se servir... Il s'agira de l'extraction d'un organe stable et fort. Ce n'est là qu'un exemple parmi les nombreuses manifestations de cet âge. Tous ces caractères — tant physiques que psychiques — constituent les chaînons de cette chaîne que représente la métamorphose de l'enfant : il est à la fois plus fort et plus maigre ; ses cheveux sont moins jolis ; psychologiquement, il est moins doux, moins agréable.
De 7 à 12 ans, l'enfant a besoin d'élargir son champ d'action. Comme nous l'avons vu ^5 l'ambiance en vase clos convenait au petit enfant ; des rapports sociaux s'y établissaient avec d'autres. Dans la deuxième période, des limites plus vastes lui sont nécessaires pour ses expériences sociales. On ne peut obtenir de développement en le laissant dans son ambiance première.
Il faut, entre autres réalités, qu'il se rende compte de ce que doit représenter l'argent. Sans l'argent nous pourrions nous promener au milieu des choses les plus merveilleuses sans jamais pouvoir y toucher. Nous serions comme un oiseau dont le bec serait cassé, et qui mourrait de faim sur un tas de grains.
L'argent est le moyen qu'a l'homme de se procurer les objets ; c'est pour cela qu'il emprunte un grand intérêt. Nous devons le considérer comme la « clef métal » qui ouvre la porte de la supernature.