PORTRAIT DE DIPHILE
Diphile commence par un oiseau et finit par mille : sa , maison n'en est pas égayée, mais empestée; la cour, la • salle, l'escalier, le vestibule, les chambres, le cabinet, tout est volière. Ce n'est plus un ramage, c'est un vacarme; les vents d'automne et les eaux, dans leurs plus grandes crues, ne font pas un bruit si perçant et si aigu ; on ne s'entend non plus parler les uns les autres que dans ces chambres où il faut attendre, pour faire le compliment d'entrée, que le? petits chiens aient aboyé. Ce n'est plus pour Diphile un agréable amusement, c'est une affaire laborieuse, et à laquelle à peine il peut suffire. 11 passe les jours, ces jours qui échappent et ne reviennent plus, à verser du grain et à nettoyer des ordures; il donne pension à un homme qui na point d'autre ministère que de siffler dès serins au flageolet. et de faire couver des canaris. 11 est vrai que ce qu'il dépense d'un côté, il l'épargne de l'autre, car ses enfants sont sans maîtres et sans éducation. Il se renferme le soir, fatigué de son propre plaisir, sans pouvoir jouir du moindre repos que ses oiseaux ne reposent, et que ce petit peuple, qui' n'aime que parce qu'il chante, ne cesse de chanter. Il r e * trouve ses oiseaux dans son sommeil, lui-même il est oiseau, il est huppé, il gazouille, il perche; il rêve la nuit qu'il mue ou qu'il couve. m
(Chapitre de la Mode.)
Sans doute La Bruyère ne procède pas toujours de la même manière, et ses caractères ne sont pas tous coulés dans le même mouje. Parfois ce sont de simples esquisses, parfois de petites scènes piquantes,