CHAPITRE XX
sont connus, ou qui tombent sous les yeux, et que dans certaines occasions nous tlevons nous garder de rappeler soit directement; soit même par allusion» On voit combien il importe de définir les termes avant de se lancer dans l'explication d'un proverbe. . .
Demandons à l'enfant de donner des exemples:
un tel est boiteux, ou bossu, c'est un fait, c'est une vérité, mais elle n'est pas bonne à dire en sa présence ; un tel a fait banqueroute, de tel autre le père s'est suicidé, ou le fils a été condamné pour vol ; ce sont des faits connus, ce sont des vérités ; mais il est mal de les rappeler, surtout en présence de ceux qu'elles touchent. En famille, on ne ménage pas toujours, les connaissances, les parents, les amis absents ; on revient complaisamment sur leurs bévues, on repasse leurs travers, leurs ridicules, on-s'égaye à. leurs dépens; c'est un fait, il est malheureusement vrai;-est-ce une raison pour qu'à la première occasion un enfant terrible aille leur jeter toutes ces bonnes vérités à la figure? Voilà des exemples et Ton peut les multiplier. C'est la malveillance ou la légèreté et l'étourderie qui sont les causes de ces fautes; or la malveillance est une mauvaise disposition de l'âme et la légèreté est un défaut, excusabi» à un certain âge, impardonnable chez les grandes personnes»
Voilà donc deux points établis : la vérité est bonne à dire et la dire est un devoir ; mais il est
certaines vérités ou plutôt certains faits dont il est mal de réveiller le souvenir ou sur lesquels il est peu charitable d'appeler l'attention . A quel signe pourrons-nous les reconnaître ? Nous n'avons qu'à nous reporter à la loi morale qui règle nos rapports avec nos semblables. Que nous enjoint-elle? De ne leur faire aucun mal, c'est le devoir strict ou de justice, et de leur faire tout le bien possible, c'est le devoir large ou de charité. Eh bien, lorsque nous rappelons à un malheureux son infirmité ou sa difformité, à un fils la faute de son père, ou à un père la faute de son fils, à une personne quelconque ses sottises ou ses travers, nous leur causons une impression pénible, nous les faisons souffrir, nous leur faisons du mal, nous manquons à notre devoir. D'où il suit, qu'avant de dire une vérité, qu'aucun devoir ne nous oblige à dire, nous devons nous demander si cette vérité n'est point de nature à faire souffrir ou rougir quelque personne présente et dans ce cas nous taire. Voilà la leçon qui sort du proverbe : toute vérité nest donc pas bonne à dire.
Ainsi en résumé, quand l'enfant aura à développer un proverbe qui peut être entendu de deux manières, et il y en a un certain nombre, il devra donner et examiner l'un après l'autre les deux sens du proverbe. Si le proverbe renferme un conseil de prudence intéressée, il devra montrer si ce conseil s'accorde avec les prescriptions de la morale ou en quoi il s'en écarte ; si le proverbe contient un conseil