‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 132 sur 262 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

images, comme Lamartine et surtout Victor Hugo, cette différence est éno rme*

Un poète est donc en général plus difficile à comprendre qu'un prosateur, plus difficile pour tout le monde et surtout pour les enfants. En effet, il a souvent des idées trop élevées pour que l'enfant puisse y atteindre, des sentiments trop profonds, trop vifs pour qu'une âme novice puisse les ressentir ; il a des hardiesses de tour qui déroutent, des hardiesses de langage qui troublent, des expressions rares ou nouvelles qui surprennent; bref, il est souvent obscur, et voilà pourquoi on fait bien dç le traduire en prose, pour s'assurer qu'on l'a compris.

Indépendamment de la difficulté qui résulte de la

puissance de l'imagination poétique et de l'originalité du poète, il y a dans la cadence même des vers, dans les combinaisons métriques, dans le retour périodique des rimes, un charme particulier q(ui est plutôt une distraction qu'un secours pour l'intelligence. Le rythme en effet caresse l'oreille et par le plaisir même qu'il cause berce et endort la pensée ; qui ne s'est surpris dans une" sorte "de somnolence intellectuelle, voluptueuse et trompeuse, en lisant les Harmonies de Lamartine ? la pensée du poète ne fait plus qu'effleurer l'esprit, et l'on n'entend que la musique de ses vers mélodieux.

Pour toutes ces raisons, quand on a lu ou fait lire aux enfants un morceau de poésie, il ebt bon de s'assurer d'abord qu'ils ont saisi l'ensemble, qu'ils

n'ont pas perdu le fil des idées, et pour cela de leur faire raconter de vive voix ce qu'ils viennent d'entendre ; on aura plus d'une fois l'occasion de constater qu'ils n'ont entendu que du bruit, ou, comme on dit familièrement, qu'ils n'y ont vu que du feu. Aussi faut-il aller plus loin, et leur faire traduire en prose et par écrit, sinon tout le morceau, au moins les passages d'une clarté douteuse, ou d'une beauté particulière* J'y vois plusieurs avantages : d'abord l'enfant comprend mieux quelle différence il y a entre la poésie et la prose, il sent plus vivement la valeur des expressions et des tours, .dont il cherche en vain les équivalents; il apprend à ne pas se laisser tromper par la sonorité et l'éclat du langage ; il voit ce que perd une idée, un sentiment à dépouiller la forme brillante dont le poète les avait revêtus, pour prendre une forme abstraite et terne, il pénètre ainsi plus avant dans l'âme du poète, il s'échauffe à la chaleur de ses nobles passions et s'élève au souffle de son génie.

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