‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 131 sur 262 · DE LA TRADUCTION DES MORCEAUX DE VERS EN PROSE · texte numérisé non relu

DE LA TRADUCTION DES MORCEAUX DE VERS EN PROSE

SOMMAIRE. — Que cet exercice n'est pas toujours bien compris. — Qu'imiter n'est pas traduire. — Ce que c'est qu'une traduction. — Que la langue poétique diffère sensiblement de la langue de la prose. — Que la poésie n'est pas toujours facile à comprendre et pourquoi. — De l'effet produit sur l'esprit paria musique des vers. — Avantages que l'enfant retire de la traduction des vers en prose.

On donne parfois aux enfants des pièces de vers à traduire en prose et Ton a raison ; cette traduction peut être utile et de plus d'une manière, si elle est bien comprise ; mais il ne paraît pas qu'on soit bien d'accord à ce sujet. J'ai entendu des maîtres dire aux enfants : « Voici une pièce de vers, vous la lirez, vous prendrez le fond et, sur ce fond, vous ferez un récit, ajoutant et retranchant à votre gré. » Cet exercice peut avoir ses avantages, mais il a ses inconvénients. Tout d'abord ce n'est plus une traduction, mais une composition, dans laquelle l'enfant traite en prose le sujet que le poète a traité en vers; composition où l'enfant restera inévitable-

ment fort au-dessous de son modèle* et où la plupart du temps il ne fera que le reproduire plus ou moins fidèlement. Si le morceau qu'on lui donne est un modèle, comme il doit l'être," tout changement est une altération, toute addition est inutile.

IL vaudrait mieux dans ce cas donner non pas la pièce elle-même, mais le sujet de la pièce; le faire traiter en prose, et lire ensuite à haute voix le morceau du poète, en le commentant ; mais, je le répète, que l'élève traite le sujet, avant ou après avoir lu le morceau, ce n'est point là une traduction.

Qu'est-ce que traduire? C'est faire passer d'une laugue dans une autre les idées d'un auteur, pour les faire comprendre à ceux qui ne parlent pas la langue de cet auteur. Voilà le but de toute traduction. Maintenant d'où est venue l'idée de faire traduire en prose des morceaux écrits en vers ? C'est que le langage de la poésie s'éloigne sensiblement de celui de la prose, à tel point que chez certains peuples on peut dire que le prosateur et le poète parlent deux langues différentes. Chez les peuples et aux époques où la raison l'emporte sur l'imagination comme en France au dix-septième siècle, cette différence est moindre; chez les peuples où l'imagination domine, comme ceux d'origine germanique, la différence est plus accusée; dans la -plupart des poètes contemporains, qui sont tout.

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