‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 145 sur 262 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

leurs ou à ce morceau de musique fabriqué avec des airs de toute espèce et qu'on appelle un pot-pourri ? Nullement. La narration a son caractère propre et ses règles particulières; seulement elle met à contribution tous les genres, à peu près comme l'architecte qui construit une maison emprunte le secours du maçon, du charpentier, du menuisier, du serrurier, "du peintre et d'autres métiers.

La matière et le fond du récit, c'est l'acte ou l'action, de quelque nom qu'on l'appelle, traits de courage ou autres, aventures, histoires, voyages, batailles, accidents, catastrophes, etc. Du moment que l'homme est en scène et qu'on expose ce qu'il fait de bien ou de mai, ce qui lui arrive d'heureux ou de malheureux, on raconte, c'est un récit.

*On a multiplié à l'infini les règles de la narration ; nous ferons le contraire, nous chercherons à les réduire et à dégager la règle principale; car nous n'oublions pas que nous sommes à l'école, et nous cherchons avant tout à montrer que l'art est chose simple, et qu'il tire du bon sens ses meilleurs procédés ; c'est une démonstration qui n'est pas superflue, même au dix-neuvième siècle.

Celui qui raconte doit avoir un but, et par conséquent choisir les moyens les plus propres à atteindre ce but. Toute .la narration est. là ? et, sous ce rapport, elle a plus de ressemblance qu'on ne le croit communément avec la démonstration. Dans la démonstration on choisit les raisons qu'on croit les

plus propres à établir une vérité, et on les range dans Tordre le plus propre à en accroître la valeur; de même dans la narration on choisit les détails, les formes, les couleurs que Ton juge les meilleurs pour produire tel ou tel effet, pour faire naître dans l'âme tel ou tel sentiment, tristesse ou gaieté, pitié ou colère, admiration ou mépris, etc. , et on les dispose de manière à produire le plus sûrement l'effet que Ton cherche, à porter au plus haut degré le sentiment qu'on veut inspirer. D'où il suit qu'avant de commencer un récit, quel qu'il soit, l'enfant doit avant tout se demander quelle impression il se propose de produire, et, cela fait, comment il pourra ou devra s'y prendre pour y réussir. Ainsi entendue, la narration prend une sorte de caractère scientifique et peu d'exercices sont meilleurs pour former à la fois le jugement et le goût.

Ce n'est pas tout à fait ainsi qu'on en juge communément, et je sais bon nombre de maîtres qui s'imaginent qu'aucun exercice ne comporte plus de liberté, et que, lorsqu'on raconte, on peut laisser courir la plume et donner carte blanche à la folle du logis. Or je dirais volontiers de cette folle ce que Boileau disait de la rime :

La rime est une esclave et ne doit qu'obéir;

L'imagination doit, elle aussi, et surtout à l'école, obéir au bon sens. Du reste cette règle, qui au premier abord peut paraître étroite et sévère, cette règle, même rigoureusement appliquée, est un guide et

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