‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 151 sur 262 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Il n'est pas jusqu'à nos plaisirs où nous ne mettions, ou n'exigions de la gradation : dans un repas, dans un festin, on sert des mets de plus en plus savoureux, on sert des vins de plus en plus exquis ; dans les jeux, dans les spectacles, l'ennui ne tarderait pas à naître, si le plaisir et l'intérêt n'allaient croissant. Nous sommes ainsi faits, et c'est un besoin de notre nature ; toujours davantage, si c'est un plaisir ; toujours moins, si c'est une douleur ; nous voulons pousser la jouissance jusqu'à la limite extrême où elle touche à la souffrance, et ramener la souffrance jusqu'au point où elle confine au plaisir.

Ne soyons donc pas surpris de retrouver la gradation dans l'art et même dans la science, soit qu'il s'agisse de disposer les parties principales d'un vaste ensemble» soit qu'il s'agisse de ranger les détails de chacune des parties. Les sciences s'élèvent graduellement des vérités les plus humbles et les plus simples aux vérités les plus hautes et les plus complexes ; et dans une œuvre littéraire, quel qu'en soit le sujet, quelle qu'en soit la forme, on doit, sentir la force croissante du courant.

Bans la tragédie, la comédie, le drame, d'acte en acte, de scène en scène, l'intérêt devient plus vif ou plus poignant ; dans le roman, l'attrait va croissant de chapitre en chapitre jusqu'au dénouement ; dans un discours, l'orateur s'efforce d'augmenter sans cesse l'émotion des auditeurs, et par une suite de

preuves de plus en plus fortes de faire pénétrer toujours plus avant la conviction dans les esprits. Que dirai-je de la musique ? n'est-elle point par excellence l'art de la gradation, soit que le compositeur lance Tune après l'autre toutes les voix de l'orchestre et des chœurs pour arriver à une tempête de sons déchaînés, soit que, les modérant et les apaisant par degrés, il les fasse insensiblement expirer dans le silence ? La peinture, elle aussi, se sert des couleurs et des nuances comme la musique emploie les sons.

Bref, le contraste et la gradation forment comme une antinomie puissante, et ces deux lois, bien que contraires, s'accordent dans le partage et le gouvernement de la nature, de la vie et des arts.

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