‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 201 sur 262 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

la fortune publique et qui auront leur part de responsabilité dans la destinée du pays. De cette histoire se dégagent bien des leçons que l'éducateur pourra mettre en lumière ; mais celle qui sort éloquente et en quelque sorte toute sanglante de nos derniers malheurs, celle qu'il faut enfoncer aussi ayant que possible dans les esprits encore tendres à l'aide de ces souvenirs cuisants et menaçants, c'est qu'on doit user de la liberté politique, comme, de la liberté civile, sagement, honnêtement ; c'est qu'on doit aller à ces scrutins qui décident de l'avenir d'un peuple, non pas en pérorant ou en chantant, mais la tête froide et l'àme recueillie.

La biographie de l'homme ou de l'humanité ne serait pas non plus sans utilité pratique et morale. L'enfant ne peut que gagner à reparcourir avec un guide ces longues et nombreuses étapes suivies par le genre humain ; à voir l'homme primitif, sur un soi encore tremblant des dernières convulsions de la terre , et fumant d'éruptions formidables, aux prises avec tous les dangers que lui crée une nature sauvage, un fourmillement d'animaux indomptés, et sa propre nudité ; cette vie de combats, d'angoisses, de souffrances, si admirablement décrite par le poète latin Lucrèce; à voir sa pauvre intelligence d'enfant, inventer, sous l'aiguillon des nécessités pressantes et renaissantes, les armes, les vêtements* grossiers, les abris informes, nécessaires à sa défense' et à sa conservation. Puis, quand la vie est à peu près

assurée, quand l'homme peut enfin respirer en sécurité, les arts prennent naissance dans des loisirs laborieusement achetés, le langage s'enrichit; la plus féconde des inventions humaines, l'alphabet sort enfin d'une suite d'essais longtemps infructueux, mais toujours renouvelés ; les loir se créent, les gouvernements se fondent, la société, c'est-àdire des rapports réguliers, pacifiques, bienveillants, s'établissent; les lettres fleurissent, l'esprit d'observation se développe, les expériences s'accumulent, et de cet amas, d'abord indigeste et confas, les sciences sortent, l'une après l'autre, hésitantes et timides, puis peu à peu fortifiées, enhardies; enfin Ton voit se rassembler et s'ordonner dans plus d'une contrée cet ensemble de biens qu'on nomme civilisation.

Aidons-nous de ces contrastes éloquents pour faire mesurer la distance que l'humanité a parcourue •depuis son origine jusqu'à nos jours; à côté de l'homme des premiers âges, vivant d'une vie encore tout animale, bien qu'il portât en lui tous les germes de son développement, plaçons un de ces hommes dont s'enorgueillit à bon droit l'humanité, dont la tête porte tout le savoir accumulé des. siècles; à côté de cet être errant, nu, réduit à ses propres ressources, montrons l'homme d'aujourd'hui qui bénéficie de tout le savoir acquis, de toute l'& c * tivité déployée par des milliers de générations, et qui voit à son service tous les métiers, toutes les

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