‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 230 sur 262 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

tatfns enseignements, comme celui de Thistoiçe proprement dite, prennent presque toujours la forme narrative, et que d'autres, comme celui de la morale, gagnent à être présentés, aux jeunes enfants surtout, sous la forme du récit ; on peut dire qu'il n'est aucun enseignement de l'école enfantine ou primaire auquel on ne puisse à propos attacher quelque historiette ou histoire.

Il va §ans dire qu'if ne faut pas donner dans l'excès et passer la classe à enfiler des contes ; les contes ne doivent ni empiéter sur les études, ni en prendre la place ; ils ne doivent être qu'un complément ou un délassement ou une récompense. Que les maîtres s'approvisionnent donc d'histoires de tout genre, et de tout caractère, de sérieuses et de plaisantes, de tristes et de gaies, de courtes* et de longues; qu'ils profitent de leurs lectures quotidiennes pour accroître et renouveler leurs provisions; qu'ils ne vivent pas sur leur fonds et ne fassent pas comme ces petits commerçants quise retirent trop tôt des affaires avec un maigre capital.

Me permet tra-t-on, puisque aussi bien il s'agit d'histoires, de raconter ce qui m'est arrivé, il y a quelque trente-cinq ans. J'étais jeune alors, et je professais (que ne le puis-je encore !) dans une belle ville du Midi. Oh ! les bons élèves que j'avais et comme nous avons travaillé ! Je m'étais mis à lire, par devers moi, et pour mes études personnelles, un grand. beau roman deWieland, qui s'appelle

Obéron. Obéron m'intéressait fort. J'eus l'idée .de faire profiter mes élèves du plaisir qu'il me causait, et un beau jour que j'étais très content d'eux, me voilà à leur raconter mon roman. Je m'aperçus bientôt qu'il était de leur goût ; les poissons mordaient à l'amorce. Alors à la manière des feuilletonistes, qui veulent faire désirer la suite et surtout faire acheter le numéro suivant, je coupai mon récit à un des moments les plus intéressants. Il y eut bien quelque désappointement, mais je promis de reprendre le fil du récit, dès qu'on l'aurait mérité. Avec mon Obéron, j'obtins des merveilles, et comme ce poème chevaleresque est une interminable série d'aventures toutes plus extraordinaires les unes que les autres, j'emmenai ainsi avec moi mes auditeurs, plusieurs mois durant. Obéron entretenait ou réveillait le zèle ; Obéron maintenait la discipline; car si quelque étourdi s'avisait de troubler l'ordre, ses camarades, craignant d'être privés de leur dessert d'Obéron, lui lançaient des regards significatifs.

Je termine par ce conseil : chers instituteurs, apprenez à conter.

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