‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 58 sur 262 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

littéraires, les autres philologiques ou grammaticales; les unes ont trait au sujet lui-même et au développement du sujet, les autres à la langue et à la syntaxe. Les instituteurs ont l'habitude de les mêler les une3 avec les autres ; et cette habitude.est mauvaise, parce qu'elle rend l'explication confuse, embarrassée, décousue, parce qu'elle amène inévitablement des redites, des retours, des interruptions, et que par suite elle affaiblit ou détruit l'intérêt.

Il vaut mieux commencer par le fond même pour venir ensuite à la forme. Les enfants comprendront bien mieux la valeur de tel ou tel terme, de telle ou telle construction , ils se rendront bien mieux compte de telle ou telle irrégularité grammaticale, quand ils auront pénétré dans la pensée de l'auteur, quand ils auront compris la nature du sujet, le caractère des personnages, quand ils seront dans le courant des idées , quand ils sauront où ils se trouvent et où on les conduit.

Bref, c'est l'intelligence de l'ensemble qui assure ou facilite l'intelligence des détails.

Toute lecture déplace l'esprit, elle le transporte ou doit le transporter dans un autre lieu, dans un autre temps, parmi d'autres personnages ; ce déplacement, et cette sorte d'installation n'est pas toujours facile aux enfants, d'abord à cause de leur légèreté naturelle, ensuite à cause de leur ignorance. Il faut donc les guider, les acheminer vers le sujet, leur en aplanir l'accès, leur en éclairer les abords.

Voici par exemple un petit récit de Bernardin de Saint-Pierre intitulé : l'Arabe et sa jument. Quelques mots sur l'Arabie, sur la vie que mène l'Arabe, sur les services que lui rend son cheval, seront une introduction naturelle à là lecture de ce morceau. C'est ainsi qu'en musique, le prélude fait pressentir le caractère de la mélodie qui va suivre et prépare l'auditeur à la mieux goûter.

Si le sujet est historique, s'il se passe dans des temps reculés, ce petit préambule est plus nécessaire encore.

Quand un auteur écrit, quoi qu'il écrive, il a toujours un but, une intention ; il veut ou prouver quelque vérité ou inspirer quelque sentiment; car, comme le dit La Fontaine,

Conter pour eonter me semble peu d'affaire.

Trouver le but quel'écrivain se propose, et chercher ensuite les moyens qu'il emploie pour l'atteindre, tel doit être le premier soin des maîtres, car c'est dans le choix des moyens, c'est dans leur rapport

avec le but que réside surtout l'art de la composition.

Voilà une règle simple, claire.; je n'en donnerai pas d'autre; bien comprise et bien suivie, elle suffît adonner la pleine intelligence d'un morceau comme d'un ouvrage, elle en éclaire les beautés, elle accuse les moindres nuances de la pensée et les déli-

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