‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 57 sur 262 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

pas trouver de ce genre, il rencontrera de ces mots dont la valeur se trouve atténuée ou accrue par la place qu'ils occupent, de ces mots où Fauteur a fait entrer plus de sens -qu'ils n'en ont d'ordinaire, dont la suile. des idées a modifié la signification, et que l'intelligence seule du morceau tout entier permet de déûnir exactement.

Et je ne parle que des mots ; que sera-ce de ces tours imprévus, qui déroutent le grammairien pur, de ces ellipses hardies, de ces irrégularités heureuses qu'engendrent si souvent chez les grands auteurs la vigueur et la fougue de la pensée, la chaleur et les élans de la passion ? que sera-ce de la pensée ellemême? et qui peut se flatter d'en atteindre du premier coup la hauteur ou d'en mesurer la profondeur ? Le défaut de préparation chez un maître est toujours une preuve de présomption ou de paresse.

Nous ne connaissons bien et à fond que notre propre pensée, et la raison en est simple, c'est qu'elle ne peut dépasser notre portée ; mais en est-il de même pour les œuvres du talent, et à plus forte raison pour les chefs-d'œuvre du génie ? or c'est dans ces œuvres et autant que possible dans ces chefs-d'œuvre qu'il faut puiser des sujets de lecture.

Les chefs-d'œuvre ont ceci de particulier, c'est que, . si bien qu'on les comprenne, on peut toujours les comprendre mieux : à la première lecture, nous en saisissons ce qui est à notre taille ; à la

seconde, l'attention aidant, nous commençons à entrevoir d'autres beautés ; et il n'est pas un effort nouveau qui ne nous révèle quelque beauté nouvelle, et ne nous fasse pénétrer plus avant dans ces créations qui nous dépassent dans tous les sens.

Est-il un homme sincère qui ne reconnaisse qu'en relisant à des intervalles plus ou moins éloignés, et surtout aux différents âges de la vie, une fable de La Fontaine, une tragédie de Corneille, un chapitre de La Bruyère, il a été surpris d'y trouver ce qu'il n'y avait pas encore vu, il a été mortifié de s'apercevoir qu'il avait jusqu'alors si imparfaitement compris ce qu'il avait cru pleinement comprendre? C'est qu'il en est ainsi des œuvres du génie; personne qui n'y comprenne quelque chose, et personne non plus qui puisse dire: j'ai tout compris. Elles sont comme l'air et la lumière qui nous entourent; chacun en prend ce que ses poumons en peuvent contenir, ce que sa vue en peut recevoir.

Faisons donc au génie l'honneur de confesser notre infériorité ; abordons la lecture de ses œuvres avec un sentiment de défiance envers nous-mêmes ; efforçons-nous de comprendre dans la mesure de nos forces ce que nous devrons ensuite faire comprendre aux autres.

La préparation faite, comment devrons-nous expliquer ?

L'explication d'un texte donne lieu à des remarques de plus d'un genre : les unes £ont morales ou

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