‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 60 sur 262 · LE VIEILLARD ET LES TROIS JEUNES HOMMES · texte numérisé non relu

LE VIEILLARD ET LES TROIS JEUNES HOMMES

TJn octogénaire plantait.

Passe encor de bâtir; mais planter à ceUâge!

Disaient trois jouvenceaux, enfants du voisinager

Assurément il radotait.

Car, au nom des dieux, je vous prie, Quel fruit de ce labeur pouvez- vous recueillir? Autant qu'un patriarche il vous faudrait vieillir.

A quoi bon charger votre vie Des soins d'un avenir qui n y est pas fait pour vous ? Ne songez désormais qu'à vos erreurs passées; «Quittez le long espoir et les vastes pensées ;

Tout cela ne convient qu'à nous.

— il ne convient pas à vous-mêmes, Repartit le vieillard. Tout établissement Vient tard, et dure peu. La main des Parques blêmes De vos jours et des miens se joue également.

Nos termes sont pareils par leur courte durée. Qui de nous, des clartés de la voûte azurée Doit jouir le dernier? Est-il aucun moment Qui vous puisse assurer d'un second seulement?

Mes arrière-neveux me devront cet ombrage :

• Eh bien! défendez-vous au sage De se donner des soins pour le plaisir ffautrui ? Cela même est un fruit que je goûte aujourd'hui : J'en puis jouir demain, et quelques jours encore ; Je puis enfin compter l'aurore Plus d'une fois sur vos tombeaux.

Le vieillard eut raison : l'un des trois jouvenceaux Se noya dès le port, allant à l'Amérique ; L'autre, afin de monter aux grandes dignités, Dans les emplois de Mars servant la république, Par un coup imprévu vit ses jours emportés ; Le troisième tomba d'un arbre Que lui-même il voulut enter ; Et, pleures du vieillard, il grava sur leur marbre Ce que je viens de raconter.

Appliquons notre règle.

Quel but le poète s'est-il proposé ?

Il a voulu donner une leçon sévère à la jeunesse impertinente, téméraire dans ses jugements, sottement confiante en un avenir qui n'appartient à personne; il a voulu lui apprendre à respecter la vieillesse, à se rappeler la fragilité de la vie humaine, à comprendre cette prévoyance touchante et désintéressée qui s'étend aux générations à venir, qui ennoblit le travail de l'homme et agrandit l'horizon de la vie. Voilà le but.

Pour l'atteindre quels moyens devait-il employer ?

La leçon étant sévère, il fallait qu'elle fût méritée, plus que méritée ; aussi le poète s'applique-t-il à mettre en lumière la présomption, l'insouciance égoïste, l'irrévérence et la pitié railleuse des trois

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