CHAPITRE VIII
jouvenceaux M par la- même il nous irrite contre eux, il nous fait désirer leur châtiment.
En regard de ces défauts il fallait dans le vieillard montrer les qualités contraires, la sagesse, la science de la vie, le désintéressement, la prévoyance et la bonté, pour nous attacher à lui et nous faire prendre son parti.
Enfin lorsque les trois jouvenceaux on tété frappés, pour prévenir un retour de pitié en leur faveur, pourtempérer la rigueur cruelle de la leçon, il était bon d'attendrir l'offensé lui-même.
On le voit, dans une composition, rien n'est livré au hasard ; tout y est calculé de manière à produire certains effets, à inspirer certains sentiments et dans une certaine mesure ; en un mot, tout y est subordonné et approprié au but que l'auteur s'est fixé à l'avance.
Quand dans une première lecture on a dégagé ce but et qu'on s'est rendu compte des moyens les plus propres à l'atteindre, on peut aborder l'explication du texte, et l'on ne tarde pas à s'apercevoir que, dans les œuvres des grands écrivains, les moindres détails ont leur importance, qu'aucun mot n'est 8ans valeur et que tout y révèle l'intention et l'art de l'auteur.
Un octogénaire plantait.
Pourquoi un octogénaire? Parce que plus le
vieillard sera vieux, plus son action pamitra absurde à nos trois jouvenceaux.
Passe encor de bâtir ; mais planter à cet âge?
Voyez comme leur égoïsme perce dès les premiers mots I Ne songeant qu'à eux-mêmes, ils s'imaginent que le vieillard ne songe qu'à lui, et plante- pour lui seul. Ils ont à peine ouvert la bouche et déjà nous les connaissons. Sans parler de leur ton moqueur, comme le tour exclamatif qu'ils emploient révèle le contentement d'eux-mêmes! Us sont tout fiers de raisonner si juste; c'est le vieillard qui déraisonne, qui radote; il est tombé en enfance.
Ils le prennent à partie; quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir ? ne faut-il pas être fou de se donner tant de peine pour les autres ! Après la leçon, la raillerie :
Autant qu'un patriarche il vous faudrait vieillir.
Ce n'est pas assez, n'ont-ils pas la cruauté de lui rappeler qu'il n'a plus que quelques jours à vivre ? que l'avenir n'est pas fait pour lui? M ne leur restait plus qu'à lui administrer une leçon de morale, et, comme fait le prêtre au lit du moribond, à lui conseiller de passer sa vie en revue,' de faire son examen de conscience et de pleurer ses erreurs 1
Ne songez désormais qu'à vos erreurs passées !